Nous vous invitons à vous associer ci-dessous aux 1369 signataires de notre tribune en faveur d’une stratégie sanitaire d’élimination de la transmission du SARS-CoV-2, publiée le 17 février 2021 dans Libération. Elle s’accompagne d’une note complémentaire détaillant les diverses options stratégiques en présence et justifiant notre engagement en faveur de Zéro Covid : Vertige des hauts plateaux.

Vous pouvez également signer l’appel international #ZéroCovid, qui propose une version paneuropéenne de cette stratégie, à la fois très stricte et accompagnée d’un ensemble de mesures sociales concourant à ne laisser personne sur le bas-côté.

Zéro Covid : pour une stratégie sanitaire d’élimination du coronavirus

Zéro Covid : pour une stratégie sanitaire d’élimination du coronavirus

Il y a un an, alors que l’épidémie de coronavirus était en expansion rapide, une note de l’OMS exposait les deux stratégies sanitaires envisageables : contenir l’épidémie ou l’éliminer. La première stratégie, dite de mitigation ou d’aplatissement de la courbe, a été celle adoptée par l’exécutif : elle vise à limiter le taux de reproduction épidémique pour maintenir les services de réanimation en dessous de la saturation. Cette stratégie, qui impose à la population des contraintes considérables pour une durée indéfinie, a conduit à un haut plateau épidémique faisant 400 morts et 20 000 contaminés par jour. L’absurdité de ce choix est évidente : puisque le contrôle s’effectue sur le taux de reproduction, l’épidémie pourrait aussi bien être contenue sur un plateau très bas sans demander d’effort supplémentaire.

Cette irrationalité française tient-elle au fait que les décisions stratégiques sont prises dans l’opacité, sans débat public scientifiquement éclairé ? De fait, les moyens d’action proposés par les chercheurs de différentes disciplines ont été réduits à un unique curseur réglant le niveau de privation de liberté par le confinement. L’autocontrôle par les autorisations de déplacement dérogatoire et l’inutile couvre-feu de 18 heures nous valent d’être la risée de nos voisins, qui titraient dès novembre sur « l’Absurdistan autoritaire ». « Et inefficace », faut-il ajouter aujourd’hui. Alors que de nouvelles souches ont fait leur apparition, plus contagieuses et plus résistantes à l’immunisation, il est temps que l’action publique s’appuie enfin sur le débat démocratique et sur des propositions rationnelles préalablement soumises au travail de controverse scientifique.

La seconde stratégie exposée il y a un an, qui vise à l’élimination du virus, a été appliquée avec succès dans plusieurs pays, qui ont retrouvé leur vie sociale et leur activité productive. S’il est vrai que l’insularité a aidé certains pays comme la Nouvelle-Zélande, une concertation entre pays frontaliers permettrait de pallier cette difficulté en Europe. Insistons : quand bien même la présentation de la stratégie d’élimination inclut souvent une phase transitoire de reconfinement, tout l’intérêt du zéro Covid réside dans le fait que cette stratégie n’est pas directement tributaire d’un confinement. Au contraire, même : elle repose sur le déploiement de multiples mesures complémentaires, concourant à en finir avec le coronavirus en quelques mois sans porter atteinte aux libertés publiques.

Nous savons, depuis juin 2020, que le coronavirus se transmet principalement par voie d’aérosol, y compris par des porteurs asymptomatiques, lorsqu’ils respirent ou parlent. Le port de masques FFP2 dans les lieux clos permet de diminuer d’un facteur 50 la quantité de particules virales inhalées. Il faut généraliser leur usage, et donc en fabriquer ou en commander, et éduquer à leur nettoyage et à leur recyclage. Les lieux de restauration collective sont des endroits de forte contamination : en équipant chaque table de deux hottes de ventilation équipées de filtre HEPA, l’une qui apporte à la table de l’air non contaminé, et l’autre, aspirante, qui piège les gouttelettes produites avant qu’elles puissent être inhalées, on réduit la quantité de particules virales d’un facteur 10. Il faut donc produire ou acheter ces purificateurs d’air et former des techniciens pour leur déploiement rapide. Pour quantifier le risque et adapter les procédures sanitaires aux caractéristiques d’un lieu fermé, il convient de déployer des capteurs de CO2 et de particules fines, peu onéreux. Ce ne sont là que trois exemples, parmi des dizaines de techniques dont l’État doit assurer la conception, la mise en production et la généralisation dans les transports, les bureaux, les lieux de culture, les écoles et les universités, pour quelques milliards d’euros, un coût faible au regard du désastre économique et social actuel.

La vaccination a un rôle clé à jouer dans le dispositif d’élimination du virus. Mais elle est menacée par le fiasco national en matière de conception, de fabrication et de distribution des vaccins. Cet échec est imputable à la politique de recherche court-termiste menée depuis quinze ans contre la volonté de la communauté scientifique, mais aussi au fait que l’appareil d’État, dont les hauts fonctionnaires sont dépourvus de formation scientifique, a de facto remplacé toute politique de recherche industrielle publique par l’octroi, en pure perte, de milliards d’euros de crédit d’impôt aux entreprises privées. Or, sans un pôle industriel de santé publique à même d’accompagner l’effort scientifique, la lutte contre le Covid sera vouée à l’échec.

Sur la durée, éliminer le coronavirus exige le recrutement et la formation d’équipes d’arpentage épidémiologique regroupant 50 000 personnes par groupes de cinq, affectés à des quartiers ou à des communes au gré des résurgences. Le test des eaux usées permettra leur déploiement rapide selon les besoins. Ces équipes tenues au secret médical auront la tâche de retracer les contacts, de proposer des méthodes d’isolement, d’effectuer des tests et d’assurer la politique de prévention de terrain, qu’une application ou un « centre d’appels » ne permettent pas de mener. Trois semaines à plein temps et cinq en alternance sont nécessaires à leur formation. Un confinement éventuel, imputable à l’impéritie de l’exécutif, n’a pas vocation à excéder cette période d’équipement et de formation, à l’issue de laquelle le taux d’incidence aura fortement baissé. Le pays entrera dans une nouvelle temporalité, celle d’une veille reposant sur un maillage sanitaire étroit mais respectueux des libertés publiques. Il faudra alors tirer les leçons des échecs stratégiques et recréer les conditions permanentes d’un débat public scientifiquement informé. Les errements d’une année sonnent comme un avertissement : l’intégrité, la responsabilité et l’autonomie de la science conditionnent notre capacité de délibération, notre démocratie et nos libertés publiques.

Premiers signataires

Bruno Andreotti, physicien | Cécile Birks, angliciste | Yann Bugeaud, mathématicien | Bruno Canard, virologue | Gérard Chaouat, immunologiste | Christiane Denys, zoologiste | Natalie Depraz, philosophe | Pascale Dubus, historienne de l’art | Jose-Maria Fullana, physicien | Laurence Giavarini, littérature française | Sophie Gizard, archéologue | André Gounot, historien | Jacques Haiech, biologiste | Caroline Ibos, sociologue | Stefaniya Kamenova, écologue | Pascal Maillard, littérature française | François Marchal, anthropologie biologique | Pérola Milman, physicienne | Pierre-Yves Modicom, germaniste | Francoise Muscatelli, biologiste | Laurent Perrin, généticien | Elisabeth Piotelat, informaticienne | Sabrina Speich, géophysicienne | Martin Tiano, chimiste | Constance Valentin, physicienne | Anaïs Wion, historienne |

Liste des 1369 signataires

Dernières signatures
1,369 Mallory Carlu Systèmes complexes Avr 10, 2021
1,368 Vincent Bousset Professeur des Écoles Avr 10, 2021
1,367 Bénédicte BILLECOCQ Avr 10, 2021
1,366 Marie Pierre Lods Avr 10, 2021
1,365 Frédérique Gabriel-Pomarède Avr 10, 2021
1,364 Dominique FOURTUNE Avr 10, 2021
1,363 Sébastien Lemonnier Avr 10, 2021
1,362 Ghislaine Tournerie Avr 10, 2021
1,361 Thierry grange Avr 10, 2021
1,360 Sophie Brescia Avr 10, 2021
1,359 Boris Pothier Avr 10, 2021
1,358 Guillaume GAUTREAU Chercheur en Bioinformatique Avr 08, 2021
1,357 Cornelia Kaslin Avr 08, 2021
1,356 Philippe Dambournet angliciste Avr 07, 2021
1,355 Cédric Ortiz Informatique Avr 07, 2021
1,354 Matthieu Postel Ingénieur Avr 07, 2021
1,353 Yûki Takahata Avr 07, 2021
1,352 Gwenaelle Garcia Professeur Avr 07, 2021
1,351 Karim Verheyden Avr 07, 2021
1,350 Alain CHRISTOPHE Enseignant (allemand) Avr 07, 2021
1,349 Fabrice Marco Informatique Avr 07, 2021
1,348 Timothée Ravier Informatique Avr 07, 2021
1,347 Y Y Avr 07, 2021
1,346 Clément Parise Avr 07, 2021
1,345 Michèle Hauteville Avr 06, 2021
1,344 Claire Talibart Avr 06, 2021
1,343 Fanja Ratrimo Universitaire Avr 05, 2021
1,342 Théotime Vauthier Éducateur spécialisé Avr 05, 2021
1,341 Nolwenn Millet Avr 05, 2021
1,340 sandra touboul Professeur Avr 04, 2021
1,339 Andreea Fratila Enseignante Avr 04, 2021
1,338 Daniela Langer musicologie Avr 04, 2021
1,337 Didier MIGNEAU Avr 04, 2021
1,336 Françoise Dahmane Avr 04, 2021
1,335 Saad Bennani Avr 04, 2021
1,334 Olivier Vilain Avr 03, 2021
1,333 Anaïs Mailhé Avr 03, 2021
1,332 Claire Longere Avr 03, 2021
1,331 Mahaut Tyrrell Avr 03, 2021
1,330 Nicole Knuchel Avr 03, 2021
1,329 Grégory LEGARAND Avr 03, 2021
1,328 Tom Panier Avr 03, 2021
1,327 Frederique Le louarn Avr 02, 2021
1,326 Hamida Salhi Avr 02, 2021
1,325 Christian Globensky Professeur d’enseignement artistique Avr 02, 2021
1,324 Corinne Luxembourg Géographe Avr 02, 2021
1,323 Stephane Bonnet Avr 02, 2021
1,322 Martin LUCAS Architecte Avr 02, 2021
1,321 François-Xavier Hamel Physique Avr 02, 2021
1,320 Marian Kedzierski Avr 02, 2021

Comments ( 7 )

  1. JLLQ
    Ce texte est trop long, aborde des points sujets à débats… mais je signe, car il défend l'unique stratégie qui vaille.
  2. Marc Elie
    Je suis d'accord avec le fond de la tribune, c'est pour cela que j'ai signé. Je ne marche pas trop dans l'idée "d'éliminer le virus", cependant: ce vocabulaire guerrier et transformiste me semble complètement suranné. Mais les auteurs ont raison qu'on peut faire mieux pour contenir le virus. Peut-on quadriller le territoire d'un maillage sanitaire fin sans mettre en question les libertés individuelles? (on pense à l'épidémie chez Foucault dans Surveiller et punir. Mieux: on peut penser à Wuhan) Peut-on sérieusement dépister et tracer sans contraindre les personnes à se confiner sur une base individuelle, familiale ou collective? C'est une question importante que les auteurs ne prennent pas la peine de traiter. Ils ont l'air de croire que le respect du seul secret médical satisferait par lui-même entièrement à l'obligation de garantir les libertés individuelles! Y a-t-il un déficit démocratique dans notre pays? C'est évident. La démocratie aiderait-elle à contenir le virus? Il est permit d'en douter au regard de l'expérience internationale. Il semble qu'il n'y ait aucun lien direct et évident entre régime politique et succès dans la lutte contre le Covid. Est-ce que ce constat doit nous décourager de construire une vie plus démocratique? Bien sûr que non.
  3. Allouche
    La configuration actuelle où essentiellement une seule personne, aux compétences limitées, décide d'une stratégie, est non seulement un déni de science et un déni de démocratie, mais aussi un exemple frappant d'inefficacité grave.
  4. Guillaume Blanc
    Il faut également expliquer massivement la stratégie à la population de manière honnête et objective, contrairement à tout ce qui s'est fait jusque-là.
  5. Jamin
    Sur le fond, je ne suis pas en désaccord. Mais est-ce bien le rôle de RogueEsr ? Oui, je suis scientifique, j’ai mon avis. Dans mon labo, nous sommes tous des scientifiques, de différentes disciplines. Oui, au débat démocratique proposé, mais in fine, sur ce sujet, il N’y a PAS de consensus scientifique. Alors, on fait comment ? Une bande de scientifique qui s’autoproclame plus éclairés que les autres prétend avoir LA solution ? Moi je veux bien, et encore une fois, je suis plutôt d’accord, au vu de mon expérience personnelle à Hong-Kong et au Japon. Mais on est des Français, des Gaulois, des irréductibles, pas des Asiatiques pour qui le contrôle social fait office de police sans qu’il n’y ait besoin d’attestation. Oui, ce sont des clichés. Ben, essayer pour voir de traverser en dehors d’un passage piéton avec petit bonhomme vert à Berne, Hong-Kong ou Kyoto, vous allez comprendre que ce n’est ni Marseille, ni Paris, ni Montpellier. Je ne parle que des villes que je connais. Quid des étudiants qui n’en peuvent plus ? Pas un mot dans cette tribune !!! RogueEsr qui oublie les étudiants ? WTF comme ils disent ! Voilà, je suis un scientifique, j’assène mes vérités… est-ce que cela me donne pour autant compétence pour les imposer à tous ? Le vrai contrôle démocratique, celui qui tranche en l’absence de consensus, y compris au sein de la communauté scientifique, c’est celui des gens démocratiquement élus. Bien cordialement, PS : mettre un lien vers un article réservé aux abonnés du Monde, pas très démocratique ☹
  6. Pascale
    Mmm, je suis sceptique. Ces mesures sous-entendent quand même que tout le monde est intelligent. D'ailleurs les signataires sont en majorité des intellectuels. De plus, je trouve que la tribune mélange les débats. Cette fois, j'ai un peu de mal avec votre texte, qui est en plus assez agressif. Je ne signe pas.
  7. Perrin
    Un autre argument pour le zéro Covid: Au plus le virus est présent à un niveau élevé dans la population, au plus la probabilité d'apparition de nouveaux variants (plus contagieux et/ou provoquant des formes symptomatiques graves) est élevé. Ce qui retarde d'autant le contrôle du virus en population via la vaccination.....

cinq × 3 =