« La brise revendicatrice / Qui dit à la peste : va-t’en ! »

Le titre de ce billet est issu du poème de Verlaine intitulé « En septembre ».

Ce billet s’accompagne d’un communiqué de presse à consulter ici.

Conditions sanitaires de rentrée

Les conditions de rentrée à l’Université sont extrêmement préoccupantes. Seuls quelques établissements ont procédé aux investissements relativement minimes en matière de ventilation et de purification de l’air sans lesquelles la vaccination ne suffira pas à contenir une prochaine vague. Les présidences d’université et les autorités ministérielles, comme à leur habitude, se défaussent les unes sur les autres et font étalage de toute leur impéritie. Par leur seule faute, dès aujourd’hui, le risque d’une nouvelle fermeture de l’Université est sur la table. Nous sommes de tout cœur avec les collègues et les étudiants, et saluons leur courage face à cette situation.

Consultation programmatique

Les statistiques des résultats de la consultation programmatique ont été mises à jour le 31 août. La distribution des voix change peu par rapport aux premiers résultats, début juillet. Près de 1 000 votants ont déjà participé au sondage. Et vous ?

Politique d’excellence

De passage dans l’émission de BFM Business baptisée « 60 Minutes Business », la ministre, Mme Vidal a illustré les conséquences de la politique d’excellence qu’elle a menée :

« La France est une grande nation scientifique : parmi les 10 publications scientifiques les plus citées au monde pendant cette crise, 2 étaient françaises : grâce à France Relance et à la loi « recherche », nous permettons un réinvestissement massif dans la recherche. »

En réalité, les données bibliométriques de WebOfScience (Clarivate Analytics) ne recensent qu’une unique publication dans les 50 publications les plus citées sur SARS-CoV-2, si décriée pour ses méthodes, ses résultats et son déficit d’intégrité qu’elle a été citée près de 2 500 fois, lui accordant la 25ème place :

Gautret et al. Hydroxychloroquine and azithromycin as a treatment of COVID-19: results of an open-label non-randomized clinical trial. Int J Antimicrob Agents. 2020.

Présidence du CNRS

La présidence du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) est à pourvoir pour le 25 janvier prochain. L’appel à candidatures en vue de pourvoir la fonction de président du CNRS est disponible sur le Journal Officiel.

Le processus de désignation se caractérise une fois de plus par sa grande opacité et par la mise à l’écart de l’ensemble du jugement des pairs. Compte tenu de la place centrale du CNRS dans la recherche française, y compris à l’Université, cette nomination concerne toute la communauté académique. Le président-directeur général en place, M. Petit, a déjà fait acte de candidature pour un second mandat. Dans la foulée, il a entamé une campagne auprès des scientifiques du CNRS via les listes mails de l’organisme, pour tenter de retrouver un semblant de crédibilité deux ans après avoir été récusé par 15 000 scientifiques pour son apologie de l’inégalité et du darwinisme social dans la recherche. De fait, la procédure officielle ne suffira en aucune manière à légitimer la prochaine présidence du CNRS aux yeux de la communauté académique. Cette sélection en catimini est dans le droit fil de la stratégie d’élimination politique des instances délibératives du CNRS poursuivie depuis des années par des présidences interchangeables, comme dans tous les organismes scientifiques et toutes les universités.

Dans ces conditions, réaffirmer le contrôle des pairs sur les politiques scientifiques et rétablir les conditions de l’intégrité passe par une intervention collective dans le processus de désignation.

Au vu des attaques systématiques contre les instances représentant la communauté académique au sein du CNRS sous la mandature de M. Petit, il est de la responsabilité des membres de celle-ci de se montrer à la hauteur du mandat qui leur a été donné. Nous encourageons les membres du Comité National (CoNRS) et en particulier de sa Conférence des Présidents (CPCN) à construire une candidature d’opposition au moins-disant scientifique défendu par M. Petit ou tout autre candidature de remplacement en trompe-l’oeil que le ministère ou la présidence de la République voudraient susciter. De ce point de vue, il est également important d’appuyer ces instances en participant aux élections partielles prévues pour cet automne pour toutes celles et tous ceux qui en ont statutairement le droit.

Mais il est aussi indispensable, dans les mois et les années à venir, de répéter inlassablement que la science n’existe qu’à la condition de la liberté et de l’égalité des pairs : nous sommes la science, et nous ne reconnaissons pas de légitimité à une présidence cooptée dans des comités secrets. De ce point de vue, la situation évoque évidemment le précédent du Hcéres l’an dernier. Un sondage sur Twitter en forme de ballon d’essai a permis de réunir en l’espace de trois jours 761 réponses indiquant une approbation à 93% d’une candidature collégiale promue par RogueESR.

Les dossiers doivent parvenir au ministère pour le premier octobre. Nous vous enverrons le 20 septembre un kit de candidature comprenant une déclaration d’intention programmatique. D’ici là, nous vous invitons à vérifier que vous disposez d’un CV détaillé et d’un document quelconque attestant de votre lien professionnel avec le monde de la recherche, qui sont les deux autres pièces demandées. Soulignons qu’il n’est pas indispensable d’être directement employé par le CNRS pour présenter sa candidature. Compte tenu du poids institutionnel du CNRS, les universitaires et les scientifiques d’autres organismes sont légitimes à intervenir dans le processus de désignation.

Voici les lignes de force qui nous semblent devoir être réaffirmées par cette candidature :

Missions du CNRS

  • La liberté de recherche et son inscription dans la durée ne sont pas négociables. Cela demande de valoriser des travaux ambitieux plutôt que productifs à court terme.
  • Le CNRS a une responsabilité d’animation de la recherche scientifique sur tout le territoire, en liaison avec les universités. La politique de pilotage inégalitaire consistant à utiliser le Centre comme un simple pourvoyeur de ressources stratégiques additionnelles au service d’une poignée d’universités d’excellence menace la raison d’être du CNRS en tant qu’établissement et constitue un non-sens géographique. L’allocation des moyens et les partenariats universitaires doivent donc inclure une dimension de péréquation territoriale.
  • Pour nous, l’intégrité scientifique et la liberté académique ont un contenu positif en termes de responsabilité démocratique, environnementale et sociale. Le CNRS doit promouvoir une recherche au service de l’intérêt général et des principes organisateurs d’une démocratie. Cela signifie que le CNRS doit immédiatement renoncer à son nouveau « partenariat » avec l’Institut Sapiens, une officine politique défendant un « transhumanisme » à forts relents eugénistes.

Recrutements

  • L’emploi pérenne est la condition de l’indépendance et de l’originalité, ainsi que de la conservation du savoir-faire professionnel. Le CNRS doit s’engager en faveur d’une augmentation des recrutements pérennes dans les corps de recherche et de soutien (techniciens et ingénieurs).
  • La présidence du CNRS doit donc défendre et représenter les agentes et agents de la recherche scientifique auprès de Bercy et du MESRI, et non le contraire comme cela est aujourd’hui le cas.
  • Les recrutements doivent s’effectuer sur la base de la production savante et des idées, ce qui impose de diminuer le recours au fléchage des postes dans les campagnes d’emploi.
  • Les classements réalisés par les comités composés de pairs élus doivent être respectés : on ne peut accepter ni leur retournement par la bureaucratie dirigeante, ni leur transformation en en un simple pool de noms où les instances de « pilotage » viendraient piocher.

Vie des laboratoires et normes d’intégrité

  • Ces premières exigences sont liées à une conception de ce que doivent être nos métiers. Il est important de revenir au modèle de chercheurs et chercheuses qui cherchent, au lieu de promouvoir la figure du Principal Investigator qui manage des « petites mains » sans jamais être à la paillasse ni sur le terrain.
  • Le Haut Conseil à l’Égalité (HCE) a relevé une « défaillance » du gouvernement en matière de prévention des inégalités entre femmes et hommes dans le milieu de la recherche à l’occasion du débat sur la LPR. La prochaine présidence du CNRS, en lien avec le CoNRS et la CPCN, doit se rapprocher du HCE pour élaborer des réponses institutionnelles satisfaisantes au vu de ce déficit. Pour ce faire, le CNRS doit pouvoir s’appuyer sur la Conférence Permanente des chargé·es de mission égalité et diversité des établissements d’enseignement supérieur.
  • L’intégrité scientifique doit redevenir l’enjeu d’une vigilance collective exercée en amont, plutôt que de rester cantonnée à un registre punitif et toujours suspect d’inéquité. Le mandat du président actuel, qui a été entaché par l’étouffement de plusieurs scandales d’intégrité, illustre suffisamment la contradiction déontologique structurelle que les évolutions récentes favorisent.

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