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En solidarité avec l’Ukraine

Depuis quelques jours, l’attaque militaire russe en Ukraine a porté la guerre au cœur de l’Europe. Nous tenons à dire notre solidarité avec la population ukrainienne. Nos pensées vont en particulier vers nos collègues sur place et vers les étudiantes et étudiants venant d’Ukraine et qui peuvent se trouver actuellement en France, loin des leurs et de leur pays. Nous attirons votre attention sur cette pétition de soutien aux chercheurs et étudiants d’Ukraine :

https://www.change.org/p/communauté-scientifique-soutien-aux-chercheurs-et-étudiants-en-ukraine 

Vous pouvez également consulter la prise de position du Groupement de recherche CNRS « Empire russe, URSS et monde post-soviétique » :

https://gdrus.hypotheses.org/2018

Nous tenons également à dire notre sympathie aux universitaires russes qui ont le courage de prendre publiquement la parole contre cette guerre, parfois au péril de leur carrière et de leur liberté. En portant ainsi une parole de droiture, de solidarité et de vérité face à la machine de propagande belliciste, ces collègues nous renvoient aux plus hautes exigences de la liberté académique. Le journal Le Monde a publié un texte de collègues russes, que nous portons à votre connaissance ci-dessous.

Que peut faire l’Université dans cette situation ? Soutenir matériellement et accueillir les collègues, les étudiantes et les étudiants ukrainiens mis en danger par la guerre est une évidence. Mais sur le long terme, cette guerre rappelle aussi l’importance politique de garantir des formations de haut niveau relatives aux langues, aux sociétés, aux économies et aux cultures de l’ensemble des pays et des régions du globe. Un maillage de formations de ce type représente une contribution décisive à la formation d’un appareil d’État et d’une société civile à même d’analyser et de comprendre des crises régionales ou globales souvent latentes mais risquant de connaître des phases paroxystiques aussi tragiques que cette guerre. Préparer notre pays à répondre efficacement et démocratiquement aux crises internationales impose de retrouver l’ambition perdue de la diversité linguistique et culturelle dans la formation des élites et du plus grand nombre. Cette crise s’ajoute à d’autres pour nous renvoyer à l’exigence collective de savoirs autonomes, inscrits dans la longue durée, et portant sur l’ensemble des champs de l’activité humaine.

Nous assurons de notre soutien chaleureux les collègues spécialistes de cette aire géographique, qui voient aujourd’hui la guerre déchirer les pays de leurs interlocuteurs scientifiques. Nous invitons toute la communauté universitaire à apporter son soutien et à témoigner sa solidarité aux nombreux chercheurs, doctorants et étudiants ukrainiens qui sont dans nos établissements d’enseignement supérieur et à tous ceux qui y seront accueillis dans les semaines et mois qui viennent.

Appel de 664 chercheurs et scientifiques russes :
« Nous exigeons l’arrêt immédiat de tous les actes de guerre dirigés contre l’Ukraine »

Dans une lettre ouverte publiée par Le Monde le 25 février, un collectif de chercheurs et de journalistes scientifiques russes dénonce l’entière responsabilité de la Russie dans le déclenchement du conflit. Par cet acte, « la Russie s’est condamnée à l’isolement sur la scène internationale et à un destin de pays paria », estiment-ils encore.

Nous, chercheurs et journalistes scientifiques russes, exprimons ici notre protestation énergique contre les actes de guerre lancés par les forces armées de notre pays sur le territoire de l’Ukraine. Cette décision fatale causera la mort d’un très grand nombre de gens. Elle sape les fondements du système de sécurité collective. La responsabilité du déclenchement de cette nouvelle guerre en Europe incombe entièrement à la Russie.

Cette guerre n’a aucune justification rationnelle. Les tentatives de manipuler la situation dans le Donbass et de s’en servir comme prétexte pour déclencher les opérations militaires ne dupent absolument personne. Il est évident que l’Ukraine ne représente aucune menace pour notre pays. La guerre contre elle est injuste et absurde.

L’Ukraine était et reste un pays dont nous sommes très proches. Nombreux sont ceux, parmi nous, qui y ont des parents, des amis et des collègues chercheurs. Nos pères, grands-pères et arrière-grands-pères ont combattu ensemble le nazisme. Déclencher une guerre pour satisfaire les ambitions géopolitiques des dirigeants de la Fédération de Russie, mus par des considérations historiques fantaisistes et douteuses, ce n’est pas autre chose que trahir leur mémoire.

La guerre avec l’Ukraine, c’est un pas dans le néant

Nous respectons l’Ukraine, voyant en elle un État fondé sur des institutions démocratiques qui fonctionnent. Nous comprenons le choix européen de nos voisins. Nous sommes convaincus que tous les problèmes entre nos deux pays peuvent être résolus de manière pacifique.

En déclenchant la guerre, la Russie s’est condamnée à l’isolement sur la scène internationale et à un destin de pays paria. Cela signifie que nous, les chercheurs, ne pourrons désormais plus faire nos recherches normalement, tant il est vrai que l’avancement des recherches scientifiques est impensable sans coopération approfondie avec les collègues des autres pays.

L’isolement de la Russie dans le monde va aggraver encore plus la dégradation culturelle et technologique de notre pays, tout en fermant toutes les portes de sortie. La guerre avec l’Ukraine, c’est un pas dans le néant.

C’est avec douleur que nous voyons notre pays, dont le rôle pour abattre le nazisme a été décisif, allumer en ce moment même une nouvelle guerre sur le continent européen. Nous exigeons l’arrêt immédiat de tous les actes de guerre dirigés contre l’Ukraine. Nous exigeons le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’État ukrainien. Nous exigeons la paix pour nos pays.

La traduction et la publication de cette lettre sont à l’initiative de chercheurs français travaillant sur la Russie, l’Ukraine et l’espace post-soviétique.

Premiers signataires : Aleksandr Anikin, linguiste, membre de l’Académie des sciences de Russie ; Jurij Apresjan, linguiste, membre de l’Académie des sciences de Russie ; Aleksandr Bondar, membre de l’Académie des sciences de Russie ; Viktor Vasil’ev, mathématicien, membre de l’Académie des sciences de Russie ; Mikhaïl Danilov, physicien, membre de l’Académie des sciences de Russie ; Jurij Kostitsyn, membre de l’Académie des sciences de Russie, docteur en géologie ; Aleksandr Moldovan, membre de l’Académie des sciences de Russie, philologue ; Serguej Nikolaev, académicien de l’Académie des sciences de Russie, philologue ; Konstantin Novoselov, physicien, lauréat du prix Nobel ; Valerij Rubakov, membre de l’Académie des sciences de Russie, physicien ; Roal’d Sagdeev, membre de l’Académie des sciences de Russie, physicien.

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