Opération Alex

De nombreuses propositions nous sont parvenues pour réaffirmer les valeurs collégiales de la science, revendiquer un « nous », constitutif de la communauté savante, le seul à même d’instituer les modalités de la disputatio et les normes de probation scientifique. Une suggestion est apparue comme pouvant être immédiatement mise en œuvre : ajouter un/une scientifique imaginaire, allégorique, au prénom épicène, à la liste des auteurs de nos publications, quand cela est possible : un nom identique dans toutes les disciplines, avec rattachement à la même unité de recherche fictive. La conséquence la plus immédiatement visible sera qu’en l’espace de quelques mois des centaines d’articles feront de ce nom le premier publiant de la planète, et de son faux laboratoire la première unité de recherche mondiale, avec pour conséquence de fausser une partie des statistiques bibliométriques et de démontrer l’absurdité de l’évaluation quantitative individuelle. Surtout, à plus long terme, cette signature fonctionnera comme un label de collégialité et donc de qualité, dont les principes seront explicités en plusieurs langues sur un site dédié.  Un tel label vaudra réaffirmation, au cœur même du dispositif de mise en concurrence des individus et des institutions, d’un « nous » scientifique associé à un ensemble de pratiques communes. Cette signature tiendra lieu d’engagement à des pratiques intègres, à une éthique intellectuelle, à une exigence vis-à-vis des normes de probation scientifique. 

La perte d’autonomie de la communauté académique n’est pas spécifiquement française. C’est pourquoi il nous semble important de faire vivre un « nous » que les collègues étrangers pourront s’approprier s’ils le souhaitent, ce qui implique de choisir un prénom épicène international ; après examen, nous proposons Alex.

Une telle initiative ne sera couronnée de succès que si nous avons l’assurance que d’autres collègues, en nombre, y contribuent. Nous vous proposons de répondre au questionnaire ci-dessous afin de nous dire si vous pensez que l’idée doit, ou non, être mise en œuvre et, le cas échéant, afin d’en affiner les modalités et d’arrêter le choix de ce nom « commun ».

Nous devons anticiper la réaction des revues scientifiques. D’un point de vue stratégique, deux options sont possibles : utiliser l’effet de surprise, puis, à un moment significatif (par exemple, cent articles sous le même nom « commun » ?), publier une tribune expliquant la démarche ; ou commencer par la publication d’une tribune dans une ou plusieurs revues scientifiques internationales, expliquant le sens éthique et qualitatif du label, et annonçant la soumission de plusieurs dizaines ou centaines d’articles. Nous souhaiterions avoir votre avis aussi sur ce point.