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L’été et notre vie

« L’été et notre vie étions d’un seul tenant
La campagne mangeait la couleur de ta jupe odorante
Avidité et contrainte s’étaient réconciliées
(…)
C’était au début d’adorables années
La terre nous aimait un peu je me souviens. »

René Char — Evadné

Les batailles en cours sont loin d’être terminées — ou plutôt la bataille, tant il est devenu évident que nous sommes entrés dans la dernière phase du continuum de réformes initié il y a vingt ans : la privatisation. Ce dernier billet avant l’été entend montrer, une fois encore, la cohérence des mouvements de troupes en cours, qui préparent une guerre éclair pour les trois premiers mois du prochain mandat présidentiel. Nous attirons l’attention sur  les manifestations du 11 juin et sur le dernier grain de sable de l’année, consistant à demander aux parlementaires les clés de répartition des moyens entre universités.

Avant l’été, il faut encore mener les recours juridiques contre le décret discriminant les étudiants étrangers extracommunautaires et continuer de multiplier les motions des conseils de laboratoire, d’UFR et d’université. L’automne sera crucial pour la survie de l’Université et de la recherche scientifique. Les débats budgétaires se tiendront sur fond de tentation disruptive, sous le spectre d’une dissolution en amont de la présidentielle. Il s’agira de peser pour récupérer les dizaines de milliards d’argent public dilapidés dans le financement d’un secteur privé désastreux. Il s’agira surtout de travailler enfin à une nouvelle vision pour les sciences et l’Université, susceptible d’élargir l’horizon.

D’ici là, il nous faut arracher de haute lutte, à la prolifération bureaucratique et à l’empire grandissant de l’insignifiance, ce moment suspendu à la lisière de l’été où le temps redevient un espace de souveraine liberté. La recherche exige ce yutori (ゆとり), cette précieuse disponibilité de l’esprit, condition première de l’émerveillement intellectuel et de la pensée. La barbarie de l’époque nous enjoint de prendre soin de nous-mêmes comme d’autrui, et de nous accorder l’audace du raffinement sensible. Si tout concourt aujourd’hui à nous priver de cette retraite savante, qu’il nous soit permis, à tout le moins, de vous en formuler le vœu : que ce yutori vous soit joyeux et fécond.

Wo?
In den Lockermassen der Nacht.

Im Gramgeröll und -geschiebe,
im langsamsten Aufruhr,
im Weisheitsschacht Nie.

Wassernadeln
nähn den geborstenen
Schatten zusammen – er kämpft sich
tiefer hinunter,
frei.
Où?
Dans les masses meubles de la nuit.

Dans le galet chagrin roulé et repoussé,
dans le plus lent des soulèvements,
dans le puits-de-sagesse Jamais.

Des aiguilles d’eau
recousent l’ombre éclatée – elle combat,
s’arrache plus bas vers les profondeurs,
libre.

Paul Celan, Atemwende (Renverse du souffle)

Traduction de l’allemand par Jean-Pierre Lefebvre.

Séminaire Politique des Sciences (11 juin)

La dernière séance du séminaire de Politique des Sciences (PdS) aura lieu le jeudi 11 juin 2026 de 17h30 à 20h30 à l’EHESS, 54 boulevard Raspail, 75014 Paris, en salle BS1_05/BS1_28 (niveau -1, au premier sous-sol).

Vous trouverez résumés complets et lien pour la suivre le séminaire à distance ici :

https://rogueesr.fr/politique-des-sciences-2025-2026/

La science enrôlée de force dans la guerre qui vient : quelle réflexivité face à la redteamisation de l’ESR ? (séance 1/2)

La tension entre l’autonomie de la recherche scientifique et les tentatives d’enrôlement par le secteur militaire ne date pas d’hier, mais elle prend aujourd’hui une tournure cruciale. Si des institutions comme le Sous-secrétariat d’Etat à la Recherche ou le CNRS ont été créées dans les années 1930 pour protéger les chercheurs des logiques guerrières, le contexte géopolitique contemporain (guerre en Ukraine, cybermenaces) ravive les pressions sur le monde académique. Le séminaire s’appuie sur quatre interventions pour illustrer comment le monde de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (ESR) fait face à ces enjeux de sécurité et de géostratégie aujourd’hui :

Marco Cattaneo — Retour sur la pétition de 200 spécialistes de la physique quantique contre la capture militaire de leurs recherches.

De par leur potentiel militaire, les physiciens spécialisés en calcul quantique sont de plus en plus enrôlés dans les programmes militaires. Marco Catteano reviendra sur l’initiative d’une pétition de 200 physiciens spécialistes en physique quantique qui s’oppose à la capture de leurs recherches par les systèmes militaires des différents pays et plaident pour une autonomie des savoirs (intervention en anglais).

Guillaume Morel — La PPST et les ZRR : un régime d’exception au droit commun qui s’étend rapidement dans nos laboratoires.

Déployé depuis 2012, le dispositif de Protection du Potentiel Scientifique et Technologique (PPST) sécurise les savoirs sensibles des laboratoires et entreprises. Il s’appuie sur des Zones à Régime Restrictif (ZRR), qui appliquent des règles d’accès d’inspiration militaire, dérogatoires au droit commun. L’intervention analysera ce système et ses enjeux, en se focalisant particulièrement sur la gestion des autorisations d’accès et les enquêtes administratives requises.

Masha Cerovic — « Mais Madame, c’est un pays en guerre! » Les risques d’une recherche en SHS sans risques.

En Ukraine, poursuivre la recherche en SHS est un acte de résistance face à la guerre. Pourtant, le travail de terrain des chercheurs se heurte aux restrictions de voyage officielles, moins strictes pour d’autres secteurs. L’intervention analysera le flou entourant les autorisations de mission et interrogera la responsabilité des établissements pour repenser l’articulation entre autonomie scientifique, responsabilité et gestion des risques

Sylvain Bourmeau — L’ambiançage géostratégique de la vie médiatique des idées.

La revue Le Grand Continent offre un exemple saisissant d’un phénomène politique récent : la montée en puissance médiatique d’un cadrage géopolitique voire militaire face aux analyses plus distantes et critiques des sciences sociales. Participant d’une stratégie de fabrication de « villains », ce cadrage contribue fortement à légitimer l’extrême droite et ses figures.

Retrouvez les captations vidéo des séminaires passés sur la chaîne de PdS :

« Je tiens la complaisance envers le mensonge, de quelque prétextes qu’elle puisse se parer, pour la pire lèpre de l’âme. Comme un beaucoup plus grand que moi, je souhaiterais volontiers que, pour toute devise, on gravât sur ma pierre tombale ces simples mots : Dilexit veritatem. »

Marc Bloch

Adoption au Sénat de la petite loi Galileo-Baptiste

Le projet de loi Galileo-Baptiste a été adopté dans un Sénat désert. Il s’agit de la défaite la plus significative pour l’Université publique depuis la loi Pénicaud. Si ce texte devait être examiné à l’Assemblée nationale, une mobilisation puissante serait indispensable. Elle serait d’autant plus justifiée que les dizaines de milliards d’euros d’argent public faisant aujourd’hui défaut à l’Université et à la recherche existent bel et bien : ils s’écoulent via des canaux budgétaires échappant à tout contrôle, au profit exclusif du secteur privé.

Ce projet de loi ne prévoit d’ailleurs pas la moindre régulation de ce dernier. Le secteur privé non régulé, qui prospère sur la promesse de formations « hors Parcoursup », a d’ores et déjà annoncé que ce texte le laissait indifférent. En revanche, les grands groupes prédateurs à l’origine de la loi se voient offrir la possibilité de concurrencer directement l’Université publique, sur la base de critères spécifiquement conçus pour eux. Le groupe Galileo, qui emploie Mme Pénicaud, n’a qu’une exigence : que l’évaluation commune – que le Hcéres de Mme Chevallier se porte volontaire pour mener – ne repose que sur un seul critère, celui de « l’employabilité ». Le projet de loi Galileo-Baptiste ne se contente pas de piétiner le monopole public de la collation des grades. Il installe aussi l’idée d’un marché unique public-privé alimenté par des fonds publics, soumis à une bureaucratie évaluatrice usant de son pouvoir pour édicter des critères dont la qualité des formations et l’adossement à la recherche sont désormais exclus. On y reconnaît sans peine le dernier volet du programme de transformation Aghion-Cohen qui a provoqué un décrochage industriel, éducatif, scientifique et technique sans équivalent dans le monde : la privatisation. Ce dernier mouvement ramasse les éléments patiemment mis en place : le Hcéres et les CO(M)P à 100%, la loi Pénicaud et la loi ORE, et Parcoursup (l’œuvre de M. Baptiste déjà). 

Nous avions ironisé sur la mise à l’écart du ministre Baptiste par l’Élysée et Matignon, qui lui avaient refusé l’examen de sa loi et avaient mis un terme aux Assises sur l’augmentation des frais d’inscription. Il nous faut bien admettre aujourd’hui que M. Baptiste est habile. En quelques entretiens, il est parvenu à convaincre une poignée de leaders syndicaux et de parlementaires de l’opposition de déplorer publiquement que le projet de loi Galileo-Baptiste ne soit pas examiné. Il a concédé le décret xénophobe sur les frais d’inscription à la droite conservatrice en échange du portage de son texte au Sénat. La « méthode incrémentale » théorisée par Ph. Aghion a trouvé son maître : Ph. Baptiste est un expert dans l’art de la duplicité, de l’inversion orwellienne et de la segmentation des réformes pour les rendre illisibles. Quant aux dupes (volontaires ?) qui se sont laissés berner – et qui se trouvent être les mêmes que ceux ayant défendu la sauvegarde du Hcéres ou la LPR –, il nous faut leur réitérer combien nous avons honte pour eux.

« Si la matière grise était plus rose, le monde aurait moins les idées noires. »

Pierre Dac

Décrets d’annulation de crédits

L’insincérité budgétaire étant devenue depuis longtemps la norme, le gouvernement prévoit d’annuler par un double décret 139 millions d’euros du budget de la MIRES, auxquels il faut ajouter 100 millions d’euros de crédits de paiement pour France 2030. Cela comporte 35,5 millions d’euros de crédits pour l’Université (programme 150) et 62,2 millions d’euros de crédits pour la recherche (programme 172). Il en sera ainsi tant qu’il n’y aura pas de mobilisation significative du monde académique pour contrer  la prédation d’argent public par le secteur privé.
Le 11 juin, des manifestations sont organisées partout en France (à Paris, 12h30 au ministère) contre l’austérité imposée à l’Université et la recherche publiques.

« La statue de la Liberté qu’il regardait depuis un long moment lui parut tout d’un coup éclairée d’un soleil plus vif. Son bras armé d’un glaive semblait brandi à l’instant même, et sa stature était battue par les brises impétueuses. »

Amerika, Kafka

« Être émigrant c’était peut-être précisément cela : voir une épée là où le sculpteur a cru, en toute bonne foi, mettre une lampe et ne pas avoir complètement tort. »

Ellis Island — Georges Perec

Au cœur de la bataille, le coût des formations

Fin janvier 2026, la droite sénatoriale a utilisé son « droit de tirage » pour lancer une commission d’enquête sur l’Université, sur le modèle de celle de l’audiovisuel public. La rapporteure, Laurence Garnier, est l’homologue exacte de Charles Alloncle : elle déroule inlassablement le rouleau compresseur de son récit pour égrener les mêmes obsessions : le « fardeau » des étrangers, le « signal-prix négatif » de la gratuité et le coût de l’échec « à un demi-milliard d’euros ». La sénatrice trumpiste parvient parfois à condenser deux de ces éléments de langage dans la même phrase : « Les jeunes femmes se prostituent et viennent nourrir des réseaux de prostitution pour survivre dans notre pays parce qu’évidemment les coûts d’inscription sont faibles. » Elle a fait le voyage aux États-Unis pour visiter un laboratoire de robotique, d’où elle a rapporté cette fulgurance : « J’étais à l’université de Stanford. C’est à peu près l’antithèse de l’antenne universitaire de Saint-Flour ! » De fait, Stanford dispose d’un budget de 7,7 milliards d’euros pour 17 300 étudiants, soit un ratio de 445 000 euros par étudiant.

Une commission ubuesque de ce genre ne saurait auditionner des universitaires en activité ou des chercheurs qui étudient l’Université. C’est donc toute la bureaucratie managériale qui a comparu, témoignant avant tout… de sa division et de son absence totale de vision pour la recherche et l’Université. Assas, Dauphine et PSL ont fait acte d’allégeance, l’Initiative a produit force données, l’Auref a défendu son bout de gras, France Universités a joué les résistants de la 25e heure. Le plus pathétique fut l’Udice, geignant dans ce jargon de bullshit corporate qui constitue la bouillie ordinaire du réseau LinkedIn, de l’abandon financier des idexés. On ne saurait se réjouir, ni de l’offensive trumpiste annoncée, ni de la déconfiture des  bureaucraties qui ont collaboré fidèlement à chaque étape du processus de démolition.

Il y a quelques semaines, c’était Mme Le Pen qui prenait part au feu roulant contre l’Université : « Voir un étudiant en université, en socio pendant 5 ans, je préfère l’avoir en formation ou en apprentissage ou en alternance dans une industrie. Je prends ce que coûte un étudiant en université, cet argent-là, 17 000 euros par an. Je prends la moitié, je le donne à l’entreprise qui va former et l’autre moitié en indemnisation. » 

Cette semaine, Philippe Baptiste a envoyé aux établissements universitaires une « FAQ » concernant le décret de discrimination des étudiants étranges extra-communautaires :

https://rogueesr.fr/wp-content/uploads/2026/05/FAQ_Discrimination.pdf

Il s’agit d’un chef d’œuvre d’inversion orwellienne, que l’on peut se passer de lire. Ainsi, la discrimination, c’est l’égalité, puisqu’elle repose sur l’arbitraire de décisions des présidences d’établissement pour sa mise en œuvre. On se souvient que le Conseil Constitutionnel a interprété le principe de gratuité en simple « modicité » des frais d’inscription, à la condition que le régime d’exemption permette la gratuité pour les plus fragiles. Il y a donc matière à recours. Comme Mme Garnier, comme Mme Le Pen, M. Baptiste exhibe dans son « FAQ » la chimère de formations universitaires dispendieuses : 9650 € pour un étudiant en licence et 13 150 € pour un étudiant en Master. Comment des mensonges aussi grossiers peuvent-ils ainsi être proférés ? Tout simplement parce que la France est le seul pays qui tient secrètes les clés de répartition des moyens entre établissements. D’après le dernier rapport du Sénat, le « montant de la subvention pour charge de service public (SCSP) par étudiant des établissements, variait en 2022 de 2 037 euros pour l’université la moins dotée à 13 194 euros pour l’établissement le plus favorisé, pour une moyenne de 6 720 euros. » Cette somme est à comparer au 445 000 euros par étudiant de Stanford. Mais, ce n’est pas le coût des formations. La recherche représente 50% des missions, donc du coût salarial. La moyenne du coût des formations est donc autour de 3 360 euros par étudiant. Cette estimation est confortée par le Conseil d’analyse économique, qui fait état de 3 730 euros pour la licence (3 140 en sociologie), contre 10 850 pour un diplôme d’ingénieur. Cependant, certains frais des établissements sont fixes, de sorte qu’un étudiant en plus ne coûte pas cette somme de 3 730 euros, mais bien moins. Les frais d’environnement sont de l’ordre de 100%, ce qui signifie que le coût d’un étudiant en plus ou le gain pour un étudiant en moins est entre 1 650 et 1 800 €. Ce chiffrage est corroboré par le financement de places supplémentaires dans Parcoursup, en saturant les amphis, fixé d’après la Cour des Comptes à 1 600 €, soit dix fois moins que ce qu’avance Mme Le Pen et six fois moins que M. Baptiste.

Sources :

https://blog.educpros.fr/julien-gossa/2019/01/18/combien-coute-une-formation-universitaire-et-par-extension-celle-des-etudiants-etrangers/

https://www.senat.fr/rap/r25-058/r25-05830.html

https://www.ccomptes.fr/system/files/2020-03/20200227-rapport-premier-bilan-loi-ORE-3.pdf

« Doute et agis ! »

Devise de l’historien Jean Maitron

Un dernier « grain de sable »

Les Assises, le décret Baptiste et la commission d’enquête trumpiste au Sénat ont fissuré l’unité de façade des présidences d’universités. Plusieurs nous ont fait savoir qu’ils ont demandé, en marge des Assises, la divulgation de la clé d’allocation des moyens aux établissements. A ces demandes, la DGESIP aurait systématiquement répondu que cet « algorithme » (SIC) n’existe pas et que la dotation repose sur un mélange d’inertie et d’ajustements politiques ponctuels depuis la fin du système d’allocation conçu par M. Hetzel, ironiquement baptisé SYMPA. Or nous nous sommes procuré la clé d’allocation des moyens utilisée sous la présidence de M. Hollande, soit après l’abandon du « modèle SYMPA ». Il ne fait donc guère de doute que la réponse de la DGESIP n’est qu’un « élément de langage ». Aujourd’hui, la bataille à venir contre le secteur privé défendu par « l’union des droites » radicales, nécessite la publicité de la clé de répartition.

Nous vous appelons donc à écrire aux parlementaires pour leur demander de faire usage du pouvoir de contrôle de la commission des finances de l’Assemblée Nationale pour obtenir la divulgation des clés de répartition entre établissements.

 

« Apprenez que tout homme est l’égal d’un autre homme. Il est faux que, pour les uns, il n’y ait que des droits à exercer, et pour les autres, des devoirs à remplir : refusez tous d’obéir et nul ne songera plus à commander. Naissez enfin à la dignité Laissez grandir en vous l’esprit de révolte, et avec la Liberté vous deviendrez heureux ! »

Jean Maitron

Pot de retraite

À l’heure où Antoine Petit quitte la présidence du CNRS, il convient de saluer en lui deux singularités qui le détachent du tout-venant de la bureaucratie managériale. D’une part, petit-fils de Jean Maitron, il aura poussé la pudeur familiale jusqu’à ne jamais se réclamer de cet illustre aïeul — ni, avec une constance remarquable, à s’en inspirer. D’autre part, son impétuosité verbale l’a conduit à vendre la mèche sur la part d’ombre de chaque réforme, trahissant systématiquement ce que les manuels de « conduite du changement » commandent de taire.

Son premier discours aux présidents de section, début 2018, s’était ainsi ouvert sur un mémorable : « Bon, ils nous font chier les connards de Pubpeer ! ». Derrière la poésie de l’adresse, l’auditoire médusé comprit rapidement l’exégèse de la feuille de route confiée par Frédérique Vidal : administrer l’omerta sur les fraudes scientifiques de dirigeants de la maison. Dès lors, le ton était donné. Fin 2019, A. Petit célébrait l’ambition « inégalitaire » et « darwinienne » de la Loi de Programmation pour la Recherche. Fin 2021, il justifiait la suppression de postes statutaires au profit de postes précaires : « C’est comme si tu pouvais te payer Neymar, mais que tu n’aies pas de quoi lui payer un ballon. » Se confiant à AEF, il livrait enfin son unique regret, le fiasco des key-labs : « Est‑ce qu’on demande au Paris Saint‑Germain de gagner la Coupe d’Europe ou de tirer Angers ou Le Havre vers le haut ? », avant de léguer ce viatique à son successeur : « Prendre du plaisir. »

Mieux qu’un F. Germinet (« Nous n’avons pas la main sur les carrières de tous les personnels, même si nous les payons »), mieux même qu’une S. Retailleau (« Il faut absolument continuer la mise en œuvre de la LPR (…) Tout est posé, allez-y. Les acteurs peuvent demander des contrats différents »), A. Petit aura su illustrer de métaphores lumineuses la stratégie politique qui a relégué la recherche française, en un peu plus de dix ans, du 6e au 13e rang mondial.