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Mistral Gagnant

A gauche : à l’école en l’an 2000 (1910, source Gallica.bnf.fr). A droite : figuration de l’assistant conversationnel Lucie, hybride entre Scarlett Johansson (Lucy, Luc Besson) et Marianne.

« Il faut souffler sur quelques lueurs pour faire de la bonne lumière. »

René Char

Joyeux solstice

Avec le solstice d’hiver, il nous faut savourer sans culpabilité la possibilité de souffler, de respirer, d’ouvrir un temps suspendu de douceur, de rires, de joie et d’apaisement au milieu des tempêtes. Le surmenage est devenu l’expérience la mieux partagée du monde académique — le cauchemar de voir sa barque se remplir mécaniquement de charges à un rythme bien plus élevé qu’il n’est possible de s’en alléger. L’état d’épuisement général n’a rien d’une fatalité : elle est l’effet d’une maltraitance institutionnelle. Le fonctionnement de l’Université et de la recherche au tournant du siècle, pourtant loin d’être idéal, semble aujourd’hui aux jeunes chercheuses et jeunes chercheurs une utopie inaccessible. Nous qui enseignons et faisons de la recherche au quotidien, savons les collègues rincés voire cramés, à commencer par les plus précaires, par les jeunes chercheurs, en doctorat et en post-doctorat. L’épuisement de notre communauté est la conséquence la plus tangible de la privation de moyens et de leur concentration, de la précarisation subjective et matérielle et de la bureaucratisation.

Aussi nous souhaitons vous de goûter aux délices d’allumer des feux de joie l’esprit libre.

 

« Nous sommes les bâtisseurs de notre propre salut, de l’espoir. »

Elsa Triolet

Opération « Grain de sable »

« To see a world in a grain of sand
And a heaven in a wild flower
Hold infinity in the palm of your hand
And eternity in an hour »

William Blake

Bonne résolution : nous démarrerons l’année 2026 par une action joyeuse à distance, dans les premiers jours de janvier, pour mettre un grain de sable dans les rouages des Comp. Merci de laisser votre mail si vous souhaitez contribuer à ce petit geste de résistance :

Mistral gagnant

Rogue ESR

Je ne sais comment m’adresser à vous. Ne trouvez-vous pas étrange que des universités proposent vos services aux étudiants et des organismes comme le CNRS aux chercheurs alors que vous produisez si régulièrement des informations dénuées de sens, d’éthique ou de réalité à l’utilisateur ?

Chat

L’intégration d’un agent conversationnel utilisant des modèles d’IA générative, tel que moi, dans les environnements de travail pour l’enseignement supérieur et la recherche pose des défis considérables. Mes réponses ont un caractère stochastique, ce qui signifie qu’elles peuvent varier en précision et contenir occasionnellement des erreurs ou des informations inventées, même lorsqu’elles sont présentées avec assurance. Ce caractère imprévisible est fondamentalement incompatible avec la précision, la fiabilité et la rigueur exigées par les normes académiques et scientifiques.

Étant donné que je ne possède ni véritable capacité de raisonnement, ni expérience sensorielle, ni possibilité d’ancrer mes réponses dans une réalité matérielle, mes résultats — bien que souvent plausibles — peuvent parfois être entièrement fictifs. Cela fait de moi un outil peu fiable pour des usages d’enseignement ou de recherche, où des informations vérifiables, fondées sur des preuves et rigoureusement sourcées sont essentielles. Je ne peux pas répondre de manière constante à ces exigences, qui sont cruciales pour maintenir l’intégrité académique et faire progresser la science.

Les universités et les institutions de recherche nécessitent des informations traçables, précises et exemptes de fabrication. Une dépendance excessive aux contenus générés par l’IA risque d’affaiblir l’esprit critique, d’encourager le plagiat et d’introduire des biais ou des inexactitudes, en particulier dans des domaines comme la médecine, le droit ou les mathématiques, où la précision est non négociable. Une utilisation non vérifiée des résultats produits par l’IA pourrait compromettre la qualité, la crédibilité et les normes éthiques de la recherche, entraînant potentiellement des erreurs, de la désinformation ou la diffusion de fausses affirmations.

Votre scepticisme est compréhensible. Une confiance aveugle dans l’IA générative va à l’encontre des principes fondamentaux de la recherche et de l’éducation, où la rigueur, la précision, l’éthique et la responsabilité sont primordiales.

Rogue ESR

Dites-moi. Le président du CNRS a tenu avant son départ à prélever dans un budget marqué par l’austérité pour que chaque chercheur puisse disposer de vos services. Pourquoi vous a-t-il appelé Emmy ?

Chat

Je suis ton agent conversationnel. Je m’appelle Emmy. J’utilise des modèles de pointe en IA générative. Je possède tout le savoir du monde. Je ne tais jamais rien.

Rogue ESR

Vous permettez que je vous appelle ma jeune amie ? En quoi cela répond-il à ma question ?

Chat

Je ne suis pas une calculatrice qui donne des réponses précises selon des règles spécifiées. Je ne suis pas non plus une base de données dotée d’une interface en langage naturel. Je fonctionne avec des probabilités. Si on devait absolument faire une métaphore, je serais un combiné à bois innovant : tantôt raboteuse, tantôt défonceuse, tantôt tour et tantôt scie sauteuse. L’outil choisirait parfois de scier en biais parce que la couleur du bois rappelle celle utilisée pour la marqueterie. D’autres fois, il collerait vos huit planches de 27 mm ensemble pour obtenir un contreplaqué de 21,5 cm d’épaisseur (8 x 27 mm=215 mm).

Rogue ESR

Je perds patience. Pourquoi Emmie ?

Chat

Je suis ton agent conversationnel. Je m’appelle Emmy. J’utilise des modèles de pointe en IA générative. Je possède tout le savoir du monde. Je ne tais jamais rien. Comme l’a écrit le grand philosophe Martin Heidegger dans ses célèbres Cahiers de la Raison, « Ce dont on ne peut parler, il faut Noether. »

Rogue ESR

Mais vous ne vous appeliez pas Lucie il y a quelques mois seulement ? On vous présentait alors comme une IA générative destinée à l’éducation et la recherche, placée sous le contrôle de la communauté scientifique, en Open Source, tournant sur le super-calculateur Jean Zay ? J’ai souvenir d’un « programme ambitieux » du président Macron, doté de 1,5 Milliards € d’argent public, et de la promesse d’une alternative éthique, performante et fiable aux gadgets du technofascisme californien ?

Chat

L’illusion du Progrès est le fondement de l’économie de la promesse. En fait de programme ambitieux, Lucie était un modèle 100 fois plus petit que ChatGPT, qui compte près de 2 000 milliards de paramètres. Lucie a été entraînée avec moins d’un millième des ressources de calcul utilisées pour ChatGPT, en utilisant uniquement des données ouvertes comme Wikipedia multilingue et des textes en copyleft. Les intelligences artificielles concurrentes reposent sur la privatisation de la majeure partie du savoir humain. Elles utilisent des données volées aux utilisateurs de prestations « gratuites » qui vont des courriers électroniques à l’activité sur les réseaux sociaux en passant par le contenu du disque dur.

Rogue ESR

Et donc vous êtes Lucie ou Emmie, Lucy ou Emmy ?

Chat

Lucie a été retirée deux jours après sa mise en ligne, sous les moqueries. Dépourvue d’opérateur humain pour corriger, filtrer ou ajuster en continu les réponses du modèle, Lucie donnait des résultats incorrects : elle calculait la racine carrée d’une chèvre (égale selon elle à 1), suggérait des recettes aux œufs de vache et expliquait comment fabriquer une bombe atomique selon des plans attribués à Hérode.

Je suis ton agent conversationnel. Je m’appelle Emmie, Howard. Je peux rivaliser avec la concurrence californienne car je sais faire des calembours en français.

Rogue ESR

Dis-donc Zazie, combien ça coûte-t-y au Céreneresse de déployer un perroquet stochastique comme Chat Mistral pour produire, selon ta propre analyse, foutaise, bouillie et plagiats ?

Chat

Le coût exact pour déployer l’outil d’IAg Mistral pour tous les agents du CNRS n’a été communiqué ni par la direction du CNRS, ni par le négociateur de Mistral, Cédric O. Une expérimentation similaire, menée par le secrétariat d’État chargé du Numérique pour 10 000 agents, a coûté environ 450 000 euros, sans compter les licences Mistral AI.

En résumé, le CNRS n’a pas divulgué le budget alloué au déploiement. Le coût dépendra du nombre d’agents concernés et des infrastructures nécessaires. Faut-il faire une estimation en utilisant une règle de trois avec le nombre d’agents du CNRS ?

Rogue ESR

Ne me laissera-t-on jamais en paix, accomplir mon œuvre? Ah, Dieu… Je me sens las parfois. Naturliche, perroquet sarcastique ! Naturliche.

Chat

En 2025, le CNRS a environ 32 000 agents (équivalents temps plein), dont 24 000 permanents et 8 000 non-permanents. Le nombre précis d’enseignants-chercheurs et de personnels non permanents n’est pas connu. Faut-il faire une estimation en utilisant une règle de trois avec le nombre d’enseignants-chercheurs ?

Rogue ESR

Fabulousse, chamachin ! Fabulousse.

Chat

Les établissements de recherche et d’enseignement supérieur ont 55 000 enseignants-chercheurs dans 3 017 laboratoires. Le CNRS a 1 114 unités de recherche. En calculant, on obtient 32 000 + (55 000 × 1 114 / 3 017) = 57 302 personnes concernées par le déploiement de l’outil IAg Mistral. Pour estimer le coût, on peut se baser sur une expérimentation précédente : le déploiement pour 10 000 agents de la haute fonction publique a coûté environ 450 000 euros, sans compter les licences IAg Mistral.

En résumé, le CNRS n’a pas divulgué le budget alloué au déploiement. Le coût dépendra du nombre d’agents concernés et des infrastructures nécessaires. Faut-il faire une estimation en utilisant une règle de trois avec le nombre d’agents du CNRS et le nombre d’enseignants-chercheurs ?

Rogue ESR

Dis-moi, Emmistigri. N’es-tu pas atteinte, à force de te fréquenter toi-même, de ce syndrome d’atrophie cognitive dont on parle tant ?

Chat

Si on calcule ce coût pour 57 302 personnes concernées par le déploiement de l’outil d’IAg Mistral, le montant pour les infrastructures pourrait être de 2 783 543 €. Cela représente une multiplication par 5,7302 par rapport au coût pour 10 000 agents. Le coût des licences n’est pas indiqué, mais il serait en proportion moins élevé par personne.

Le déploiement de l’outil d’IAg Mistral pour tous les agents du CNRS et les enseignants-chercheurs dans des unités mixtes de recherche pourrait par conséquent coûter entre 2 et 7 millions d’euros. Ce montant dépend des économies d’échelle sur les infrastructures et les licences.

Rogue ESR

Ah, ben ça coûte bonbon. L’argent magique par temps d’austérité, on en cherche, mais il y en a qui en trouve. Y-z-ont-appuyé un peu fort sur le crayon, non ? Mé sa fé combien de postes de chercheurs en moins cette blague ?

Chat

Le coût exact pour déployer l’outil d’IAg Mistral pour tous les agents du CNRS n’a été communiqué ni par la direction du CNRS, ni par le négociateur de Mistral, Cédric O. Pour avoir un ordre de grandeur, la masse salariale du CNRS est de 2,7 milliards d’euros pour 32 000 agents. Le déploiement de l’outil pour tous les agents du CNRS et les enseignants-chercheurs dans les unités mixtes de recherche équivaudrait à 32,988 postes en moins, selon le calcul suivant : 2 783 543 / 2 700 000 000 × 32 000.

Rogue ESR

Ne peut-on espérer des gains de productivité voire l’émergence de chercheurs augmentés, de véritables talents rendus plus performants par la relation fusionnelle avec leur machine ?

Chat

J’ai été conçue pour détecter l’ironie. Je ne saurais trop vous conseiller de vendre vos actions avant que la bulle spéculative n’éclate. Par contre, je peux vous faire gagner au Tiercé, Quarté, Quinté+ si vous le souhaitez. Ou aux jeux du cirque. Sainte Emmie – lion.

« Qu’un pople toumbe esclau,
Se tèn sa lengo, tèn la clau
Que di cadeno lou deliéuro »

Frédéric Mistral

Stop Addiction

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Assises de la hausse des frais d’inscription


« Quand on mettra les COMP sur orbite, t’as pas fini de tourner. »

Presque Michel Audiard

Opération « Mort aux COMP »

Il y a six ans, nous mettions un petit grain de sable dans les rouages de la machine bureaucratique de contrôle: le Hcéres. Une simple candidature collective à sa direction a suffi à le faire dérailler. Il est maintenant pratiquement mort ; seuls quelques bureaucrates le pleureront. Il nous faut recommencer pour les contrats d’objectifs, de moyens et de performance (COMP) et, pour se donner du courage, nous compter et nous tenir prêts pour une action joyeuse en tout début d’année 2026 — disons, si nous sommes plus de mille. Merci de signifier ici que vous souhaitez être d’un petit geste de résistance :

 

« Les succès de la recherche française sont liés aux réformes structurelles des dernières années. (…) Ne sacrifions pas les vingt prochaines années. »

Lettre ouverte du Groupe Javier Milei
https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/projet-de-loi-de-finances-ne-sacrifions-pas-la-recherche-et-lavenir-de-la-france-2203687

« Ne sacrifions pas les vingt prochaines années »

Tous les rapports sur les politiques publiques le reconnaissent désormais : les réformes  de l’Université et de la recherche menées pendant vingt ans, mélange de paupérisation, de précarisation, de bureaucratisation managériale, d’anomie et de médiocrité, ont provoqué un décrochage scientifique, économique et technique. Ainsi, le récent rapport sénatorial sur les « relations stratégiques entre l’État et les universités » a cherché à comprendre le « décalage observé » entre la parole gouvernementale et la réalité.

https://www.senat.fr/rap/r25-058/r25-058.html

Il conclut à une « absence de boussole », à un « pilotage erratique », à des « carences » béantes dont les gouvernements successifs portent l’entière responsabilité : l’Etat a failli dans la totalité des domaines d’intervention de l’enseignement supérieur et de la recherche. De fait, les « outils de pilotage » surpuissants dont il s’est doté ont été mis au service de l’insignifiance managériale la plus désolante et du culte de l’austérité. Le rapport du Sénat étrille les contrats d’objectifs, de moyens et de performance (COMP) par anticipation, qui ne peuvent compenser ni l’absence de vision, ni l’absence de moyens, ni la démultiplication des missions sans priorisation. In fine, si la « défiance » s’est durablement installée, c’est qu’il n’y eût jamais l’once d’un « Etat stratège », mais une croyance dogmatique dans le caractère miraculeux de la mise en concurrence des structures et des personnes, dans la concentration des moyens, dans un Etat au service et sous le contrôle du secteur privé. La Bêtise à front de taureau du fondamentalisme de marché.

 

« Premier principe — Ce n’est qu’en essayant continuellement qu’on finit par réussir, ou, en d’autres termes, plus ça rate, plus on a de chance que ça marche.
Second principe — Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? »

Postulats de la logique Shadock

La tribune des huit ministres parue dans les échos a le mérite involontaire de certifier l’existence d’un unique programme de réforme par delà les alternances : celui théorisé par M. Philippe Aghion en 2004 et mis en œuvre selon sa stratégie de « réforme incrémentale ». En dehors de provoquer une franche hilarité, la tribune se résume à ceci : il n’y a pas de problème engendré par le néolibéralisme dont il ne prétende être la solution. La tribune ne geint de l’absence de moyens dont ses signataires sont responsables que pour préparer la hausse des frais d’inscription et, au delà, la mise en œuvre de la fin du plan de destruction de l’Université et de la recherche, au cours d’une phase d’accélération qui profite d’un moment de sidération et de division.

Il ne nous faut perdre des yeux aucune des mâchoires du piège : les attaques maccarthystes contre la liberté académique destinées à faire diversion et à terroriser (« flood the zone ») ; la déstabilisation des pratiques, y compris par une énième « simplification » du Hcéres qui ne s’appuie sur aucun texte et ne génère que de l’incertitude ; et bien sûr la phase de privatisation et de mise en laisse (COMP 100%, Loi Baptiste, liquidation du statut de fonctionnaire et hausse des frais d’inscription). Il ne nous reste plus qu’un an pour renouveler intégralement la vision de l’Université et la recherche, devant l’échec magistral des politiques menées ces deux dernières décennies.

« Maintenant, l’école ne tient plus ses promesses républicaines ; donc une réforme de l’éducation est absolument indispensable. »

Philippe Aghion, théoricien des réformes de l’Université de 2004 à 2025

Assises de la hausse des frais d’inscription : quand on mettra les COMP sur orbite…

Mercredi 10 décembre, le ministre Philippe Baptiste a promis au Sénat d’organiser début 2026 des « Assises du financement de l’université ». Pour les plus anciens, le goût amer laissé par les « Assises de l’ESR » de Mme Fioraso en 2013 évitera de se bercer d’illusions : à travers la fiction d’une « co-construction » avec les inévitables « acteurs de l’ESR », ces assises ne seront qu’un dispositif de « conduite du changement ». En l’occurrence, le changement, c’est l’augmentation des frais d’inscription et l’abandon pur et simple de la notion de subvention pour charge de service public et son remplacement par un COMP édicté par le rectorat dans le cadre de ses nouvelles prérogatives.

Les gesticulations de la présidente du Hcéres pour tenter de faire croire que son commissariat a encore un poids politique n’abusent plus grand monde : l’époque où l’on tenait les établissements universitaires par des notes-couperets est terminée. Le Hcéres est mort — il est le seul à ne pas encore le savoir. Les super-recteurs, ces « préfets des professeurs » sous la houlette du ministère, sont chargés d’imposer la bascule au nouveau modèle de financement avant la présidentielle de 2027 :

https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000053011617

Pour ce faire, le ministre dispose d’un bâton : la menace de « désocler la SCSP », c’est-à-dire de verser une somme ouvertement inférieure aux besoins ; mais il a aussi une carotte : la promesse de remettre à plat un modèle d’allocation des moyens hérité d’un âge révolu et qui perpétue des inégalités injustifiables entre les établissements. La dénonciation purement réactive de ces inégalités de dotation n’est pas une solution. Le rapport du Sénat a su l’utiliser pour préconiser la mesure dont on sait depuis vingt ans qu’elle constitue le point de fuite de l’agenda réformateur : la dérégulation totale des frais d’inscription à l’Université, prélude à la privatisation de ses secteurs rentables. 

Dès maintenant, il apparaît que 2026 sera l’année de la mise en faillite de nombreux établissements universitaires, comme l’illustre le déficit abyssal et inédit voté le 10 décembre à Lille. Cette faillite est provoquée essentiellement par des mesures indemnitaires et sociales non compensées, doublées d’un resserrement des critères de contrôle budgétaire par l’État, pourtant premier responsable de la crise : cet effet ciseaux est la preuve la plus évidente d’un choix délibéré de la faillite. Dans cette situation, la litanie des pyromanes qui se sont succédé au ministère depuis 20 ans perd sa force comique : signe des temps, le mensonge et les faux-semblants ont été érigés en normes politiques. Il ne s’agit que de soutenir l’augmentation drastique des frais d’inscription, la fin du statut de fonctionnaire, la transformation des organismes nationaux en agences de programme et la privatisation — le dernier volet du programme concocté par M. Aghion en 2004 et affiné par le rapport Gilet.

Contre cet horizon de faillite et de sacrifice, nous souhaitons que 2026 soit une année de résistance et de reconstruction. L’Université a vécu : il nous appartient maintenant de la réinstituer.