Réponse à la pétition « Contre les déclassements au CNRS »

 

Moi non plus, je ne peux rester sans rien dire et c’est à titre personnel que je souhaite réagir au texte de votre pétition qui, parmi tous les sujets évoqués, reproche à la section 36 d’avoir renoncé en 2018 à son choix (de classement) de l’année précédente. Et c’est seulement sur ce point que je réagis.

Cette remarque est infiniment désobligeante à l’égard d’une section qui a réagi vivement en 2017 devant l’ampleur des déclassements opérés par le jury d’admission, et s’est mobilisée, sans compter son temps, pour défendre son choix, et pour rendre compte des dérives du système d’admission. Dans le même temps, la section a aussi été attaquée pour ce choix de classement, au nom d’expertises scientifiques contraires des dossiers classés/déclassés. A ces remises en cause, chacun des membres de la section a dû faire face et se justifier souvent de façon désagréable compte tenu de la violence des attaques.

Les soutiens, opposants ou critiques de la section ont, dans tous les cas, oublié que le classement est le résultat d’une procédure collective, que chaque membre accepte et défend pour ce qu’elle est, mais qu’il reste à titre individuel uniquement comptable de ses propres choix et arbitrages. Reprocher à la section d’avoir renoncé à maintenir son choix de l’année dernière cette année, c’est oublier la matière essentielle du fonctionnement de tout comité de recrutement.

Dans le cas de la section 36 du comité national du CNRS et de cette affaire de déclassements, c’est faire fi d’une part du nécessaire fonctionnement démocratique de la section, d’autre part du respect des règles institutionnelles.

Ne sommes-nous pas suffisamment sociologues pour savoir qu’une section n’existe pas en soi ? Son choix n’est que le produit de votes, donc de préférences, à l’instant t. Reproduire un vote identique en t+1, avec de nouveaux candidats, c’est supposer que la section se mette d’accord pour réserver des places aux deux candidats déclassés. Qu’auraient dit les électeurs et électrices, mais surtout les candidat.e.s si les règles du concours avaient été détournées de la sorte? On peut reprocher à la section de ne pas avoir faussé les règles du concours au nom de la réparation de l’injustice de l’année 2017. Mais on aurait alors pu lui reprocher d’avoir créé des injustices en 2018 au nom de la réparation d’une injustice de 2017. Qu’aurait-il fallu faire ? Que permettaient les règles de droit ?

Quant à reproduire un vote identique dans de nouvelles circonstances, c’est en fait supposer un vote sous contrainte ou sous emprise. Un comité manipulé où les jeux sont déjà faits. Est-ce cela que vous vouliez ? Je le rappelle la section n’existe pas : c’est plutôt 18 membres qui apprécient individuellement des dossiers et fabriquent collégialement, mais aussi par vote, des préférences, relatives.

Les électeurs et électrices auraient ainsi pu se réjouir que dans ce contexte la section ait pu, sans fausser les règles du concours et du jeu démocratique, reproduire d’une certaine façon ses préférences de l’année dernière.
Comme après tout vote d’un comité, personne n’est fondamentalement satisfait, surtout quand l’avenir de personnes singulières est en jeu. Mais chacun s’en tient à ce qui émerge d’un collectif. À titre individuel on peut avoir des regrets : mais on accepte le jeu collégial dès lors que les règles ont été respectées.

Ce nouveau choix a été à nouveau défait par le jury d’admission, au nom, nous dit-on, de la politique scientifique de l’INSHS. Nous avons demandé que nous soit clarifiée cette politique que visiblement  » la » section n’a pas bien intégrée. Personnellement je ne suis pas choquée que l’institut puisse conduire une politique scientifique, tant qu’elle le fait dans le respect du travail d’évaluation scientifique des sections. Cette année est, de mon point de vue et sur ce point, différente de l’année dernière. Cela n’empêche : je suis profondément outrée que cette politique – quelle qu’elle soit- puisse produire pour la seconde année consécutive le déclassement du même candidat. Que la violence d’une telle décision pour le candidat et ses conséquences sur l’institution n’aient pas été intégrées par le vote du jury d’admission, voilà qui me choque.

Il me semble que « la » section, sans pour autant se mettre d’accord pour cela, a produit en 2018 un classement qui laissait au jury d’admission de l’espace pour un compromis. Le jury d’admission ne s’est pas saisi de cette possibilité. Qu’on ne reproche pas à « la » section le sale boulot qui, en fait, a été fait par d’autres.

Maintenant, comme des démissions ne vont pas tarder au sein de cette section, malmenée de tous côtés, nous attendons les volontaires qui sont prêts à s’engager pour faire mieux.

Valérie Boussard
Professeure de sociologie, Université Paris Nanterre Membre de la section 36