Motions des laboratoires, conseils et composantes
Communiqué du comité des directeurs de laboratoires CNRS d’Orléans (26 mars 2026)
La récente décision du gouvernement d’annuler à nouveau des crédits destinés à tous les établissements de recherche impacte fortement le CNRS et les activités de ses laboratoires. En conséquence, dès la mi-octobre les laboratoires orléanais, comme tant d’autres en France, seront contraints d’arrêter leurs recherches.
Mais qu’est ce qui s’arrête quand la recherche s’arrête ?
- l’imagerie à l’échelle atomique
- études sur les volcans, les séismes, l’environnement, le changement climatique
- des études sur les maladies génétiques, sur les traitements contre le cancer et sur le rôle du microbiote sur la santé
- des recherches sur les allergies, les inflammations, la neurotoxicité des polluants – le développement de méthodes de synthèse pour préparer les molécules de demain
Qu’est-ce qui prend fin ?
- les études du climat et de la pollution
- les recherches sur les objets de notre patrimoine
- les nouveaux médicaments,
- les études du système solaire et de l’Univers
- les observations astronomiques
- les recherches sur la douleur
- les travaux sur les sources d’énergie propres et renouvelables, sur la pollution atmosphérique, sur l’aérodynamique des fusées et la propulsion des satellites.
- les recherches sur notre patrimoine écrit – la microscopie électronique à haute résolution
Qu’est-ce que les scientifiques ne peuvent plus faire ?
- d’études statistiques, ni d’IA
- de nouveaux matériaux isolants pour les bâtiments
- de nouveaux procédés d’élimination des polluants éternels
- le contrôle des moustiques, ni des épidémies
- des modèles théoriques
- de l’imagerie médicale
- de nouveaux antibiotiques
- de nouveaux agents de contraste en IRM
Quels travaux vont drastiquement ralentir ?
- les composants électroniques
- les travaux sur la destruction des nouveaux polluants
Qu’est-ce que les scientifiques ne pourront jamais mettre au point ?
- des batteries lithium qui se rechargent par temps froid, fabriquées en France
- de la métallurgie non-polluante en France
Cette situation budgétaire va à l’encontre de la mission confiée par l’Etat aux 1.100 laboratoires du CNRS par décret de 1982 de « Identifier, effectuer ou faire effectuer toutes les recherches présentant un intérêt pour la science ainsi que pour le progrès technologique, social et culturel du pays ».
Motion de la section 22 du CNU sur l’autonomie des enseignantes-chercheuses et enseignants-chercheurs et sur la liberté académique (Motion adoptée à l’unanimité le 13 mars 2026)
La section 22 du CNU, réunie en section plénière le 13 mars 2026, s’alarme des menaces qui pèsent aujourd’hui sur la liberté académique des enseignantes-chercheuses et enseignants-chercheurs et des chercheuses et des chercheurs. Elle s’inquiète des projets visant à légiférer sur cette liberté qui, dans le contexte politique actuel, risquent de conduire à son affaiblissement.
Les sociétés démocratiques nécessitent des connaissances et des savoirs établis rationnellement par des chercheuses, chercheurs, et des enseignantes et enseignants·es de métier pour permettre aux citoyennes et citoyens d’effectuer des choix individuels et collectifs éclairés. Ces professionnels doivent bénéficier d’une liberté académique pour mener leurs tâches de recherche et d’enseignement à l’abri de toute pression politique ou économique.
La dégradation des conditions matérielles de la recherche et de l’enseignement est l’une des causes de la dégradation de la liberté académique.
La subordination des budgets universitaires aux logiques extérieures des COMP 100%, l’injonction à se financer sur ressources propres, ce que l’on sait impossible pour de nombreuses disciplines, contribuent au contexte de paupérisation organisée des Universités et constituent un frein majeur à la liberté de chercher et d’enseigner. Le financement de l’État doit être le gage de l’autonomie du savoir et de la science.
En outre, la réduction des campagnes d’emplois de titulaires à un niveau désormais insupportable, la réduction inadmissible des possibilités d’avancement, la baisse continue des supports dédiés aux congés pour recherche et formation, sont le versant le plus visible d’une dégradation du métier également marquée par l’essor de formes de plus en plus alarmantes de mépris et de défiance. Les désumérisations brutales relayent à bas bruit la politique prétendument abandonnée des « keylabs » et coupent de nombreuses unités de recherche d’un écosystème où le CNRS et l’Université doivent fonctionner ensemble.
En parallèle s’opère une multiplication des évaluations bureaucratiques de toutes sortes. Celles-ci s’opposent aux conditions nécessaires d’une recherche sereine dans la durée, qui doit pouvoir mûrir et même se tromper, si elle veut être audacieuse et découvrir davantage que ce qui est « programmé ».
À ces menaces d’ordre matériel s’ajoutent des menaces politiques et idéologiques. La multiplication des procédures baillons, qui touchent toutes les disciplines et plus particulièrement les sciences humaines, témoigne d’atteintes à la liberté académique, préfigurant des remises en cause plus graves de la liberté d’expression. De plus, la notion de neutralité est de plus en plus mobilisée pour remettre en cause la liberté de chercher ou de communiquer sur ses recherches, par une confusion abusive avec le principe d’objectivité.
La 22e section du CNU affirme solennellement la nécessité absolue que l’activité scientifique et pédagogique ne souffre aucune entrave, quelle qu’elle soit, à son exercice. L’autonomie de la recherche scientifique et de sa transmission doit demeurer un principe fondamental. Elle passe notamment par l’indépendance des enseignantes-chercheuses et enseignants-chercheurs et des chercheuses et des chercheurs et par leur organisation collégiale.
C’est pourquoi nous alertons sur l’inscription des conditions d’exercice de la « liberté académique » dans la Constitution, actuellement en projet. Si cette mesure peut procéder d’une volonté de renforcer le fondement juridique de la liberté académique, elle peut aussi conduire à son affaiblissement si elle est mise au service d’une conception erronée. La liberté académique ne saurait être un outil de pilotage de la recherche, ni de contrôle. Elle est un gage de créativité individuelle et collective et d’expression critique.
La 22e section appelle donc la communauté universitaire à suivre ces débats avec la plus grande vigilance et elle demande que le CNU et d’autres instances, telles que le Comité National du CNRS ou les sociétés savantes, soient pleinement associés aux discussions en cours. Ces instances collégiales sont les garantes de la diversité et de l’autonomie qui doivent présider à la production des savoirs scientifiques, à la quête de vérité et à la mobilisation de l’esprit critique qui sont les socles de l’émancipation et du vivre ensemble dans une société réellement démocratique.
Motion de la section 22 du CNU sur la situation financière de l’Université (Motion adoptée à l’unanimité le 13 mars 2026)
La 22e section du CNU s’alarme de la situation financière des établissements d’enseignement supérieur. Pour ses membres, cette dernière ne résulte pas d’un problème de « ressenti », selon les propos du ministre, mais bien d’un sous-financement structurel dont témoigne le fait que les heures statutaires des enseignant·e·s et enseignant·e·s-chercheur·e·s ne permettent d’assurer qu’à peine 52 % de la charge totale d’enseignement (rapport IGESR N° 24-25 021A – avril 2025, p. 2).
Cette situation conduit à une dégradation inquiétante des conditions d’enseignement et de recherche et, plus largement, des conditions de travail et de vie de l’ensemble des personnels et des étudiant·e·s.
Motion de la section 11 du CNU sur l’austérité budgétaire (Motion adoptée en assemblée générale le 12 mars 2026)
La section 11 du CNU, réunie en assemblée générale à Paris le 12 mars 2026, dénonce fermement la politique d’austérité, qui condamne l’université française en général, et les lettres, langues, sciences humaines et sociales en particulier.
Partout en France, on voit se systématiser les gels et/ou suppressions de postes d’enseignants.es-chercheurs.ses et de personnels BIATSS, les réductions de supports d’ATER et de contrats doctoraux, les non-renouvellements de contrats, la précarisation des carrières (recours aux contractuel.les au détriment des postes pérennes), la réduction massive de l’offre de formation et des capacités d’accueil, ainsi que l’appauvrissement des dotations horaires menaçant la survie de certaines filières, avec des conséquences directes sur la survie de la recherche nationale.
Ces choix politiques, auxquels s’ajoutent l’inflation de ces dernières années et le prolongement du gel du point d’indice, contribuent à dégrader plus encore les conditions de travail à l’université, pour les personnels comme pour les étudiant·e·s, avec des conséquences parfois dramatiques sur la santé de toutes et tous. Dans ce contexte particulièrement préoccupant et en dépit des effets d’annonce, la loi de finances pour le budget adoptée le 2 février 2026, de même que les “Assises du financement des universités” décrétées par le Ministère, n’offrent pas de mesures compensatoires suffisantes. En outre, elles ne laissent entrevoir aucun changement de cap politique.
Les membres de la section 11 du CNU appellent l’État à opérer une hausse massive des investissements à la hauteur des besoins, sans laquelle les universités pourront encore moins remplir leurs missions de service public, essentielles pour la société.
Motion de la section 23 du CNU sur le sous-financement (Motion adoptée à l’occasion de la session de qualification du 9 au 12 mars 2026)
La section 23 (Géographie) du Conseil National des Universités, réunie à l’occasion de la session de qualification du 9 au 12 mars 2026, tient à alerter sur l’insoutenable exacerbation du sous-financement de l’enseignement supérieur et de la recherche.
Depuis 2007, la part du budget consacré à l’enseignement supérieur et à la recherche dans le budget général de l’État n’a cessé de baisser. Dans le même temps, le nombre d’étudiant·es inscrit·es dans l’enseignement supérieur public a progressé de 19 %. C’est l’équivalent de la taille moyenne de 10 universités qui auraient dû être construites soit l’équivalent de 30 000 agent·es qui auraient dû être recruté·es dont 15 000 enseignant·es et enseignant·es-chercheur·es, plutôt que de favoriser les formations supérieures privées. Au contraire, sur cette période nous avons perdu 900 emplois d’enseignant·es-chercheur·es et le nombre total d’enseignant·es titulaires et contractuel·les a baissé de 4 %, quand les emplois BIATSS se sont massivement précarisés. 160 000 vacataires travaillent actuellement dans nos établissements. Partout, les chiffres montrent des campagnes d’emploi amputées, des suppressions de postes, des non-renouvellements de contrats, une réduction des capacités d’accueil et de l’offre de formation, un gel des crédits de fonctionnement, une baisse des crédits récurrents des unités de recherche et une détérioration plus large des conditions matérielles de travail et d’étude. Les étudiant-es ressortissant-es de pays hors Union européenne en subissent tout spécialement les effets à ce stade, avec la hausse de leurs frais d’inscription, qui en présage d’autres. S’ajoutent à cela le gel du point d’indice qui se prolonge et une paupérisation des personnels qui s’installe, à l’image de la situation des collègues ATER. Et s’y additionnent tous les mécanismes de mise sous pression budgétaire : appels à projets, COMP 100 % missions… La section 23 s’élève contre cette dynamique délétère d’enlisement dans la pénurie. Combinée aux injonctions à dégager envers et contre tout des ressources propres, cette dynamique engage une mise au pas et en pièces du service public de l’université. La section appelle urgemment à assurer un avenir à la jeunesse, à notre communauté et à l’émancipation de la société et des territoires par l’enseignement et la recherche. Elle soutient pleinement les luttes en cours dans nos établissements et invite à multiplier les initiatives à ce sujet.
Source des données : Communiqué de l’intersyndicale de l’enseignement supérieur et de la recherche sur la mobilisation du 10 mars 2026
Motion de la section 23 du CNU sur la liberté académique (Motion adoptée à l’occasion de la session de qualification du 9 au 12 mars 2026)
La section 23 (Géographie) du Conseil National des Universités s’alarme des attaques récurrentes contre le monde universitaire, visant à disqualifier les sciences humaines et sociales, dont la géographie. Le discrédit jeté sur des recherches indépendantes, dont les résultats sont évalués, débattus et vérifiés, constitue une grave atteinte à la production et à la diffusion des savoirs comme bien commun au cœur du projet démocratique. La dégradation du débat public en est un symptôme préoccupant. Dans un contexte de montée des idées d’extrême droite qui saturent le champ médiatique en France comme à l’étranger, la section CNU 23 dénonce les intimidations et discours visant à réduire au silence les forces critiques, les pensées de progrès et les engagements antifascistes. Elle s’oppose fermement à la circulaire cosignée par les ministres de l’Enseignement supérieur et de l’Intérieur, qui autorise l’interdiction de conférences ou de débats universitaires au nom d’un hypothétique « risque de troubles à l’ordre public ». Reprises par certaines présidences d’université, ces dispositions constituent une atteinte inacceptable aux libertés académiques. La section CNU 23 réaffirme que l’université doit demeurer un espace d’échanges libres, de débats ouverts et de résistance intellectuelle face à toute tentative de censure ou de normalisation idéologique.
Motion de la section 23 du CNU sur la souffrance au travail (Motion adoptée à l’occasion de la session de qualification du 9 au 12 mars 2026)
La section 23 (Géographie) du Conseil National des Universités, réunie à l’occasion de la session de qualification du 9 au 12 mars 2026, tient à alerter de nouveau et fortement l’ensemble de la communauté sur la souffrance au travail généralisée dans le monde de l’ESR.
En tant que section, nous nous inquiétons d’une généralisation des formes d’épuisement, de burn-out, et plus généralement de la dégradation systémique de nos conditions de travail. Cette situation qui s’aggrave touche tous les personnels, et encore plus les personnels précaires de l’ESR. Elle va de pair avec la dégradation des conditions d’étude des étudiant.es.
Le manque de reconnaissance et de soutien de l’institution ainsi que la perte de sens dans la réalisation de notre métier se déclinent en plusieurs points articulés les uns aux autres :
- La course permanente à l’excellence et à la compétition scientifiques, accompagnée d’une vision bien souvent court-termiste du travail scientifique ;
- L’accumulation des responsabilités et charges administratives ;
- Le manque de postes, qui s’accompagne d’une augmentation des heures complémentaires ;
- La difficulté d’évolution de carrière, liée notamment à une baisse continue des contingents de semestres de CRCT et supports d’avancement ;
- Le manque de prise en considération des situations individuelles (arrêts maladie, handicap, situation d’aidant.e, entre autres).
Nous constatons des formes d’inégalités importantes entre les sites d’exercice et les statuts qui, localement, peuvent encore accentuer ces formes de souffrance.
La section appelle les collègues à se saisir de toutes les formes possibles de mobilisations, luttes et revendications pour une amélioration rapide et massive de nos conditions de travail et soutient les mouvements en cours.
Motion du laboratoire Physique et Mécanique des Milieux Hétérogènes (motion adoptée par les membres du laboratoire le 19 février 2026)
Le laboratoire exprime sa vive inquiétude sur la pérennité des financements de la recherche. Comme beaucoup d’universités, le CNRS a dû cette année voter un budget en déficit. L’absence de compensation par l’état des décisions budgétaires qu’il a lui-même imposées aux universités et au CNRS (sur-cotisation retraite, glissement vieillesse technicité, etc.) mettent les établissements en difficulté. Cette augmentation constante des dépenses contraintes ne peut qu’aboutir à une dégradation des conditions d’exercice de nos missions de recherche et d’enseignement. A terme, cette tendance met en danger notre liberté de recherche et la qualité de notre production scientifique.
Nous sommes convaincus de l’importance de la recherche pour répondre aux multiples incertitudes et défis actuels auxquels la société fait face. Nous tenons à rappeler la nécessité démocratique de financer l’université et les organismes de recherche par l’impôt. Nous demandons un financement public à la hauteur de ces enjeux.
Motion du CA de la Faculté des Sciences et Techniques de l’Université du Mans (motion adoptée à l’unanimité le 12 février 2026)
Le conseil d’administration de l’UFR Faculté des Sciences et Techniques demande à l’Etat comme à l’Université du Mans un budget en personnel, en fonctionnement et en équipement à la hauteur des besoins requis pour l’enseignement et la recherche, a minima égal au montant de 2020 corrigé de l’inflation, de la hausse des effectifs étudiants et des charges associées.


