Apprendre d’hier, vivre pour aujourd’hui, espérer pour demain
« Apprendre d’hier, vivre pour aujourd’hui, espérer pour demain. »
Albert Einstein
Ce billet contient la relance des actions pour faire tomber le décret discriminatoire pour les étrangers extra-communautaires, l’annonce du séminaire PdS du 20 mai (20 ans de réformes) et une fiche pratique pour contribuer à un réseau de collectifs solidaires.
« Le racisme est une peur devenue folle, et c’est ce qu’il faut éviter à tout prix si l’on veut que l’humanité survive. »
Germaine Tillon — La traversée du mal
Grains de sable dans le décret discriminatoire sur les frais d’inscription
Le projet de décret de Philippe Baptiste sur les frais d’inscription multipliés par 16 pour les étrangers extra-communautaires ne paraîtra pas avant le CNESER exceptionnel du 5 mai. Nous devons donc mettre à profit ces deux jours pour continuer à mettre des grains de sable dans la machine discriminatoire.
Courriers aux parlementaires — Merci de continuer à envoyer des courriers électroniques appelant à conditionner le soutien au gouvernement Lecornu au retrait du décret. D’après nos estimations, un peu plus de 700 personnes ont contribué à sensibiliser les parlementaires. Les courriers doivent désormais cibler le « bloc central » et être étendus aux sénatrices et sénateurs. Ils peuvent être agrémentés d’appels à un ré-investissement dans l’Université et la recherche, et d’alertes sur la loi de privatisation Galiléo-Baptiste.
Liste des adresses électroniques des parlementaires à contacter, et exemple de courrier à adapter :
https://rogueesr.fr/exemple-de-courrier-aux-deputes/
Notifier en urgence les étudiants recrutés via la procédure « Études en France » (EEF) — Le décret va créer une rupture d’égalité manifeste par laquelle des étudiants notifiés avant la publication du décret resteraient exonérés selon les règles actuelles, tandis que ceux notifiés après seraient soumis aux nouveaux tarifs. Les candidats extra-communautaires passant par Parcoursup ou MonMaster risquent d’être frappés de plein fouet par la hausse, les réponses étant postérieures au décret. Cependant, les étudiants recrutés via la procédure « Études en France » (EEF) peuvent conserver le bénéfice des anciennes règles s’ils sont notifiés avant la publication officielle du décret. Nous appelons donc à la grève du zèle pour protéger ces étudiants en procédant à l’appel et à la validation des dossiers EEF le plus vite possible.
Afficher l’impossibilité de mise en œuvre — Les premiers retours des équipes administratives sont clairs : les nombreuses universités qui n’ont pas déjà mis en place les frais différenciés n’arriveront pas à paramétrer les outils de paiement ni les procédures dans les temps pour appliquer cette discrimination tarifaire. Si les nouvelles interfaces ne sont pas prêtes le 1er juillet, date d’ouverture des inscriptions dans la plupart des établissements, l’application du décret deviendra impossible. Les services administratifs chargés des inscriptions sont déjà dans la phase chaude de préparation de la rentrée et la priorité doit porter sur celle-ci et non à la mise en œuvre des lubies xénophobes du ministre.
Nous appelons à faire adopter des moratoires sur la mise en œuvre opérationnelle du décret en Comité Social d’Administration d’Établissement (CSAE) et dans les Commissions de la Formation et de la Vie Etudiante (CFVU), en invoquant l’absence de moyens disponibles et la dégradation des conditions de travail des collègues chargés d’appliquer cette mesure dans l’urgence. Le cas échéant, nous appelons les formations spécialisées du CSAE à lancer des procédures de visite en urgence dans les services concernés, afin de documenter cette dégradation des conditions de travail, et de contribuer à ralentir le processus jusqu’à l’ouverture des plateformes d’inscription.
« Tout malheur national appelle, d’abord, un examen de conscience ; puis (car l’examen de conscience n’est qu’une délectation morose, s’il n’aboutit à un effort vers le mieux) l’établissement d’un plan de rénovation. (…) de tant de reconstructions indispensables, celle de notre système pédagogique ne sera pas la moins urgente. Qu’il s’agisse de stratégie, de pratique administrative ou, simplement, de résistance morale, notre effondrement a été avant tout, chez nos dirigeants et (pourquoi ne pas voir le courage de l’avouer ?) dans toute une partie de notre peuple, une défaite à la fois de l’intelligence et du caractère. C’est dire que, parmi ses causes profondes, les insuffisances de la formation que notre société donnait à ses jeunes ont figuré au premier rang. »
Marc Bloch, Sur la réforme de l’enseignement.
Texte paru en juillet 1943 dans Les Cahiers politiques, publication du Comité Général d’Études du Conseil National de la Résistance, auquel Marc Bloch a contribué avant son arrestation le 8 mars 1944.
Séminaire Politique des Sciences — Un bilan de 20 ans de réformes de l’ESR
La prochaine séance du séminaire Politique des Sciences (PdS) aura lieu le mercredi 20 mai 2026 de 17h30 à 20h30 à l’EHESS, 54 boulevard Raspail, 75014 Paris, en salle BS1_05/BS1_28 (niveau -1, au premier sous-sol).
La séance s’adresse tout particulièrement aux plus jeunes, doctorants, post-doctorants et jeunes statutaires qui n’ont pas connu l’Université et la recherche au tournant du siècle — et y verraient probablement une utopie. Elle s’adresse également à celles et ceux qui souhaiteraient contribuer à une nouvelle vision pour l’ESR, qui sera l’objet de la partie discussion. Résumés à lire en ligne :
https://rogueesr.fr/politique-des-sciences-2025-2026/
Bruno Andreotti — Qui aurait pu prévoir?
Clémentine Gozlan — La genèse de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) : chronique d’une (dés)union entre l’État et la profession académique.
Mathis d’Aquino — L’essor de l’enseignement supérieur privé.
« Juxtapose à la fatalité la résistance à la fatalité. Tu connaîtras d’étranges hauteurs. »
René Char
Fiche pratique : constituer un collectif
A un an d’élections qui accélèrent le processus d’«union des droites» radicalisées, sur le modèle trumpiste, nombre de collègues et en particulier les plus jeunes s’ouvrent à nous de leur inquiétude et de leur volonté de contribuer à leur mesure à préparer des réseaux de résistance. Les syndicats et les associations comme la Ligue des Droits de l’Homme, l’Union Rationaliste ou l’Association pour la Liberté Académique constituent des outils collectifs précieux face à un régime autoritaire, en particulier pour la résistance juridique.
Cependant, l’alliance trumpiste symbolisée par le trio Vance-Musk-Thiel a déployé un éventail de stratégies qui reposent sur la vitesse d’exécution, l’intimidation et la stupéfaction contre lesquels les réseaux de solidarité locaux s’avèrent être des moyens de résistance essentiels. Face aux rafles perpétrées par ICE, ce sont de petits collectifs qui se chargent de distribuer des sifflets, des stickers No ICE, des fiches pratiques juridiques et tactiques, mais aussi de mettre en œuvre le convoyage des étudiants et universitaires racisés. Nous plaidons donc pour la constitution d’un réseau horizontal de collectifs autonomes, sans bureaucratie, pour donner rapidité et fluidité à la résistance. La recette qui suit est un retour d’expérience, sans prétention normative.
1° Initier un collectif ne demande que trois ou quatre personnes, sur une base affinitaire : ce peut être un même campus, une même ville, une même préoccupation (par exemple, la santé publique), etc. Dès le départ, il importe de minimiser les vulnérabilités légales et de n’offrir aucune prise. Ainsi, les membres du collectif, pour lequel un nom évocateur sera choisi, ne doivent être mentionnés nulle part.
2° Il est essentiel de travailler à la sécurité numérique (messagerie sécurisée, chiffrement, VPN) et de choisir des hébergements relativement sûrs, hors de France (Proton par exemple). L’ouverture d’un blog permet de diffuser des informations locales ou nationales, de proposer des lectures choisies et des traductions, de documenter des abus (à partager par ailleurs avec des journalistes ou des ONG fiables). L’hébergement doit être pensé pour être le moins fragile possible.
3° Le collectif doit se préparer à des attaques, ce qui suppose de réfléchir aux réseaux de soutien, de connaître les coordonnées d’avocats fiables, d’avoir des idées de plan d’urgence et de réfléchir à la manière de réagir à des shitstorms.
4° Le collectif peut s’agrandir graduellement en conservant la confiance et la confidentialité des échanges comme règle, mais l’essentiel consiste en la capacité à contacter une ensemble d’amies et d’amis, de collègues, d’étudiantes et d’étudiants pour des mobilisations expresses. Ce cercle sympathisant s’agrandit en organisant des séminaires (par exemple sur la politique de l’ESR), des ateliers (atelier d’auto-défense numérique avec travaux pratiques, atelier de formation à la liberté académique, etc) et des mobilisations (par exemple Stand Up for Science). L’écriture d’une tribune dans la Presse Quotidienne Régionale (PQR) ouverte aux signatures, inscrivant la politique nationale dans un cadre local et s’adressant à son lectorat constitue une possibilité appréciable.
5° L’écriture collective de textes suppose des rôles asymétriques et si possible tournants. Il est important d’utiliser un outil en ligne qui supporte le travail collectif simultané de manière effective. Une personne (le barreur ou la barreuse) est chargée de produire une version martyr sur une trame discutée informellement, puis d’intégrer les commentaires et les demandes de modification en proposant trois règles : ne jamais répondre à un commentaire ni argumenter ; toujours procéder à un changement lorsqu’il y a une insatisfaction ; produire de nouvelles versions dépourvues de commentaires avant que le texte ne soit rendu illisible par leur abondance. Le processus s’achève par passage de deux autres personnes, l’un procédant à des corrections stylistique et l’autre à un passage orthotypographique.