Sauvons les Beaux-Arts de Paris ! Non au projet de « campus d’art et d’architecture » du ministère de la culture !

Information du 9 février 2025 – Le Ministère de la Culture a fait savoir vendredi 31 janvier à Alexia Fabre que son mandat à la tête des Beaux-Arts de Paris ne sera pas reconduit, alors qu’elle en avait fait la demande. Nous vous invitons à prendre connaissance de la prise de position des enseignants des Beaux-Arts.

Depuis mai dernier, les réunions se multiplient au ministère pour presser les Beaux-Arts de Paris vers un projet de mutualisation avec l’ESA de Paris-Malaquais. On parle de délocaliser les collections, de réformer le modèle pédagogique, de déplacer certains ateliers en banlieue. C’est un véritable démantèlement des Beaux-Arts qui est en cours, contre la volonté de sa communauté et de sa direction. Il s’inscrit dans une politique de normalisation et de diminution de l’enseignement artistique qui touche toutes les écoles d’art en France. Nous, qui sommes proches des Beaux-Arts de Paris, nous opposons à ce démantèlement et soutenons que les Beaux-Arts doivent sortir renforcés du chantier de rénovation et de transformation.

Nous vous invitons à vous associer ci-dessous à cette pétition qui a déjà réuni plus de 2000 signataires.

Les Beaux-Arts de Paris sont une des écoles les plus anciennes et prestigieuses au monde, héritiers de l’académie royale de peinture et de sculpture, installés sur leur site historique de la rue Bonaparte depuis 1816. Cette école a formé depuis deux siècles des générations d’artistes et continue, encore aujourd’hui, à attirer des talents venus de France et de tous les pays du monde, pour y chercher un apprentissage à la fois spécifique par rapport aux formations proposées par l’Université ou d’autres écoles d’art et grandes écoles, et comparable de ce qu’offrent des écoles d’art tout aussi prestigieuses à l’étranger.

Un patrimoine menacé

Au centre de Paris, sur le bord de la Seine, à côté des musées du Louvre et d’Orsay, elle est un élément fondamental du rayonnement artistique de la France. Elle possède elle aussi une collection de peintures, de sculptures et de dessins de premier plan, essentielle pour la pédagogie et qui contribue à mieux faire connaître au public l’importance de ce patrimoine à la fois matériel et immatériel. Sur son site, une communauté d’étudiant(e)s, d’enseignant(e)s œuvrent avec tous les agents à cette mission initiale, en veillant à la préservation d’un modèle singulier tout en s’adaptant en permanence aux enjeux de la société contemporaine. A son origine, l’école formait dans une section spéciale des architectes. En 1968, après une période d’hésitations et de conflits, les ateliers d’architecture se sont émancipés et ont donné naissance aux écoles nationales supérieures d’architecture de Paris, parmi lesquelles celle de « Paris-Malaquais », qui cohabite depuis avec les Beaux-Arts, dans un site où les espaces disponibles ne permettent pas depuis des années aux deux établissements de remplir leurs missions dans de bonnes conditions.

L’école des Beaux-Arts est la principale attributaire de ce site patrimonial unique avec des bâtiments, comme le Palais des études construit entre 1834 et 1839 par Félix Duban, qui est un chef-d’œuvre de l’architecture du XIXe siècle. Or ce bâtiment est aujourd’hui menacé, son assise fragile condamnant certaines de ses parties à s’affaisser si des travaux considérables de consolidation du sol ne sont réalisés. Des études ont été menées et une estimation des coûts des travaux a été réalisée cette année, aboutissant à des chiffres – 100 millions d’euros – qui, dans une période de restrictions budgétaires, ne peuvent qu’inquiéter.

Un modèle pédagogique en danger

C’est dans ce contexte qu’une mission a été initiée au début de l’été, à la veille du second tour des législatives par la ministre de la culture, Madame Rachida Dati, dans un contexte politique plein d’incertitudes, chargeant deux personnalités – le président du conseil d’administration de l’école des Beaux-Arts et un membre du conseil d’administration de l’école d’architecture de Paris-Malaquais – de jeter les bases de la création d’un « campus d’art et d’architecture ouvert sur la ville ». Ce rapprochement forcé avec l’école d’architecture « Paris-Malaquais » met en péril la pédagogie propre à notre établissement, fondée sur le système de l’atelier, ouvert à des étudiants d’origines sociales diverses, incluant une classe préparatoire, la « Via Ferrata », des cours de pratique amateurs (la « Naba »), s’appuyant enfin sur ses collections et des expositions pour rayonner auprès du grand public.

Les termes de cette lettre de mission, les objectifs qui y sont fixés, ont suscité un trouble profond dans notre communauté, y compris tous les anciens, et les réponses données depuis par les pouvoirs publics ne l’ont pas dissipé. Les Beaux-Arts ne doivent pas faire les frais de l’augmentation des effectifs étudiants de l’école d’architecture.

Nous demandons solennellement que l’État s’engage à sauver un patrimoine où l’historique et le vivant sont indissociables. Nous exigeons que les collections, consubstantielles à l’identité de l’école, restent sa propriété et continuent à être véritablement accessibles pour les étudiant.e.s, les enseignant.e.s et le public désireux de les découvrir dans leur site historique. Nous demandons également que la spécificité des enseignements ne soit pas altérée par des réformes qui, sous couvert de mutualisation et de rationalisation des espaces, dissoudraient le collectif que nous formons, héritier d’une histoire unique, et qui doit être partie prenante dans la construction de ce que cette école pourrait être.

Inquiets au sujet de l’avenir de l’école, nous exprimons par cette déclaration notre attachement indéfectible à ce lieu indispensable qui a joué un rôle immense dans nos existences, qui est essentiel pour ce que la France peut offrir au monde. Nous refusons que l’école devienne un campus touristique et rappelons avec la plus grande force que nous veillerons à ce qu’aucune réforme ne vienne abîmer ou détruire les fondamentaux qui la constituent. Nous demandons que les réflexions sur son avenir soient menées de façon transparente, en concertation avec la communauté enseignante et étudiante, pour faire émerger un projet ambitieux de rénovation des Beaux-Arts de Paris.

Premiers signataires

Pascale Accoyer | Boris Achour | Annabelle Agbo Godeau | Nicolas Aiello | François Albera | Jean-Michel Alberola | Patrice Alexandre | June Allen | Dove Allouche | Damarie Amao | Götz Arndt | Pascal Aumaître | Cécile Bart | Lina Ben Rejeb | Philippe Bennequin | Pierre Bergounioux | Alain Berland | Romain Bernini | Hicham Berrada | Alain Berthomieu | Jérémy Berton | Karina Bisch | Mireille Blanc | Michel Blazy | James Bloedé | Maxime Boidy | Yve-Alain Bois | François Boisrond | Mathieu Bonardet | Jean-Loup Bourget | Fabrice Bourlez | Werner Bouwhens | Kamil Bouzoubaa-Grivel | Emmanuelle Brugerolles | Pierre Buraglio | Marie-José Burki | Jean-Marc Bustamante | Stéphane Calais | Louis Cane | Mona Cara | Julien Carreyn | Elsa Cayo | Ymane Chabi-Gara | Nicolas Chardon | Christophe Charles | Olivier Cheval | Jean-François Chevrier | Nina Childress | Jagna Ciuchta | Jean Claracq | Claude Closky | Clément Cogitore | Philippe Cognée | Pascal Convert | Damian Corcoran | Isabelle Cornaro | Clément Courgeon | Henry-Claude Cousseau | Darya Danilovitch | Anne Dary | Nathalie Delbard | Hélène Delprat-Dumas | Damien Deroubaix | Georges Descombes | Marc Desgrandchamps | François-Marie Deyrolle | Hervé Di Rosa | Rebecca Digne | Ines Dobelle | Noël Dolla | Renaud-Auguste Dormeuil | Jean-François Dumont | Jérôme Dupeyrat | Elie During | Laurent Esquerré | Patrick Faigenbaum | Valérie Favre | Mathilde Ferrer | Emmanuel Fessy | Dominique Figarella | Michel François | Tristan Garcia | Gilgian Gelzer | Julie Genelin | Agnès Geoffray | Thierry Gervais | Marie Glaize | Frédérique Goerig-Hergott | Ludivine Gonthier | Dhewadi Hadjab | Lina Hentgen | Emmanuelle Huynh | Rémy Hysbergue | Ann Veronica Janssens | Renaud Jerez | Dora Jeridi | Jacques Jeudy | Monique Jeudy-Ballini | Bernard Jordan | Christian Joschke | Jean-Yves Jouannais | Véronique Joumard | Valérie Jouve | Cesar Kaci | Laura Karp Lugo | Denis Laget | Vincent Lambert | Luc Lang | Cham Lavant | Carole Leroy | Xinyang Li | Laure Limongi | Frédérique Loutz | Elfie Mahé | Guitemie Maldonado | Jean-Hubert Martin | François-René Martin | Philippe Mayaux | Jack McNiven | Annette Messager | Angelo Micheli | Bernard Moninot | Marion Naccache | Eva Nielsen | Adoka Nitsu | Richard Otparlic | Aurélie Pagès | Nefeli Papadimouli | Guillaume Paris | Bruno Peinado | Giuseppe Penone | Catherine Perret | Benoît Piéron | Océane Pilastre | Henrik Plenge Jakobsen | Rémy Pommeret | Morgane Porcheron | Laura Porter | Maryam Pourahmad | Julien Prévieux | Virginie Pringuet | Alain Quemin | Thomas Renard | Patricia Ribault | James Rielly | Gwenn Riou | Vincent Rioux | Michel Salerno | Emmanuel Saulnier | Daniel Schlier | Clara Schulmann | Zineb Sedira | Bruno Serralongue | Philippe Sers | Steffen Siegel | Julien Sirjacq | Valérie Sonnier | Alberto Sorbelli | Pia Stadtbaümer | Maria Stavrinaki | Nathalie Talec | Jean-Pierre Tanguy | Djamel Tatah | Christelle Téa | Claire Tenu | Véronique Terrier Hermann | Sixtine de Thé | Stéphane Thidet | Laure Tiberghien | Patrick Tosani | Cyril Tricaud | Morgane Tschiember | Emmanuel Van der Meulen | Chloé Vanderstraeten | Fabrice Vannier | Maxime Verdier | Françoise Vergier | Didier Vermeiren | Claude Viallat | Sophie Virilio | Maïté Vissault | Anna Voke | Anne Véronique Walter-Simonnet | Gilles Walusinski | Lei Xie | Philippe Zarka | Clélia Zernik | Estelle Zhong-Mengual | Marion Zillio

Liste des signataires