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Le courage de la vérité

Vous trouverez en fin de billet les liens vers les vidéos du séminaire Politique des sciences consacré au rôle du collectif dans les mathématiques.

À Pascale

Pascale a toujours été là, franche. Là d’abord avec ses étudiants qu’elle aimait — et elle le disait. Là aussi avec ses collègues chercheurs, avec lesquels elle partageait son amour de la peinture italienne et sa sensibilité aux ponts étranges qui pouvaient être parfois lancés entre la mort, l’art et la politique, à Sienne ou ailleurs. Là avec nous, avant que Rogue ne vit le jour, et dès qu’un possible mouvement collectif pointa à la fin janvier 2009. Là avec toutes et tous, avec quiconque prenait la parole pour dire l’insupportable, avec celles et ceux qui ne voulaient pas renoncer, qui espéraient toujours que ça reparte, qui croyaient que ce n’avait été que le début, qu’on avait subi une défaite mais qu’on n’avait pas perdu, pas perdu tout à fait, pas perdu pour toujours. On pouvait être en désaccord avec elle, mais on savait au fond qu’on était du même côté et c’était cela qui comptait ; et puis, à la fin, on se retrouvait, parfois après des détours, pour travailler, écrire, relire, organiser, penser ensemble dans la mesure où chacun était convaincu d’être plus efficace et plus intelligent avec d’autres que dans l’isolement. Avec elle on était ensemble sans même avoir besoin de partager tous les choix car, même si les analyses pouvaient différer à l’occasion, chacun reconnaissait à l’autre d’avoir le même horizon et de combattre la même chose : l’Université managérialisée qui nous est imposée à grands renforts de « réformes » bureaucratiques, de paupérisation organisée, de dépossession de nos métiers et de décisions autoritaires. Pour lutter sans cesse et sans faiblir il fallait continuer à dire, à parler entre nous, à réagir, à écrire des textes, à prendre position, sans s’arrêter parce que nous étions moins nombreux, sans se taire parce que personne n’écoutait. Pascale a continué et ce fut, tout simplement, son honneur.

Nous dédions à Pascale les trois textes de Rogue sur la liberté académique. Elle y a beaucoup contribué. Elle n’aura pas vu la version finale du dernier.

Première partie : Réinstituer la liberté académique.

Seconde partie : Dépasser le paradigme de la tour d’ivoire ?

Troisième partie : Liberté et éthique académiques.

Pour quelles « compétences » les néo-managers sont-ils sélectionnés ?

Dans une tribune récente, des académiciens ont regretté le processus de nomination opaque à la tête des institutions de recherche : « Il est nécessaire que les présidents des grands organismes soient des personnalités scientifiques ayant l’autorité suffisante pour prendre des décisions fortes qu’ils puissent faire accepter au pouvoir politique et aux partenaires sociaux » Indépendamment de notre attachement au double principe d’autonomie et de collégialité de la recherche scientifique, qui suppose d’en finir avec toute dérive bureaucratique, qu’elle soit incarnée par des personnes reconnues pour leurs travaux ou non, cette prise de position pose une question d’importance : sur quelles normes, par quelles procédures, pour quelles compétences les néo-managers sont-ils sélectionnés ?

Le renouvellement de la présidence du CNRS nous donne quelques éléments de réponse. Du « darwinisme » plébiscité par M. Petit, il ne reste manifestement rien dès lors que la sélection s’opère pour des fonctions « dirigeantes » : les candidatures de « personnalités scientifiques » ont été rejetées sans examen ni critères explicites, sans travail analytique de rapporteurs, dans l’opacité la plus grande, en dehors de tout cadre conforme à l’éthique académique.

Sans illusion démesurée, nous nourrissions quelque espoir que M. Petit, actuel président du CNRS, accepte de discuter publiquement avec les autres candidats de la politique de recherche nationale. La communauté académique aurait aimé plus de substance que ce descriptif de sa pratique du pouvoir, « virile, mais correcte » (sic); elle aurait aimé comprendre la logique de la suppression de postes pérennes au profit de contrats précaires, qui fut expliquée par cette métaphore : « C’est comme si tu pouvais te payer Neymar, mais que tu n’aies pas de quoi lui payer un ballon. » (sic).

Qu’il en ait reçu l’ordre du ministère ou de l’Élysée, ou qu’il n’ait pas, lui-même, le courage du débat public n’y change rien : M. Petit refuse tout échange avec la communauté savante et les membres du CNRS. Constater qu’à la tête du « vaisseau amiral de la recherche française » (sic) la vertu cardinale du monde académique — le courage de la vérité, l’éthique de la disputatio — fait défaut en dit long sur le naufrage en cours de la vie intellectuelle.

Sans doute faut-il interpréter cette dérobade comme un aveu : l’exécutif est conscient du mécontentement de la communauté savante devant les choix politiques opérés depuis 20 ans. Les nominations, que ce soit à la tête du Hcéres ou du CNRS, se font contre la communauté académique, en violation du principe d’autonomie du monde savant, en contrevenant aux règles déontologiques les plus élémentaires. Le critère primordial de sélection semble être d’incarner le cauchemar de L’Homme sans qualités (Musil) : être de simples gestionnaires, de simples courroies de transmission du pouvoir. La qualité principale des néo-managers est ainsi d’abdiquer par avance le pouvoir effectif associé à la fonction, de n’en rien faire sinon se conformer au règne de l’insignifiance voire de déléguer les stratégies d’établissement à des cabinets de consultance.

Vidéos du séminaire Politique des Sciences du jeudi 21 octobre 2021

Bruno Andreotti — Présentation du Séminaire de Politique des sciences

Isabelle Gallagher — La communauté mathématique : des rêves à l’épreuve de la réalité.

Antoine Chambert-Loir — Bourbaki, mythe et pratique d’un mathématicien collectif.

Catherine Goldstein — Et les autres ? Histoires et imaginaires.

Michel Broué — Mathématiciens et solidarité, abstrait et concret.

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Un débat public pour l’avenir de la recherche

Présidence du CNRS : Un débat public sur la politique de recherche

L’idée d’un débat public entre les candidats[1] à la présidence du CNRS et en dialogue avec la communauté scientifique fait son chemin.

L’un des candidats, Olivier Coutard, a donné son accord pour y participer. Plusieurs médias nationaux et internationaux ont proposé de couvrir le débat par un live et/ou un article a posteriori. Plusieurs parlementaires contactés qui auditionneront le candidat retenu se sont, eux aussi, montrés favorables à ce que ces échanges aient lieu. Trois conditions nous paraissent indispensables pour que la communauté se considère partie prenante de ce débat :

  • un lieu empreint d’une certaine solennité, ouvert à toutes et tous, sur inscription ; ce pourrait être une salle du palais du Luxembourg.
  • une modératrice et un modérateur dont l’intégrité et l’indépendance vis-à-vis des candidats soit indiscutable. Stéphanie Ruphy, professeure de philosophie des sciences et directrice de l’Office Français de l’Intégrité Scientifique, et Olivier Monod, journaliste scientifique au journal Libération, ont donné leur accord de principe pour mener ce débat.
  • un débat ouvert à tous les candidats à la présidence qui le souhaitent. Nous souhaitons qu’Antoine Petit, actuel président du CNRS et qui demande un renouvellement de son mandat, participe à ce débat pour présenter sa vision politique et son programme devant la communauté académique, sous les regards de celle-ci et de la presse.

Nous nous proposons de rassembler des questions écrites à l’adresse des candidats et de prendre en charge la retransmission vidéo.

Rentrée du séminaire Politique des sciences

Le séminaire Politique des sciences consacré à la politique des mathématiques aura lieu le jeudi 21 octobre 2021 de 14h30 à 18h30 à l’Institut Henri Poincaré (11 Rue Pierre et Marie Curie, 75005 Paris), amphi Darboux. Il sera retransmis en parallèle sur la chaîne de Politique des sciences : https://youtu.be/1FIQv8iL6fM.

  • Isabelle Gallagher — La communauté mathématique : des rêves à l’épreuve de la réalité.
  • Antoine Chambert-Loir — Bourbaki, mythe et pratique d’un mathématicien collectif.
  • Catherine Goldstein — Et les autres ? Histoires et imaginaires.
  • Michel Broué — Mathématiciens et solidarité, abstrait et concret.

[1] Certains candidats ont reçu une lettre type comportant pour seule motivation de leur non sélection, cette phrase : « Je vous informe par la présente que, au regard des éléments fournis à l’appui de cette candidature, elle n’a pas été retenue pour la suite du processus de sélection actuellement en cours. »

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Séminaire Politique des sciences / Liberté académique

Séminaire Politique des sciences / Liberté académique

Association ou fonds de dotation pour la liberté académique

Nous pensons urgent, avant qu’il ne soit trop tard, de défendre la liberté académique et la liberté d’expression de manière générale, et de nous protéger collectivement contre les attaques qui se multiplient contre les universitaires et les chercheurs.

Deux modalités sont envisageables. Un fonds de dotation pour la liberté académique aurait l’intérêt de conduire à une réduction d’impôt des deux tiers des dons mais nécessite 15 000 € de don initial. Il s’agit d’un outil de mécénat qui permet de soutenir des projets d’intérêt général. C’est un organisme à but non lucratif, géré à titre bénévole, qui permet d’apporter des aides directes aux personnes et aux associations, sous la forme d’aide juridique, de bourses, de prix, et de subventions. Une faiblesse : ce sont les établissements qui sont supposés fournir une aide juridique aux universitaires et aux chercheurs dans le cadre de la protection fonctionnelle et il convient de ne pas abandonner ce terrain trop vite. L’autre possibilité est une association pour la liberté académique, qui a l’inconvénient symétrique de ne pas permettre aisément d’atteindre l’autonomie financière permettant d’apporter une aide concrète en cas de dérive politique.

Après le message de la semaine passée, nous sommes au tiers de la somme nécessaire à créer un fonds de dotation. Merci de nous indiquer dans ce questionnaire votre intérêt pour ces initiatives.

Reprise du séminaire Politique des sciences

Après un an et demi d’interruption de Politique des sciences, dont nous sommes partenaires, le séminaire reprend le jeudi 21 octobre 2021 de 14h30 à 18h30 à l’Institut Henri Poincaré (11 Rue Pierre et Marie Curie, 75005 Paris) et sur la chaîne de Politique des sciences, retransmis en direct à cette adresse : https://youtu.be/1FIQv8iL6fM.

La séance de travail sera consacrée à la politique des mathématiques, avec les intervenants suivants :

  • Isabelle Gallagher — La communauté mathématique : des rêves à l’épreuve de la réalité.
  • Antoine Chambert-Loir — Bourbaki, mythe et pratique d’un mathématicien collectif.
  • Catherine Goldstein — Et les autres ? Histoires et imaginaires.
  • Michel Broué — Mathématiciens et solidarité, abstrait et concret.

Il leur a été demandé de discuter de manière réflexive, à partir de leur pratique et de l’histoire, de l’articulation entre individu et collectif, des stars et des autres, de Bourbaki comme de Camille Noûs, des mythes qui innervent ce domaine, des mathématiciens exerçant leur solidarité…

Le séminaire Politique des sciences, créé à l’EHESS, existe depuis 2008 et est le seul séminaire réflexif sur nos métiers, en France. Il constitue une occasion de nous trouver, puis de nous retrouver, une fois par mois pour réfléchir collectivement à l’activité scientifique et à son articulation avec la sphère politique, au sens le plus large. Pendant les 18 derniers mois, le séminaire a servi à diffuser des informations et des réflexions analytiques sur la syndémie de SARS-CoV-2 :