La première pierre d’une autre université : penser, refonder, bâtir

 

A celles et ceux qui se préoccupent de rendre de la conscience à leur vie, qui n’en peuvent plus depuis 30 ans des réformes mortifères, de la compétition à outrance comme idéologie, seule créatrice de richesse, de la destruction de la culture, du rabougrissement des savoirs, nous lançons un appel à bâtir les nouvelles universités que l’État refuse de créer ! C’est à Vincennes, ce samedi 2 juin 2018 à 17h (Lac Daumesnil), que nous poserons la première pierre de l’Université en refondation et appellerons à lancer autant de chantiers que nécessaire partout en France.

Dans le débat public sur l’Université, les questions les plus urgentes masquent des problèmes plus profonds. Ainsi, la comparaison entre l’algorithme APB et la mise en concurrence des étudiants et des universités par Parcoursup fait écran à des réformes plus souterraines : obsolescence programmée du baccalauréat, professionnalisation de la licence, réduction ou assujettissement des humanités, augmentation drastique des frais d’inscription, séparation de l’enseignement supérieur entre collèges universitaires paupérisés, dits « de proximité », et établissements « de recherche intensive visibles internationalement », dérégulation des formations diplômantes et transformations des statuts des universitaires.

Toutes ces réformes pallient de faux problèmes créés de toutes pièces par la haute fonction publique pour masquer le sous-investissement chronique de l’État dans l’enseignement supérieur et la recherche. Alors que l’augmentation démographique de l’an 2000 et le désir grandissant des bacheliers de poursuivre leurs études conduit à un afflux de 150 000 étudiants en dix ans, l’État n’est plus à la hauteur de ce formidable élan : les budgets de l’Université stagnent et l’ouverture de postes d’enseignant-chercheurs diminue — 7000 postes de titulaires en moins depuis 2009. Le programme d’Emmanuel Macron avait pourtant raisonnablement chiffré les besoins à 2 milliards d’euros pour la recherche et à 2 milliards d’euros pour l’Université, mais l’arbitrage fait au nom du réalisme est sans appel : alors que nous sommes l’un des pays les plus riches du monde, il n’y aura pas un centime !

Le problème des moyens masque lui-même d’autres questions, plus fondamentales, qui touchent à l’essence même de l’Université comme institution de diffusion et de mise en partage gratuit des savoirs produits par celles et ceux qui les créent. Force est de constater que les personnes qui président depuis quelques temps à la dénaturation du métier d’universitaire sont souvent les mêmes qui ne l’exercent pas ou plus et qui ne créent rien non plus. Comment expliquer que l’évolution des carrières universitaires consiste à toujours plus s’éloigner de l’enseignement et des premières années de Licence au fur et à mesure que l’on monte en grade, quand ces étudiants constituent précisément la future richesse de l’Université ?

Nous entendons affirmer ici que le savoir n’est ni affaire de managers, ni affaire de bureaucrates et appelons à la refondation de l’Université. Retournons à ses sources, faites de liberté, de collégialité, d’exigence et d’émancipation. Plutôt que de fermer les universités aux classes populaires par le jeu de la sélection de Parcoursup, ouvrons-les !  Ce qui est en oeuvre aujourd’hui, c’est une offensive généralisée contre toute possibilité de dire le vrai sur le monde et sur la société. Par le fléchage des crédits des laboratoires et l’imposition de réorientations thématiques, la recherche est de plus en plus soumise à des impératifs de rentabilité. L’instrumentalisation et la professionnalisation des disciplines visent à affaiblir les savoirs critiques en les soumettant au marché de l’emploi.

Pour retrouver prise sur notre monde et le ré-inventer, il est nécessaire de ré-instituer l’Université comme lieu de pensée ouvert, en savoirs comme en actes. Pour engager ce chantier, nous entendons renouer avec l’idée d’Université expérimentale, telle qu’elle a pu émerger à Vincennes, il y a 50 ans, et mettre en œuvre une alternative au modèle aliénant de la concurrence généralisée. Nous aspirons au meilleur de la formation Universitaire, en nous réappropriant nos pratiques, débarrassées de l’emprise de la bureaucratie gestionnaire. Il s’agit, enfin, de faire pression sur l’État pour renouer avec les principes fondateurs de l’Université, conformes aux aspirations émancipatrices, et pour en obtenir les moyens.

Cinq universités manquent, l’État se refuse à les créer ? Construisons-les !

Nous appelons celles et ceux qui le souhaitent — architectes, maçons, charpentiers, ouvriers, universitaires (précaires ou non), lycéens, étudiants, parents ou simples citoyens — à bâtir ensemble ces universités qui seront les biens communs de la société que nous ambitionnons de construire. Retrouvons-nous à Vincennes pour poser symboliquement la première pierre d’une université renouvelée et en asseoir les fondations. Nous profiterons de ce moment pour débattre et affirmer que nous préemptons notre droit au savoir et que nous sommes déterminés à nous mettre en chantier, c’est-à-dire, avant tout, à faire. « Faire » est une qualité ; « faire » c’est envisager l’autre comme acteur, actrice, de son propre dépassement ; « faire », c’est  juguler la fragmentation, l’isolement, l’individualisme et l’anomie qui dévitalisent notre société tout entière ; « faire », c’est mettre en chantier en engageant sa vie de la première pierre jusqu’à la fête inaugurale, dans un débordement permanent.

Tant il est vrai que « créer, c’est résister, et résister, créer ».

Premier signataires

Des étudiantes, étudiants, lycéennes et lycéens d’Aix, Bordeaux, Brest, Clermont, Dijon, Lille, Limoge, Lyon, Marseille, Metz, Montpellier, Nancy, Nanterre, Nantes, Nice, Paris 1, Paris 3, Paris 8, Rennes, Rouen, Saint-Denis (Paris 8), Sorbonne Université, Strasbourg, Toulouse et Valenciennes.

Thomas Alam, universitaire, science politique, Bruno Andreotti, universitaire, physique, Corinne Davault, universitaire, sociologie & d’anthropologie, Dominique Archambault, universitaire, informatique, Isabelle Attard, ex-députée écologiste, Clémentine Autain, Députée FI, Olivier Berné, chercheur, astrophysique, Anne Bory, universitaire, sociologie, Isabelle Bruno, universitaire, science politique, Gilles Chantraine, chercheur, sociologie, Éric Fassin, universitaire, sciences politiques, Pierre Gilbert, universitaire,sciences politiques, Nacira Guénif, universitaire, sciences de l’éducation, Odile Henry, universitaire, sciences politiques, Hélène Conjeaud, retraitée chercheure, biophysique, Thomas Coutrot, économiste, Pascal David, universitaire, physique, Laurence De Cock, professeure, histoire, Milena Doytcheva, universitaire, sociologie, Pascale Dubus, universitaire, histoire de l’art, Elsa Faucillon, députée GDR, Jean-Louis Fournel, universitaire, études italiennes et histoire de la pensée politique, Chantal Jaquet, universitaire, philosophie, Sophie Jallais, universitaire, économie, Marietta Karamanli, députée NG, Mathilde Larrère, universitaire, histoire, Éric Lecerf, universitaire, philosophie, Olivier Long, universitaire et peintre, Frédéric Lordon, chercheur, philosophie, Jean-Marie Maillard, chercheur, physique, Pascal Maillard, universitaire, littérature française, Guillaume Mazeau, universitaire, histoire, Julien O’Miel, universitaire, science politique, Hélène Nicolas, universitaire, études de genre, Nicolas Offenstadt, universitaire, histoire, Pierre Ouzoulias, chercheur, sénateur CRCE, Joël Pothier, universitaire, bioinformatique,Pablo Rauzy, universitaire, informatique, Sabine Rubin, députée FI, Arnaud Saint-Martin, chercheur, sociologie, Johanna Siméant-Germanos, universitaire, science politique, Yasmine Siblot, universitaire, sociologie et d’anthropologie, Jérôme Valluy, universitaire, sciences de l’information et de la communication, Sophie Wahnich, universitaire, histoire

AGEPS de P4, Comité A.E.C, RogueESR, Sauvons l’Université, SNESUP-FSU, Solidaires étudiant-es Montpellier, Solidaires étudiant-es Paris 4, Solidaires étudiant-es Paris VIII, Sud Education Paris

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A celles et ceux qui se préoccupent de rendre de la conscience à leur vie, qui n’en peuvent plus depuis 30 ans des réformes mortifères, de la compétition à outrance comme idéologie, seule créatrice de richesse, de la destruction de la culture, du rabougrissement des savoirs, nous lançons un appel à bâtir les nouvelles universités que l’Etat refuse de créer ! C'est à Vincennes, ce samedi 2 juin 2018 à 17h (Lac Daumesnil), que nous poserons la première pierre de l’Université en refondation et appellerons à lancer autant de chantiers que nécessaire partout en France.

Dans le débat public sur l'Université, les questions les plus urgentes masquent des problèmes plus profonds. Ainsi, la comparaison entre l’algorithme APB et la mise en concurrence des étudiants et des universités par Parcoursup fait écran à des réformes plus souterraines : obsolescence programmée du baccalauréat, augmentation drastique des frais d'inscription, séparation de l’enseignement supérieur entre collèges universitaires paupérisés, dits “de proximité”, et établissements "de recherche intensive visibles internationalement", dérégulation des formations diplômantes et transformations des statuts des universitaires.

Toutes ces réformes pallient de faux problèmes créés de toutes pièces par la haute fonction publique pour masquer le sous-investissement chronique de l’État dans l’enseignement supérieur et la recherche. Alors que l’augmentation démographique de l'an 2000 et le désir grandissant des bacheliers de poursuivre leurs études conduit à un afflux de 150 000 étudiants en dix ans, l’Etat n’est plus à la hauteur de ce formidable élan : les budgets de l'Université stagnent et l’ouverture de postes d’enseignant-chercheurs diminue — 7000 postes de titulaires en moins depuis 2009. Le programme d’Emmanuel Macron avait pourtant raisonnablement chiffré les besoins à 2 milliards d’Euro pour la recherche et à 2 milliards d’Euro pour l'Université, mais l'arbitrage fait au nom du réalisme est sans appel : alors que nous sommes l’un des pays les plus riches du monde, il n'y aura pas un centime !

Le problème des moyens masque lui-même d’autres questions, plus fondamentales, qui touchent à l'essence même de l'Université comme institution de diffusion et de mise en partage gratuite des savoirs produits par celles et ceux qui les créent. Force est de constater que les personnes qui président depuis quelques temps à la dénaturation du métier d'universitaire sont souvent les mêmes qui ne l'exercent pas ou plus et qui ne créent rien non plus. Comment expliquer que l’évolution des carrières universitaires consiste à toujours plus s’éloigner de l’enseignement et des premières années de Licence au fur et à mesure que l’on monte en grade, quand ces étudiants constituent précisément la future richesse de l’Université?

Nous entendons affirmer ici que le savoir n'est ni affaire de managers, ni affaire de bureaucrates et appelons à la refondation de l'Université. Retournons à ses sources, faites de liberté, de collégialité, d'exigence et d'émancipation. Plutôt que de fermer les universités aux classes populaires par le jeu de la sélection de Parcoursup, ouvrons les! Ce qui est en oeuvre aujourd’hui, c’est une offensive généralisée contre toute possibilité de dire le vrai sur le monde et sur la société. Par le fléchage des crédits des laboratoires et l’imposition de réorientations thématiques, la recherche est de plus en plus soumise à des impératifs de rentabilité. L’instrumentalisation et la professionnalisation des disciplines vise à affaiblir les savoirs critiques en les soumettant au marché de l’emploi.

Pour retrouver prise sur ce monde et le ré-inventer, il est nécessaire de ré-instituer l’Université. Celle-ci doit être un lieu de pensée ouvert, en savoirs comme en actes.

Cinq universités manquent, l’État se refuse à les créer ? Construisons-les !

Nous appelons celles et ceux qui le souhaitent — architectes, maçons, charpentiers, ouvriers, universitaires (précaires ou non), lycéens, étudiants, parents ou simples citoyens — à bâtir ensemble ces universités. Elles seront les biens communs de la société que nous ambitionnons de construire. Avec pareils chantiers, il s'agit avant tout de faire. « Faire » est une qualité ; « faire » c’est envisager l'autre comme acteur, actrice, de son propre dépassement ; « faire », c’est juguler la fragmentation, l'isolement, l'individualisme et l'anomie qui dévitalisent notre société tout entière ; « faire », c’est mettre en chantier en engageant sa vie de la première pierre jusqu’à la fête inaugurale, dans un débordement permanent.

Tant il est vrai que “créer, c'est résister, et résister, créer”.

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