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LPR : quel enjeu lundi ? / La CP-CNU appelle à la démission de Mme Vidal

L’examen de la loi de programmation de la recherche touche à sa fin. La commission mixte paritaire de lundi aura à arbitrer entre les textes issus de l’Assemblée et du Sénat sur trois points principaux : la programmation budgétaire, les trois amendements sénatoriaux (n° 147, 150 et 234) que la communauté académique unanime demande de supprimer et la fraction des postes de professeur réservés aux « chaires junior ». Nous avons consacré une courte note analytique à la programmation budgétaire issue du Sénat, que nous vous invitons à consulter et diffuser.

Le Sénat a consenti à un effort financier pour la recherche publique quand le projet de loi initial ne prévoyait, rappelons-le, pas la moindre rupture budgétaire. En revanche, rien de substantiel n’a été prévu pour l’Université, ni dans un texte, ni dans l’autre.

La communauté académique s’est exprimée largement sur le projet de loi. Fait inédit, la commission permanente de la CP-CNU considère aujourd’hui que la Ministre, Mme Frédérique Vidal « ne dispose plus de la légitimité nécessaire pour parler au nom de la communauté universitaire » et appelle à sa démission.

Plus de 27 000 signataires exigent que le débat sur la loi de programmation de la recherche soit informé, et non fondé sur un budget insincère et une étude d’impact lacunaire et fallacieuse.[1]

Plus de 9 000 signataires demandent à la commission mixte paritaire de ne pas concéder le contrôle des recrutements des universitaires aux présidences d’université.[2]

Il est encore temps, d’ici lundi, de signer ces pétitions.

Forts de cet élan, c’est à un tout autre travail qu’il convient de nous atteler désormais pour envisager une transformation effective et profonde de l’Université et de la recherche : un réarmement intellectuel.

En dehors de son budget insincère, la loi de programmation de la recherche s’inscrit dans la trajectoire pensée et explicitée dès 2004 : elle amplifie le recours à la contractualisation, la dérégulation des statuts, le contrôle incitatif par les projets et les primes, la concentration des moyens et la division du travail savant entre des managers de la science et des exécutants précarisés. Comme l’a souligné le Conseil Économique, Social et Environnemental, la loi de programmation de la recherche perpétue une doctrine frappée d’obsolescence, responsable en grande partie du décrochage scientifique du pays : « Peut-on soigner un système avec les outils qui l’ont rendu malade ? » L’éditorial de la revue Nature de cette semaine appelle ainsi le gouvernement français à repenser sa politique de compétitivité scientifique, à la lumière des travaux qui évaluent ses conséquences à l’international. L’Allemagne a entrepris depuis 3 ans un tournant de sa politique de recherche vers une « excellence distribuée », limitant la concentration des moyens et visant à renouer avec un modèle polycentrique, qui a fait par le passé la force du système universitaire allemand. Et l’Allemagne vient de débloquer 50 milliards € — bien réels, contrairement au budget de la LPR — pour son effort de recherche publique.

S’il y a une leçon à tirer de la loi de programmation de la recherche, c’est que rien ne changera si nous n’élaborons pas collectivement un contre-horizon programmatique qui renoue avec les valeurs fondatrices de l’Université et de la recherche énoncées dans ces deux textes :
http://rogueesr.fr/hceres/ et http://rogueesr.fr/retrouver-prise/


[1] La pétition de soutien au projet de loi a été signée par 357 collègues.

[2] La pétition de soutien à l’amendement sénatorial a été signée par 41 collègues.