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Refonder la formation des enseignants

Refonder la formation des enseignants

La nouvelle de la quinzaine fut certainement de recevoir une réponse du cabinet du premier ministre, M. Castex, après que nous avons envoyé une trentaine de courriers à différents conseillers de l’Elysée, de Matignon et des ministères concernés. Nous demandions qu’une délégation de chercheuses et de chercheurs de différentes disciplines soit reçue pour présenter un plan de sécurisation sanitaire des établissements universitaires. Notre initiative correspond parfaitement à ce que réclame le président de la République dans une fuite au Canard Enchaîné : avoir des propositions scientifiquement fondées qui ne se résument pas à un confinement plus ou moins poussé. Vous trouverez cette réponse ici

Ce premier billet programmatique porte sur le recrutement et la formation des enseignants, aujourd’hui installés dans une crise profonde et durable. Ces difficultés font écho à celles de l’institution scolaire, déconsidérée, précarisée et mal-aimée. Si elle a longtemps été regardée comme un instrument de mobilité sociale et d’émancipation, l’éducation est aujourd’hui surtout un rouage essentiel de la mécanique « méritocratique » qui conduit nos sociétés au naufrage à la fois démocratique, social et écologique. La fracture éducative accentue les inégalités et les hiérarchies entre groupes sociaux et entretient aujourd’hui les envies de sécession politique d’une partie des élites et la désaffection des classes populaires. L’institution scolaire a été assujettie à un imaginaire de plus en plus autoritaire et enkysté dans le productivisme et le conformisme. Dans le même temps, elle n’assure plus guère l’impératif démocratique que représente l’initiation à la pratique commune de l’argumentation rationnelle et contradictoire. Enfin, sur le plan des contenus, le débat démocratique a besoin d’une formation initiale et continue de la société aux grandes questions techniques, éthiques et scientifiques de notre temps, où l’école devrait jouer un rôle central dont elle est actuellement trop éloignée. Si nous pensons que la renaissance de l’Université a partie liée avec une refondation sociale, politique et écologique de nos sociétés, la question de la reconstruction de l’école est primordiale : il nous faut réorienter l’école vers un triptyque associant émancipation individuelle, exigence intellectuelle et utilité collective. Le premier point implique d’aller vers toujours plus d’autonomie intellectuelle et matérielle des personnes en formation ; le deuxième objectif revient à demander une formation scientifique, technique et artistique de qualité pour le plus grand nombre ; le troisième impose de rompre avec les hiérarchies professionnelles et scolaires actuelles, d’affirmer le principe d’utilité sociale des savoirs et des qualifications, et de promouvoir un système dans lequel une bachelière professionnelle maîtrisant les bonnes techniques agro-écologiques ne se verra plus placée socialement et scolairement en-dessous d’un trader polytechnicien.

Sur ces trois plans, l’Université a un rôle majeur à jouer, y compris en interrogeant ses propres pratiques et en resserrant les liens avec les corps enseignants des autres degrés. En particulier, la formation universitaire initiale et continue des enseignants est un point nodal pour envisager cette reconstruction du système scolaire. L’entrée en vigueur de la réforme Blanquer, qui représente le contraire de cet élan refondateur, nous donne l’occasion de réfléchir à ces questions. La note programmatique qui suit est structurée en trois parties : un historique des réformes, un diagnostic de la situation qui prévaudra en 2022, et une série de propositions techniques de réorganisation de la formation des enseignants.

1. Historique des réformes

Après la désastreuse réforme Darcos-Pécresse de 2009, la création des ESPE par la loi de Refondation de l’École de 2012 portée par M. Peillon avait constitué une évolution positive en rétablissant une année de formation en alternance à mi-temps comme fonctionnaire-stagiaire pour les lauréats des concours au niveau bac + 4, ce qui assurait une entrée un peu moins brutale dans le métier. La réforme de M. Peillon, qui avançait d’un an la première rémunération, avait aussi permis d’enrayer l’effondrement du nombre de candidats au concours. Cependant, cette réforme était demeurée boiteuse, et en particulier elle ne posait guère la question d’une formation exigeante et contradictoire aux problématiques scientifiques et démocratiques actuelles. Elle n’interrogeait pas les hiérarchies sociales et professionnelles perpétuées par l’école. Après une année de temporisation forcée, et à l’avant-veille des élections présidentielles, M. Blanquer impose une nouvelle réforme, sans bilan ni concertation, inspirée par les thuriféraires du chèque éducation, du scientisme naïf et du nouveau management public.

La réforme Blanquer est d’abord une réforme de précarisation des enseignants, repoussant à nouveau les concours de recrutement des enseignants à bac + 5. On a vu en 2010 l’effet immédiat d’assèchement des viviers de candidats, particulièrement dans le premier degré et de manière persistante dans certaines disciplines du second degré — les mathématiques par exemple. Les lauréats des concours, titulaires d’un M2, seront fonctionnaires-stagiaires, placés à temps plein dans les établissements. Les étudiants en master MEEF (Métiers de l’Enseignement, de l’Éducation et de la Formation) ne seront que contractuels en alternance dans leurs établissements d’affectation, et donc payés 600 € nets mensuels au lieu de 1 400 €, déjà modestes, auxquels ils avaient droit comme fonctionnaires-stagiaires. Des étudiants se retrouveront en situation d’enseigner en responsabilité sans avoir encore réussi les concours de recrutement. Quant aux cohortes d’étudiants qui obtiendront un master MEEF mais échoueront aux concours de recrutement de l’enseignement (les « reçus-collés »), ils pourront être recrutés comme contractuels dans les établissements scolaires, sous statut précaire et sans leur offrir l’accès à une formation continue leur permettant de pallier les lacunes censées avoir été attestées par l’échec au concours. Ce que la réforme Darcos-Pécresse n’était pas parvenue à faire, la réforme Blanquer est en passe de le mettre en place.

C’est ensuite une réforme de managérialisation et d’atteinte aux savoirs. Les maquettes proposées pour les nouveaux masters MEEF font la part belle au bréviaire ministériel : proclamation de valeurs autoritaires sous un emballage plus ou moins lénifiant, soumission aux hiérarchies bureaucratiques et, en guise de science, une caricature de psychologie cognitive déterministe. Le nouveau concours du CAPES voit logiquement une réduction du nombre d’épreuves portant sur la maîtrise disciplinaire. La réforme remplace la seconde épreuve orale, qui était à la fois disciplinaire, épistémologique et pédagogique, par un entretien d’embauche devant un jury qui comprend « des personnels administratifs relevant du ministre chargé de l’éducation nationale, choisis en raison de leur expérience en matière de gestion des ressources humaines » (sic). Il sera demandé au candidat d’exposer « sa motivation » et de faire la preuve de son « aptitude à se projeter dans le métier de professeur ».

Les compétences déclaratives de conformité à des valeurs républicaines à réciter comme un bréviaire seront ainsi à l’honneur. Rappelons que l’épreuve « Agir en fonctionnaire de l’État et de façon éthique et responsable » créée dans le même esprit lors de la réforme des concours en 2010, avait été un échec total.

2. Analyse critique de la situation qui prévaudra en 2022

La crise des recrutements. Le nombre d’inscriptions aux différents concours du CAPES externe et de l’agrégation est en baisse rapide dans un nombre non négligeable de disciplines, par exemple en mathématiques, en sciences économiques et sociales, en SVT, en allemand, etc. La précarisation et l’entrée brutale dans le métier induites par cette réforme, ainsi que le report d’un an des concours, détourneront en particulier les étudiants issus des milieux populaires. Il faut noter que certaines universités préparent déjà des futurs masters d’enseignement hors MEEF, où l’accent est mis sur la préparation du concours. Il y aura donc deux voies d’accès au concours : les masters MEEF pour les étudiantes et étudiants qui ont besoin d’argent pour financer leurs études, et ces masters spécifiques pour celles et ceux qui ont les moyens de ne faire que préparer le concours, et dont les chances seront maximisées. Par ailleurs, les masters MEEF ne seront plus en mesure de bien accueillir et préparer au concours les étudiants en reconversion, qui sont essentiels dans les disciplines en déficit. 

Développement de la contractualisation. Dans les disciplines fragilisées, la faiblesse du niveau des candidats dans leur maîtrise disciplinaire conduit à ne pas pourvoir tous les postes — quitte à recruter dans la foulée les mêmes candidats comme contractuels. Une réforme « d’autonomie » des établissements, c’est-à-dire de managérialisation et de dérégulation des statuts, pourrait parachever le recours massif à la contractualisation, finissant au passage de démanteler le caractère national de la formation des enseignants. Dans le même état d’esprit, avec un budget en constante régression dans un contexte d’austérité, la formation continue des enseignants fonctionnaires par le ministère de l’Éducation Nationale est en voie d’extinction. 

Attractivité supplémentaire de l’enseignement privé. Cette crise pratique du métier d’enseignant et de l’institution scolaire publique nourrira l’essor de l’enseignement privé. Actuellement 17 % des élèves sont scolarisés dans des établissements privés sous contrat avec une tendance à une augmentation plus forte que dans le public. En 2020, 5 490 postes ont été ouverts dans le cadre du concours externe du CAPES (secteur public) et 1 006 postes dans le cadre du concours externe du CAFEP-CAPES (secteur privé). Les épreuves du CAPES et du CAFEP-CAPES sont identiques et les salaires versés aux enseignants, sensiblement équivalents. Les lauréats du CAPES, après la titularisation, obtiennent un poste de fonctionnaire dans un établissement public qui leur est imposé par le rectorat après une phase de mouvement inter-académique. Les lauréats du CAFEP-CAPES auront un poste d’agent contractuel de droit public géré par l’État et enseignent dans un établissement de droit privé, généralement dans l’académie où ils ont obtenu le concours, après négociation avec le chef de l’établissement d’affectation. Évitant l’affectation d’office, les postes d’enseignant dans le privé pourraient devenir de plus en plus attractifs au détriment de l’enseignement public, d’autant que les enseignants du public peuvent passer directement sous statut privé (sans que l’inverse soit vrai). L’hémorragie des meilleurs enseignants vers le secteur privé est donc une possibilité tout à fait crédible.

Insuffisance de la formation au métier. La formation s’effectue déjà dans le cadre de masters consacrés à la préparation du concours et à une formation professionnelle en alternance, durant laquelle les étudiants effectuent un mi-temps devant les élèves. Accablés de sollicitations, les étudiants et fonctionnaires stagiaires passent trop peu de temps à apprendre le métier, c’est-à-dire à approfondir les contenus disciplinaires et les méthodes, à réfléchir sur les finalités de l’école, à recevoir une formation didactique et pédagogique. Le « stage » de M2 interdit de faire quoi que ce soit d’autre et donne lieu à une surenchère d’évaluations qui transforme souvent les moments d’accompagnement que devraient être les visites de formation en inspections décisives et anxiogènes. Demain, ce sont des étudiants n’ayant pas encore réussi les concours qui seront placés en responsabilité dans ces classes, en étant encore moins rémunérés. La réalité est que le concours du CAPES, qu’il soit situé en fin de M1 ou de M2, est mal placé dès lors qu’il imbrique la préparation du concours et celle d’un diplôme. Il faut former les enseignants à l’exercice du métier après qu’ils ont été reçus au concours disciplinaire.

Dans le premier degré. Le concours de recrutement des enseignants du premier degré ne concernait jusqu’à cette année que quatre disciplines sur les treize, qui sont enseignées à l’école. L’arrêté du 25 janvier 2021 en revient à des épreuves écrites d’admissibilité dans cinq domaines : français ; mathématiques ; histoire, géographie, enseignement moral et civique ; sciences et technologie ; arts. Les INSPE vont avoir à adapter les maquettes de master à ce retour des disciplines de la « polyvalence » pour permettre de préparer au mieux les étudiants à ces épreuves. En revanche, l’idéologie des « compétences » et des « fondamentaux » (lire, écrire, compter) conduit à une formation lacunaire et inadaptée des professeurs des écoles. En particulier, le retour d’une vision passéiste et dogmatique de l’école maternelle qui réduit les apprentissages à une conception strictement techniciste et utilitaire, pilotée par l’objectif de taux de réussite aux évaluations, constitue une aberration technocratique.

Ambiguïté du statut des ESPE/INSPE. Les ESPE (ex-IUFM) ont été intégrées aux universités paupérisées. Cette évolution s’est traduite par une combinaison entre la tutelle universitaire et la persistance d’un statut ambigu des rectorats, employeurs, et de facto prescripteurs. Ce régime a conduit à cumuler les travers des deux bureaucraties, et les ingérences des deux ministères. Dans certains cas, les ESPE sont devenus les fiefs personnels de directeurs indéboulonnables naviguant entre les tutelles. La récente réforme transformant les ESPE en INSPE (donc le sigle, à lui seul, évoque l’inspection) a encore aggravé la situation en accentuant les pressions des petits télégraphistes du ministère. Les INSPE souffrent d’un déficit de démocratie dans les conseils, où les élus sont minoritaires. Comme dans le reste de l’Université, il y a un mal-être des personnels des INSPE, qui voient leur métier s’abîmer sous le coup de réformes autoritaires et opposées aux principes qui avaient poussé beaucoup d’entre eux à entrer dans la carrière. Le nombre de stagiaires à suivre, les évaluations, les suivis de mémoires se sont bien souvent multipliés sans cohérence et sans résultat positif sur la formation des fonctionnaires-stagiaires eux-mêmes placés devant des injonctions incompatibles.

3. Propositions : Refonder la formation des enseignants

Pour se mettre en accord avec la réforme du Master sans pour autant imbriquer concours et diplôme, il convient de maintenir le concours de recrutement des enseignants dans la foulée de l’obtention de la licence, en dehors de tout master, et de le faire suivre de deux années de formation professionnelle en INSPE. Ces années de formation doivent être rémunérées et assorties d’un engagement proportionnel au service de l’Éducation nationale. Elles déboucheront sur l’obtention d’un master. Des étudiants déjà titulaires d’un master pourront bien sûr passer et réussir un concours de recrutement d’enseignants : ils suivront alors, en INSPE, une formation adaptée à leur parcours. Cette solution permet tout à la fois d’allonger la durée de la formation initiale tout en accueillant dans les INSPE un public homogène constitué d’étudiants ayant tous réussi le concours. Elle dissocie la préparation d’un diplôme et celle d’un concours et ne produit pas de reçus au concours collés au master ni de reçus au master collés au concours.

Avant le concours et le master

Si cette solution permet d’éviter de précariser encore plus les futurs enseignants, elle n’avance pas pour autant la date de la première rémunération, qui interviendrait un an après l’obtention du grade de licence dans l’hypothèse d’un enchaînement linéaire et d’un succès dès la première candidature. Un effort supplémentaire est donc nécessaire en amont du concours, afin d’éviter que les impératifs financiers ne dissuadent les étudiants d’entreprendre une formation à l’enseignement. Par conséquent, nous nous prononçons de façon générale pour une allocation d’étude pour tous les étudiants de licence, allocation qui dans le cas de certaines formations professionnelles, dont celle aux métiers de l’enseignement, pourrait être étendue d’une année pour permettre la préparation au concours après l’obtention du grade.

Sans contradiction avec la mise en oeuvre de cette allocation, on peut également imaginer la mise en place d’un pré-recrutement au niveau bac ou bac + 1, qui donnerait le droit à un premier salaire, d’un montant supérieur à l’allocation d’autonomie. En contrepartie, les étudiants pré-recrutés suivraient des modules additionnels de découverte du métier d’enseignant dès la L1 ou la L2, qui s’ajouteraient à la formation disciplinaire sans s’y substituer, avec des compléments didactiques et disciplinaires et des visites dans des classes ou établissements scolaires. Ce type de parcours, dont il existe des précédents historiques, aurait aussi l’avantage de permettre aux étudiants de mettre leur vocation à l’épreuve et éventuellement de changer d’orientation avant de s’engager dans la formation au métier d’enseignant ou conseiller principal d’éducation.

Quel concours et quelle formation initiale ?

Il faut également une réforme du contenu même des concours de recrutement des enseignants afin que ceux-ci permettent d’évaluer la maîtrise par les candidats des disciplines qu’ils auraient à enseigner en cas de réussite et non la maîtrise d’une pédagogie ou d’une didactique virtuelles. Placer le concours en amont de la formation de terrain permet précisément ce recentrage sur les contenus disciplinaires et leur didactique spécifique.

Lors de la formation en master, l’enjeu disciplinaire et didactique est redoublé par l’ardente nécessité d’une formation pédagogique de terrain. Il serait aussi vain de former à enseigner sans une maîtrise exigeante des contenus disciplinaires, indexée à des repères nationaux, que d’ignorer les processus d’apprentissage et les capacités des élèves à un moment donné.

La formation devra s’appuyer sur les sciences et la sociologie de l’éducation et la connaissance de l’institution scolaire. Des stages d’observation, de pratique accompagnée et en responsabilité permettent aux stagiaires de se former à tous les cycles d’enseignement, y compris ceux auxquels ces nouveaux enseignants ne sont pas destinés. Les stagiaires doivent se former, et non être utilisés comme des moyens supplétifs d’enseignement.

Mais la formation dispensée aux nouveaux enseignants après obtention du concours doit également comprendre une initiation à la recherche qui permette de rompre avec la tentation du scientisme sous toutes ses formes, en associant les nouveaux enseignants du premier et du second degré aux pratiques d’argumentation contradictoire et collégiale qui définissent le travail scientifique.

Après l’obtention du master et la titularisation

Il faut prévoir une troisième année de formation, lors de la première année d’exercice après l’obtention du master et la titularisation (année T1) avec un service de 60 % maximum pour faciliter l’entrée dans le métier. De même, une seconde année de formation « continuée » (année T2) comprenant des compléments de formation sur la base d’un plan individualisé de formation (formation disciplinaire complémentaire en particulier ; s’agissant du premier degré, un renforcement est souvent nécessaire en mathématiques et en sciences) permettrait un meilleur accompagnement dans le métier en début de carrière. Ainsi pourrait être mise en place une prise en charge progressive étalée sur trois voire quatre années après le concours et le début de la rémunération des nouveaux enseignants encore en formation : des stages d’observation et de pratique accompagnée en M1, des stages en responsabilité en M2, un service d’enseignement allégé en année T1, et le cas échéant un parcours individualisé en année T2. 

Autres mesures

Il faut encore un rétablissement de la formation continue sur le temps de travail. Dans le cadre d’une réforme organisant les universités en réseaux confédéraux d’entité à échelle humaine, les ESPE pourraient disposer de moyens en postes et en budgets sanctuarisés. Les ESPE doivent être communes à toutes les universités de l’académie, ce qui suppose un dispositif souple. Les enseignants, et dans une moindre mesure les étudiants et les étudiants-fonctionnaires stagiaires doivent être majoritaires dans les instances décisionnelles. De manière transitoire, il faut raccourcir la durée du stage en M2 dès la rentrée prochaine. Le stage ne doit ni s’effectuer sur un seul cycle ni dépasser un tiers temps annuel en responsabilité devant les élèves. Cet allègement du stage pendant l’année de transition permettrait de rééquilibrer les différentes dimensions du master (formation disciplinaire, didactique, pédagogique et initiation à la recherche).

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« L’essentiel est sans cesse menacé par l’insignifiant : cycle bas. »

René Char

Il y a un an exactement, nous étions cinq mille à présenter notre candidature collective à la présidence du Hcéres. Alors que les avant-projets de ce qui s’appelait encore la LPPR commençaient à transpirer, il s’agissait de poser comme fondamentaux les principes d’autonomie et de responsabilité des universitaires et des chercheurs dont il nous revient d’instituer les conditions effectives : la probation d’un travail scientifique doit être le fait de l’ensemble de la communauté des pairs ; le travail scientifique doit disposer de moyens budgétaires, d’une temporalité et de garanties statutaires permettant une recherche inscrite dans le temps long et à même de produire des ruptures intellectuelles significatives, plutôt que de livrer des résultats incrémentaux ; ce travail, enfin, doit s’effectuer en lien avec la transmission, la consolidation mais aussi la critique des savoirs existants telles que l’Université les assure.

Les douze mois qui se sont écoulés ont à la fois confirmé nos pires craintes et conforté notre conviction que ce programme de refondation de l’Université et de la recherche est une ardente nécessité. Dans les semaines et les mois à venir, RogueESR produira des notes d’analyse partant de ces principes pour articuler des propositions destinées à composer à terme une mosaïque cohérente. Nous vous invitons à contribuer à cette entreprise de réappropriation collective par des notes sur les questions auxquelles vous avez pu réfléchir, et qui pourront être mises en commun.

Avant de nous lancer dans ce travail de fond, nous refermons un cycle par un commentaire d’actualité qui porte principalement sur la non-ouverture de l’Université et sur le Hcéres.

Situation des universités

À nouveau, nos pensées vont aux étudiantes et aux étudiants victimes de l’impéritie gouvernementale et bureaucratique qui s’est encore manifestée cette semaine par diverses déclarations gouvernementales et présidentielles sur la réouverture des universités, dont aucune ne présente la moindre crédibilité, ni le minimum d’ancrage dans la réalité de nos établissements.

« On est sur le moment où le décret sort, il faut que ce soit au moins la veille du jour où les choses sont mises en place. »

« Et là, j’ai bien entendu la demande du président : si l’idée, c’est qu’on puisse faire revenir l’ensemble des étudiants sur l’ensemble des niveaux avec des, voilà, des jauges à 20% ou à un cinquième de temps, les universités, ça par contre je vais le leur dire… »

Frédérique Vidal, le 21 janvier 2021

Ces phrases sont extraites des discours tenus pendant la visite Potemkine du président de la République à Saclay, à écouter ici.

L’annonce de M. Macron[1] a annulé en direct la circulaire prévoyant le retour des étudiants de L1 au profit d’un retour de tous les étudiants, un jour sur cinq, en février, comme initialement prévu. La nouvelle « circulaire », enregistrant le « souhait » du président de la République, contredit dans le même temps le décret du 15 janvier[2] qui est le seul à avoir une valeur réglementaire en vertu de la hiérarchie des normes. En attendant un probable pseudo-confinement, il n’est besoin d’aucun autre commentaire.

Ces annonces, qui n’ont aucune prise sur le réel, montrent une ignorance totale des conditions d’élaboration des emplois du temps dans les facultés, un mépris de la situation des étudiants éloignés des établissements et un report sur les personnels de la responsabilité morale et professionnelle de la gestion d’une crise sanitaire sans les moyens qui devraient l’accompagner. Car le but de cette entreprise de communication est bien de renvoyer la colère des étudiants vers les universitaires. La gestion calamiteuse de la crise n’en est pas moins directement imputable au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, qui a obstinément refusé de mettre en œuvre les protocoles sanitaires et les garanties sociales qui auraient permis aux étudiants de rester sur les campus et d’y suivre des cours.

Rappelons plus que jamais notre double obligation à l’égard de la jeunesse, qui est en train d’être sacrifiée : rouvrir les universités le plus tôt possible pour permettre une formation et socialisation académiques de qualité, et garantir que cette réouverture se fasse dans le respect des procédures sanitaires requises, avec les investissements que cela nécessite.

Un mouvement large de destitution du Hcéres

Le projet de destitution du Hcéres et de réappropriation communautaire des normes qualitatives de notre métier est aujourd’hui partagé par un grand nombre de collectifs, d’instances et de sociétés. L’Assemblée des directions de laboratoire appelle ainsi à un désaveu du Hcéres, tout comme la Commission Permanente du Conseil National des Universités (CP-CNU) qui appelle l’ensemble des universitaires à ne pas siéger dans des instances d’évaluation et à refuser de participer aux comités de visite du Hcéres.

Plusieurs structures engagées dans ce projet proposent d’organiser un colloque sur le Hcéres, en terrain neutre, au Sénat ou en plein air, le 19 ou le 26 juin prochain. M. Coulhon a été invité à ce colloque. À ce stade, il n’a pas fermé la porte et a même déclaré sur le réseau social Twitter (!) qu’il était prêt à y participer. De notre côté, nous soutenons cette initiative et y contribuerons vraisemblablement pour autant qu’elle permette d’y poser clairement la question des normes collégiales de probation, ainsi que celle de la temporalité budgétaire et statutaire dans laquelle doit s’inscrire une science de qualité.

L’enjeu n’est pas de discuter des modalités d’une « bonne » évaluation, mais d’en questionner frontalement le principe et la nécessité, que nous percevons comme un dévoiement de la dispute scientifique entre pairs. La question de l’utilité pratique du Hcéres, pour sa part, ne se pose plus : sa paralysie de fait depuis octobre 2019 s’est révélée sans incidence préjudiciable pour notre travail. Prévenant nos désirs, le Hcéres a ainsi fait lui-même la preuve de son inutilité. Le décalage d’un an des prochaines vagues d’évaluation va dans le même sens : les formations comme les unités de recherche continueront de tourner normalement. Nos travaux devront donc porter sur les modalités de sa destitution.

Recours en « abus de pouvoir » devant le Conseil d’État

Une requête en annulation des deux décrets de nomination au Hcéres a été déposée le 4 janvier dernier au greffe du Conseil d’État par 11 enseignants-chercheurs titulaires. La démonstration juridique de 22 pages déposée en appui de ce recours pour « abus de pouvoir » s’appuie sur quelques éléments nouveaux. Il convient en particulier de souligner la chronologie troublante des textes parus au Journal Officiel pour acter ces nominations.

Si l’on s’en tient à la chronologie des publications du Journal Officiel, il apparaît que les numéros des décrets de nomination du président du collège (texte n°65) et de nomination des membres du Collège (texte n°66), tous deux datés du 30/10/2020 et publiés le même jour (01/11/2020) au Journal Officiel, sont dans un ordre inverse à la logique voulue par la Loi. Cela pose un questionnement juridique fondamental portant sur le non-respect de la procédure voulue par le 5ème alinéa de l’article 13 de la Constitution et sur l’empiètement manifeste du Président de la République sur le domaine de compétences du Premier ministre.

En outre, un arrêté du 22/12/2020 stipule qu’il est mis fin aux fonctions de M. Coulhon à l’Elysée « à compter du 1er novembre 2020 ». Outre le caractère rétroactif de cette décision, le problème de dates est patent, Thierry Coulhon étant président du Collège du Hcéres depuis le 30 octobre. Cette intrication de dates démontre que l’intéressé a bénéficié de son statut singulier de membre du cabinet du Chef de l’État durant l’intégralité de la procédure ayant abouti à sa nomination et ce, jusqu’à sa prise de fonction effective au Hcéres. Elle jette également le doute sur les déclarations de Thierry Coulhon lors de son audition, le 20 octobre dernier, devant les commissions du Parlement : le candidat avait laissé entendre qu’il n’était plus en fonction à l’Élysée, ce que vient démentir la date mentionnée dans l’arrêté du 22 décembre.

En se requalifiant en « Président du Hcéres », quand il n’est que Président de son collège, en accélérant par des recrutements, l’inflation bureaucratique de cette institution, M. Coulhon bat en brèche le principe de pluralisme et d’autonomie collective qui devrait prévaloir dans toute institution scientifique. Il s’écarte également de l’intention du législateur qui a voulu, dès la création de l’AERES, puis du Hcéres, inscrire dans la Loi ce principe de collégialité comme le principe de fonctionnement de cette autorité administrative, directement dérivé du modèle fondateur primus inter pares de l’Université.

Dans ces conditions, il nous semble plus que jamais nécessaire de reprendre le programme collectif d’une évaluation des bureaucraties, y compris celle en charge de l’évaluation, à l’aune de nos propres critères.


[1] Autre extrait à écouter, ainsi que l’original, entre les minutes 39 et 43.

[2] Le décret du 15 janvier prévoit que les étudiants de  L1 pourront accéder en présence à l’Université « 8° — aux travaux dirigés et travaux pratiques destinés aux étudiants inscrits en première année des formations du premier cycle de l’enseignement supérieur et en première année du premier des cycles de formation dispensés dans les établissements mentionnés aux titres IV, V et VII du livre VI du code de l’éducation. »

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Rendre l’Université aux étudiants, sans attendre les « décideurs »

Depuis notre dernier bulletin de la mi-décembre, les appels à destituer le Hcéres se sont multipliés et l’ensemble des évaluations a été décalé d’un an. Par ailleurs, en réaction au mouvement du Conseil national des universités (CNU) contre la dérégulation, le localisme et le clientélisme, le ministère a pris des décisions juridiquement confuses et très contestables sur la qualification et l’habilitation à diriger des recherches, notamment pour ce qui concerne l’accès au corps des professeurs d’université.

Nous y reviendrons dans notre prochaine lettre car notre préoccupation la plus immédiate est la non-rentrée à l’Université : comme beaucoup, nous avions projeté une reprise des cours à l’université le 4 janvier, après un congé destiné à résorber la fatigue accumulée. Aussi, ce billet est-il intégralement consacré à cette reprise manquée.

À la détérioration constante des conditions de vie et d’étude des étudiants, à la perspective inquiétante d’une propagation rapide de la souche B.1.1.7 dans les prochaines semaines, s’ajoute le mépris de l’exécutif vis-à-vis de la communauté universitaire. Le déni manifeste de notre utilité sociale, l’absence de mesures permettant de sécuriser puis de rouvrir les établissements aux étudiants et aux enseignants est de nature à créer une dépression collective. Les universités sont légalement et officiellement ouvertes. Mais une université ouverte, sans étudiant, n’est pas l’Université. Nous devons désormais prendre acte que ni l’exécutif, ni la bureaucratie universitaire ne nous porteront secours et œuvrer nous-mêmes à la reprise en main effective et concrète de nos vies professionnelles, même si nous tenons le gouvernement pour responsable de la situation et considérons qu’il devra répondre un jour des priorités qu’il a défendues en la matière.

Le point de départ ne peut être que la nécessité absolue qui nous incombe, en tant qu’universitaires, de ne pas abandonner les étudiantes et les étudiants. Leur détresse matérielle est avérée, documentée, et nous remercions ici pour leurs efforts tous les collectifs locaux qui se sont mis en place pour garantir l’entraide et la solidarité sur les campus. La détresse psychologique des étudiants est très inquiétante, tout comme la régression que représente le retour dans les familles au regard de l’émancipation intellectuelle et sociale qui va souvent de pair avec l’entrée à l’université. Enfin, comment rester insensibles aux images récentes de partiels « en présentiel » dans des conditions parfois chaotiques, voire sous encadrement policier ? Comment réagir au fait que des étudiants se sachant contaminés par le Covid viennent tout même composer, craignant les répercussions d’une absence à l’examen ? Comment tolérer le stress généré par les pannes informatiques pendant les examens à distance ? Nous devons plus que jamais aller au-devant des étudiants, et travailler aux conditions d’une reprise des activités, en particulier en Licence, sans contribuer à créer des chaînes épidémiques.

Cela nécessite une action immédiate visant à sécuriser sanitairement les établissements et à nous doter des moyens techniques nécessaires à quantifier la propagation virale résiduelle.

Au cours des derniers mois, nous avons proposé cinq pistes pour améliorer la sécurité sanitaire des universités :

  • Décroitre la concentration du virus dans les lieux clos en optimisant la ventilation et en contrôlant la qualité de l’air à l’aide de capteurs de CO2 et de détecteurs de particules microniques ; au besoin, ajouter des purificateurs d’air à filtre Hepa, à monter à partir de kits pour un coût réduit.
  • Limiter l’exposition au virus par voie respiratoire en utilisant prioritairement des masques FFP2, en faisant en sorte que les masques choisis permettent une bonne respirabilité et en équipant les enseignants de micros pour ne pas fatiguer les cordes vocales.
  • Suivre l’éventuelle progression de l’épidémie en testant massivement étudiants et enseignants mais aussi en contrôlant les eaux usées des universités.
  • Réagencer les locaux. En particulier, pour la restauration collective, installer des hottes individuelles afin de pouvoir déjeuner sans masque dans un volume d’air appauvri en virus.
  • Travailler en petits groupes d’étudiants, ce qui nécessite de recruter des enseignants et de réquisitionner, si nécessaire, des locaux vacants.

L’ensemble de ces mesures nécessite des investissements raisonnables qui seront utiles une fois sortis de l’épidémie. Aux courriers que nous n’avons cessé d’envoyer aux présidences d’université, aux ministères, à Matignon et à l’Elysée, nous n’avons obtenu, au mieux, qu’un accusé de réception sans lendemain. À ce jour, rien n’a été anticipé dans la majorité des universités. Mais tout reste possible : certaines de ces mesures peuvent être mises en œuvre très rapidement, en une à deux semaines. Si certaines impliquent que des moyens soient débloqués, d’autres sont à la portée des composantes. Si nous ne parvenons pas à faire entendre raison aux « décideurs », nous devons faire nous-même ce qui est à notre portée.

Aussi, pour sortir des solutions déshumanisées et indigentes que le ministère a proposées au début des vacances, sans concertation aucune, sans logistique et sans rationalité, il nous appartient d’inventer dans nos universités, dans nos composantes et laboratoires, de nouvelles manières de vivre et travailler avec nos étudiants en temps de pandémie. On ne peut se limiter à recourir au tout numérique, en flux tendu permanent, ou bien aux solutions hybrides qui sont épuisantes et destructrices psychologiquement. Il serait aussi aberrant que les universités accueillent des enseignements de soutien dispensés par des étudiants de L3 ou de master à des étudiants de L1 et de L2, mais qu’aucun TD ne soit dispensé en parallèle par les universitaires. Or c’est ce qui est prévu par le décret paru le 10 janvier au Journal officiel. Les universités sont désormais autorisées à accueillir des groupes d’étudiants pour des « activités de soutien pédagogique » (article 34), mais pas pour les travaux dirigés prévus initialement par la circulaire ministérielle du 20 décembre. Une fois de plus les étudiants et les universitaires sont punis par le gouvernement !

Nous estimons qu’il y a aujourd’hui une véritable urgence à donner la possibilité aux étudiants qui sont proches des établissements de revenir dans leur université et d’assister à des cours : en priorité les étudiants de première année de Licence, mais aussi les étudiants de L2 qui ont subi les conséquences du premier confinement. Ce sont les étudiants les plus fragiles. Il est important de les accueillir physiquement au début de ce second semestre et de recréer les conditions pour qu’ils se rencontrent, sans que cela contribue à la création de chaînes épidémiques. Pour les étudiants éloignés, souvent rentrés dans leur famille, de nouvelles formes d’enseignement à distance doivent être imaginées et mises en place : on ne peut plus se satisfaire de semaines et de mois de visioconférences sans véritable relation pédagogique et sans interaction vivante et fertile. De multiples pistes existent, qui pourraient être adaptées à des situations sanitaires souvent différentes d’une région à l’autre et être étudiées de manière collégiale, en fonction de la réalité de chaque composante sur chaque site universitaire :

  • Ouverture partielle ou totale des TP et TD en laissant aux étudiants le choix de suivre les cours en présence ou à distance.
  • Possibilité offerte aux enseignants de diviser leur cours en deux temps : enseignement à distance et en présence.
  • Création de postes et offres de cours aux doctorants sans contrat et à des vacataires sans revenu afin de les soutenir financièrement.
  • Privilégier, quand c’est possible, les enregistrements audio des cours et les supports écrits au lieu des vidéos : travail de l’écoute, support plus léger et moins consommateur de ressources, diminution du stress généré par le flux d’images.
  • Proposition de cours de tutorat conduits par un tandem enseignant / étudiant avancé et pas seulement par des étudiants isolés.
  • Tenue de cours en plein air quand les conditions météorologiques s’y prêtent.
  • Banalisation d’une ou plusieurs semaines au mois de janvier pour favoriser la libre rencontre des étudiants sur les campus, en petits groupes, en vue de dispenser des enseignements de soutien, de tenir des débats sur la pandémie et ses conséquences en association avec des psychologues, de réfléchir avec les étudiants à la sécurité sanitaire, à la communication académique qui doit permettre de limiter l’isolement, à la création de revues ou journaux, de webradio de campus ou de département, de réseaux de solidarité, etc.

L’Université a souffert ces dernières années de trop nombreuses promesses déçues et de réformes humainement et socialement destructrices pour que nous puissions nous satisfaire de proclamations abstraites, éloignées de la pratique : nous savons intimement et collectivement que la réappropriation de nos métiers se fera par tâtonnements successifs, par l’expérience et l’expérimentation, avec tout l’énergie dont nous sommes capables, et notre volonté farouche de renouer le lien avec les étudiants, en tenant compte, bien sûr, d’une situation sanitaire fragile. L’enjeu est plus que jamais de résister à la spirale de l’attente impuissante, de l’isolement et de la fatigue. L’Université a un rôle social qui ne consiste pas à répéter des savoirs, mais à prendre le risque, avec les étudiants, d’un travail collectif d’argumentation rationnelle sur le monde, d’émancipation et d’invention de soi.

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« Le Parti finirait par annoncer que 2 et 2 font 5 et il faudrait le croire. »

“In the end, the Party would announce that two and two made five, and you would have to believe it.” *

George Orwell, Nineteen Eighty-Four.

Quatre points au sommaire du dernier bulletin d’information de cette année.

1. Sécurisation sanitaire des universités

Le séminaire Politique des sciences propose, dans une vidéo, un point des connaissances sur les voies de contamination du Covid, assorti d’une bibliographie. Une série de mesures à mettre en place d’urgence pour assurer la rentrée de janvier dans de bonnes conditions sanitaires sont proposées sur cette base :

La possibilité d’une recrudescence de l’épidémie d’ici le printemps est forte. Nous devons faire notre possible pour contribuer à l’éviter. Nous enverrons cette semaine un courrier d’interpellation à l’Elysée, à Matignon et à l’Udice, pour proposer un plan financé de sécurisation sanitaire de nos établissements. Vous pouvez encore soutenir la démarche en vous associant à la pétition, signée déjà par 6990 personnes.

2. Interpellation des membres du collège du Hcéres lors de son installation

Le nouveau collège du Hcéres se réunira le 17 janvier pour la première fois. Nous co-signons une interpellation de ses membres à cette occasion.

Quelles orientations allez-vous donner au Hcéres ?

Parce que la nomination de son Président s’est faite dans des conditions extrêmement contestables ;

Parce que ce Président, Thierry Coulhon, entend « lier évaluation et allocation de moyens » ;

Parce que dans ses déclarations publiques, Thierry Coulhon a employé une métaphore inquiétante en comparant implicitement des collègues, des équipes, voire des laboratoires à des tumeurs :

« Comme la bienveillance va de soi chez le médecin, je ne peux pas imaginer qu’une agence d’évaluation soit malveillante. Simplement, de la même manière qu’un médecin ne saurait dissimuler une tumeur, une agence d’évaluation ne peut pas se contenter de distribuer des fleurs. » ;

Parce qu’il n’a jamais remis en cause la course absurde aux meilleures places dans le « classement de Shanghai » ;

Nous demandons aux personnes qui ont décidé de siéger comme membres du collège du Hcéres de clarifier leurs positions sur ces différents points aux yeux des communautés académiques qu’elles entendent évaluer. Quelle légitimité donnez-vous à votre évaluation dans les conditions budgétaires qui ont vu le budget et l’emploi de l’ESR se dégrader depuis des années, jusqu’au sinistre actuel ? Comment comptez-vous éviter d’incriminer des équipes qui ne sont en rien responsables de la dégradation des conditions d’enseignement et de recherche ?

Nous, Association des Sociologues de l’Enseignement Supérieur (ASES), RogueESR, Facs et Labos en Lutte (FLL), Assemblée des Directions de Laboratoire (ADL), Sauvons l’Université (SLU), Association des Enseignant·e·s Chercheur·es en Science Politique (AECSP), Société de Psychophysiologie et de Neurosciences Cognitives (SPNC), Association des chercheurs et enseignants didacticiens des langues étrangères (ACEDLE), Association des Professeurs d’Archéologie et d’Histoire de l’Art des Universités (APAHAU), Société des Anglicistes de l’Enseignement Supérieur (SAES), Société Française de Biologie du Développement, vous proposons donc un colloque commun et contradictoire pour débattre des questions suivantes :

  • Quel bilan tirer des dix années d’existence du Hcéres ?
  • Comment le Hcéres peut-il être autre chose qu’une institution de pilotage et de contrôle hétéronome ?
  • De quoi avons-nous besoin pour une production scientifique de qualité, exigeante, intègre et originale ?

3. Le jeu de bonneteau du projet de loi de finance 2021

La lettre de démission du directeur général de la recherche et de l’innovation, B. Larrouturou, sitôt la loi de programmation de la recherche adoptée, éclaire d’un jour nouveau les dysfonctionnements chroniques du ministère : les hauts fonctionnaires des administrations centrales n’ont eu aucun contact avec la ministre depuis six mois, cette dernière étant maintenue à l’isolement par le cabinet qui lui a été imposé par l’Elysée. On comprend dans ces conditions que Mme Vidal ait fait porter les amendements délétères de son groupe d’influence, la défunte Curif devenue l’Udice, par des parlementaires centristes.

Les universitaires et les chercheurs ont eu la surprise de recevoir un “courrier destiné à l’ensemble des personnels de Madame Frédérique Vidal” (sic), truffé de fautes d’orthographe et de syntaxe, rassemblant l’ensemble des éléments de langage budgétaires égrenés par la ministre depuis un an. Leur réfutation, fastidieuse mais nécessaire, a été menée avec sérieux par le rapporteur au Sénat Jean-François Rapin, qui a mis à jour l’essentiel des manipulations budgétaires. On comprend mal, dans ces conditions, que le groupe Les Républicains ait voté ce budget, en le conditionnant à l’adoption d’un amendement aussi absurde qu’injuste prélevant 20 millions à l’Université au profit des organismes de recherche.

La désinformation ne repose pas tant sur des chiffres erronés que sur un projet de loi confus, une comptabilité illisible et un budget insincère. L’angle d’attaque du sénateur Rapin est le bon : la Loi de Programmation de la Recherche ne programme strictement rien. Son volet budgétaire — qui fixe un plafond bien plus qu’un plancher — n’a été là que pour camoufler le plus longtemps possible la visée de la loi : dérégulation statutaire et généralisation des contrats. Relevons ici quelques faits saillants.

Les postes statutaires — 242 postes de chargés de recherche CNRS seront ouverts au concours en 2021: 51 de moins qu’il y a 3 ans, 117 de moins qu’il y a 10 ans. 60 postes de chargés de recherche à l’Inserm soit 15 de moins qu’en 2014. Le projet de loi de finance prévoit un plafond d’autorisation d’emplois de 266 619 soit 11 de moins que l’an dernier. Et pour cause, depuis des années, comme le souligne la Cour des Comptes, 20 000 emplois programmés à l’Université ne sont pas créés, faute de moyens. Les 315 emplois supposés être créés dans la fonction publique en 2021 (5 200 en 10 ans) par la LPR sont donc dérisoires et n’existeront probablement même pas, de nouveaux « gels » de postes pérennes compensant les nouveaux emplois contractuels (« tenure tracks » et doctorants).

Les crédits — Dans le projet de loi de finance, les crédits de paiement de la Mission Recherche et Enseignement Supérieur décroissent de 28 664 milliards € à 28 488 milliards €, soit -0,6%, quand l’inflation devrait être de 0,75% et le glissement vieillesse technicité de 0,45%. Le budget de l’Université (programme 150) croît de 244 millions € parmi lesquels 164 millions € pour les mesures de la LPR[1]. Or, l’inflation correspond à 105 millions € et le glissement vieillesse technicité à 56 millions soit -161 millions €. Le plan de revalorisations et de promotions des carrières scientifiques n’est donc pas financé, et ce sera compensé par la suppression de postes statutaires. Le budget de la recherche publique (programme 172) croît de 221 millions €[2]. 60 millions € serviront à résorber un trou dans la masse salariale du CNRS, qui y a consommé son fond de roulement ces dernières années. Ne restent pour les mesures de la LPR que 79 millions €. L’inflation correspond à 54 millions € et le glissement vieillesse technicité à 48 millions € soit -101 millions €. Le plan de revalorisations et de promotions des carrières scientifiques devra donc prélever dans les crédits récurrents. En 2021, les crédits de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) augmenteront de 35 millions €. L’augmentation du taux de succès à l’ANR en 2021 ne sera logiquement financée que dans les budgets ultérieurs.[3]

Le plan de relance — Le budget du projet de loi de finances 2021, médiocre, n’a pu être présenté en hausse qu’en mobilisant des crédits du plan de relance (hors LPR, donc)[4] qui proviennent essentiellement de crédits européens encore non votés. Le budget européen pour la recherche est lui même passé de 100 milliards € escomptés à 76 milliards € en juillet puis 80 milliards € en novembre sans que l’on connaisse encore la ventilation entre recherche publique et privée. Impossible, donc, de faire un bilan factuel, prenant en compte les effets budgétaires du Brexit. Dans le plan de relance, 805 millions € sont consacrés à la recherche, qui s’ajoutent aux 1 250 millions d’euros en provenance du Programme d’investissements d’avenir (PIA). 247 millions € sont dédiés à l’enseignement supérieur en 2021, qui s’ajoutent aux 125 millions € du PIA. En 2021, 900 millions € seront consacrés à la rénovation énergétique des bâtiments universitaires, en procédant par appel à projet plutôt que par un recensement des bâtiments vétustes. Cela reste excessivement loin des 6,4 milliards € annoncés par Mme Vidal dans son courrier, dont ni le rapporteur du Sénat, ni nous, n’avons trouvé la trace. Parmi ces sommes, 300 millions € sont supposés être consacrés à la préservation de l’emploi privé en recherche et développement (R&D), qui seront difficilement dépensés, la plupart de ces emplois étant déjà financés par le Crédit d’Impôt Recherche (CIR). Dernier élément notable, la montée en charge rapide des prêts étudiants garantis par l’État annonce l’arrivée du dernier volet de transformation du supérieur : l’augmentation des frais d’inscription.

4. En manière de bilan de l’année écoulée

Cette lettre sera la dernière de l’année 2020. Nous nous retrouverons à la mi-janvier 2021 pour continuer ensemble à poser les fondements analytiques et pratiques d’un système d’Université et de recherche exigeant, intègre, indépendant et conforme à l’intérêt général.

Même si l’année 2020 fut difficile, RogueESR, en reprenant ses activités dès janvier, a participé avec d’autres collectifs à un réveil de la communauté scientifique. Notre action de candidature collective à la présidence du Hcéres, nos analyses politiques et budgétaires en synergie avec le séminaire Politique des Sciences, nos analyses de la pandémie sur la chaîne Youtube de ce séminaire, ont fait bouger les lignes d’un secteur professionnel que l’on croyait miné par l’individualisme et la résignation. Nous avons fait la démonstration qu’on pouvait lever le brouillard confusionniste généré par les faiseurs de doute. Une nouvelle synergie entre les collectifs issus de notre communauté a pris corps avec la possibilité d’agir pour une refondation effective de l’Université. C’est ainsi que nous avons mis à nu l’attitude du ministère, l’incurie du travail parlementaire sur la LPR et la campagne du gouvernement et de ses supplétifs contre les libertés académiques.

Parallèlement, la pandémie de Covid19 bouleversait nos vies et emportait des proches, des collègues, des amis. Elle a affaibli les valeurs de la recherche en remettant en cause les standards de la rigueur scientifique par les pouvoirs publics, par de larges secteurs du spectre politique et médiatique, et aussi par certains membres de notre communauté. L’absence de sécurisation sanitaire décente de nos établissements et la bascule désordonnée vers le tout-numérique nous ont un peu plus dépossédés de nos métiers et ont placé nos étudiants dans des situations souvent dramatiques. Espérons que ces épreuves auront permis de forger de nouvelles amitiés et de nouvelles solidarités sur lesquelles nous pourrons compter dans la période encore sombre qui s’annonce. Aujourd’hui, dans cette situation difficile, Camille Noûs et nous-mêmes vous souhaitons de joyeuses fêtes solsticiales. Prenez soin de vous et de vos proches.


* « Le Parti finirait par annoncer que deux et deux font cinq et il faudrait le croire. Il était inéluctable que, tôt ou tard, il fasse cette déclaration. La logique de sa position l’exigeait. Ce n’était pas seulement la validité de l’expérience, mais l’existence d’une réalité extérieure qui était tacitement niée par sa philosophie. L’hérésie des hérésies était le sens commun. Et le terrible n’était pas que le Parti tuait ceux qui pensaient autrement, mais qu’il se pourrait qu’il eût raison. Après tout, comment pouvons-nous savoir que deux et deux font quatre ? Ou que la gravitation exerce une force ? Ou que le passé est immuable ? Si le passé et le monde extérieur n’existent que dans l’esprit et si l’esprit est susceptible de recevoir des directives. Alors quoi ? […] La liberté, c’est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Lorsque cela est accordé, le reste suit. »

George Orwell, 1984.

[1] Le fléchage de cette augmentation est le suivant: loi ORE, 53,9 M€, réforme de la Paces, 19 M€, compensation PPCR, 15,2 M€, enseignement supérieur privé, 9 M€, dialogue stratégique et de gestion, 4 M€, immobilier, – 19.1 M€.

[2] Le fléchage de cette augmentation est le suivant: TGIR, 38 M€, pilotage, 31,5 M€, EPIC, 9 M€.

[3] La hausse des crédits engagés pour l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) est de 403 M€ dont 286 M€ fournis par le plan de relance, par nature non reconductible.

[4] On y trouve 160 M€ pour la transformation numérique, 180 M€ pour financer 10 000 places universitaires sur 3 rentrées (impossible de comprendre le sens de ces « places »), 92 M€ d’heures complémentaires pour les BTS (sur 3 ans), 10 M€ pour les cordées de la réussite, 70 M€ pour le réseau des écoles de l’enseignement supérieur culturel.

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Comment réagir aux provocations maccarthystes ?

Ces dernières semaines, nous avons connu une succession de provocations à l’encontre de certains champs disciplinaires en Sciences Humaines et Sociales. Défenseurs des libertés académiques, nous entendons apporter notre soutien concret et indéfectible aux universitaires et aux chercheurs qui font l’objet d’attaques rappelant le maccarthysme. Cela suppose des réponses analytiques réfléchies.

Prenons le dernier exemple en date. Deux députés du groupe Les Républicains ont fait paraître un communiqué de presse comportant un courrier au président de l’Assemblée nationale, lui enjoignant de créer une « mission d’information sur les dérives intellectuelles idéologiques dans les milieux universitaires. » Or, une mission d’information ne peut pas être demandée par courrier, mais en usant d’un droit de tirage. Par ailleurs, cette proposition contrevient aux libertés académiques, rattachées au bloc de constitutionnalité. Sur un plan institutionnel, elle n’a donc aucune substance. Il s’agit d’une provocation médiatique ciblée, visant à déporter le débat public vers des fantasmes importés d’Amérique du Nord et d’Australie par des hebdomadaires d’extrême-droite : l’un des députés citera ensuite ses sources, Valeurs Actuelles, en même temps qu’il jettera l’opprobre publique sur plusieurs collègues prétendument « coupables ». Cette opération intervient précisément au moment où nous avions réussi à remettre les problèmes réels de l’Université et de la recherche au cœur de la discussion.

La stratégie de ces députés est aux antipodes de celle que nous devons adopter : pour ne pas nous contenter de réagir aux régressions qui nous sont imposées, nous devons veiller à ce que le débat public s’oriente vers une reconstruction de notre modèle d’Université et de recherche, au service de l’intérêt général. Notre réaction à ce coup médiatique doit tenir compte de la visée stratégique manifeste de l’initiative de ces deux députés : déplacer l’espace du dicible pour imposer les termes d’un « débat » hors-sol et biaisé, contre ce qui serait l’enjeu d’un débat démocratique digne de ce nom, celui-là même que plus de 30 000 signataires ont réclamé au Sénat.

Nous devons donc réagir en deux temps. En ce qui concerne la réponse immédiate, il est crucial de garder en tête qu’à l’ère du clash, celui qui gagne la bataille culturelle n’est pas celui qui a raison ou développe des arguments rationnels : c’est celui qui parvient à imposer les questions en débat. Il nous appartient de construire une réponse qui évite le piège tendu, neutralise les catégories frelatées, promues par les provocateurs, et déjoue leur stratégie fondée sur la confusion intellectuelle et politique.

On ne saurait sous-estimer ces menaces et les sombres perspectives politiques qu’elles dessinent. Dès lors, nous devons nous donner les moyens concrets d’un système de solidarité effective qui nous déprenne du piège des réactions émotionnelles, pour nous préparer à combattre une amplification des attaques contre les libertés académiques. Il y a urgence à engager une réflexion collective sur la création et les modalités de gestion d’un fonds de protection des libertés académiques, qui puisse porter assistance aux collègues menacés dans l’exercice de leur métier. Il servirait notamment à financer un réseau de conseil juridique maillant le territoire. L’adresse de contact de RogueESR est ouverte à toute proposition de ce type, et nous nous efforcerons de contribuer à leur mise en place à hauteur de nos moyens.

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Saisine du Conseil Constitutionnel sur la loi de programmation de la recherche

Deux saisines du Conseil Constitutionnel (C.C.) ont été transmises, l’une par des sénateurs et l’autre par des députés. Près de 250 pages de contributions extérieures de collègues juristes — des « portes étroites » — ont été déposées. Il nous faut maintenant laisser le C.C. travailler sereinement.

Faisons cependant part, dès à présent, de notre grande déception devant la réception par les parlementaires des apports des collègues constitutionnalistes. L’absence de prise en compte sérieuse de ces travaux a conduit à une saisine en demi-teinte, qui omet d’interroger le C.C. sur le principe de sincérité budgétaire des lois de programmation, pourtant essentiel. La rédaction choisie ignore les ressorts du droit budgétaire et les concepts de stratégie contentieuse. Ce faisant, les saisines laissent échapper la possibilité d’une censure globale du texte de loi, qui aurait été envisageable. Pourtant, les parlementaires à l’initiative de la saisine avaient touché du doigt ces enjeux lors de leur travail d’amendement du texte. Leur défaillance à cet instant crucial confirme d’autant plus l’absence de relais politiques des universitaires et des chercheurs, y compris en matière de droit constitutionnel. La situation est particulièrement dommageable car elle illustre l’absence de contre-pouvoirs face à une technostructure dont l’activité professionnelle est exclusivement dictée par des objectifs idéologiques.

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Ouverture des universités et sécurisation sanitaire

Ouverture des universités et sécurisation sanitaire

Le 3 décembre, à l’audience du référé formé par des collègues au Conseil d’Etat, le représentant du Ministère de la santé a assuré qu’il était impossible d’envisager la réouverture des campus au 4 janvier 2021, pour cause d’incertitude sanitaire. Le lendemain, le Président de la République a pourtant accepté le principe de cette réouverture demandée par l’ensemble de la communauté universitaire. L’essentiel est maintenant d’obtenir les moyens nécessaires à la sécurisation sanitaire des établissements, à commencer par les lieux de restauration collective, foyers majeurs de contamination.

Il est de notre devoir intellectuel de rappeler que la contamination par voie aérosol, y compris par des porteurs asymptomatiques, est depuis des mois une certitude scientifique. Il ne faut pas nous protéger uniquement contre les grosses gouttelettes produites par la toux mais aussi contre les plus petites, produites par la parole et la respiration. Nous avons donc besoin de masques FFP2, d’une ventilation renforcée, après caractérisation de chaque salle (mesures de CO2), de tests sur les campus, de recrutements permettant de diminuer les effectifs, etc. Ce protocole sanitaire peut être mis en place en dix jours à compter du moment où les moyens auront été débloqués. Or, de ces moyens, il n’est pas question dans les communiqués annonçant l’inflexion de la ligne gouvernementale.

Nous appelons la communauté scientifique et tous les citoyens à soutenir cette exigence, pour juguler la troisième vague épidémique, inéluctable si rien de plus n’est fait.

En particulier, nous appelons les dix présidents-managers réunis au sein de l’Udice à mettre leur démission dans la balance si le Premier Ministre ne cède pas sur le déblocage de moyens nécessaires à casser les chaînes de contamination à l’Université. Nous avons en effet constaté leur pouvoir d’influence sur la représentation nationale et le gouvernement lorsqu’il s’est agi d’insérer leurs propositions délétères dans la loi de programmation de la recherche. Cette menace de démission collective répondrait à une simple exigence de cohérence, leur propre mot d’ordre de réouverture ne pouvant être réalisé sans ces investissements au service d’un protocole sanitaire de qualité. Juguler la contamination est nécessaire à la sécurité sanitaire de l’Université comme à celle de l’ensemble de la société.

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Sensibilisation des étudiants à la nécessité d’ouvrir rapidement et sûrement les universités

Sensibilisation des étudiants à la nécessité d’ouvrir rapidement et sûrement les universités

Le Conseil Constitutionnel a été saisi de la loi de programmation de la recherche.

La tribune « Pour donner un avenir à notre société, ouvrons les universités » est parue dans 10 journaux de la presse quotidienne régionale, accompagnée d’un intéressant commentaire en chapeau.

Notre site a connu quelques difficultés d’acheminement des mails de confirmation de signature qui devraient être rentrées dans l’ordre. Nous vous invitons non seulement à signer massivement la tribune-pétition dès que possible, mais aussi à informer les étudiantes et les étudiants avec qui vous êtes en contact distant de notre soutien collectif.

En espérant nous retrouver, nombreux, à manifester ce samedi en défense des libertés publiques.

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Peut-on destituer le Hcéres ? Et quelques autres questions

Rendez-vous…

  • À Paris, rassemblement à 14h, place Jussieu
  • À Rennes, rendez-vous à 12h, République
  • À Toulouse, rendez vous à 14h, métro Jean Jaurès
  • À Strasbourg, rassemblement à 14h, Campus de l’Esplanade, bâtiment de la Présidence

Merci de prendre connaissance des conseils pratiques en fin de texte pour la manifestation.

Peut-on destituer le Hcéres ? Et quelques autres questions

La loi de programmation de la recherche a été adoptée le 20 novembre par le Sénat, dans sa version issue de la commission mixte paritaire. La Constitution permet au Président de demander une nouvelle délibération de loi (article 10, alinéa 2 de la Constitution). Les collègues qui le souhaitent peuvent s’associer à une lettre l’y enjoingant.

Le travail juridique pour déterminer l’opportunité d’une saisine du Conseil Constitutionnel est en cours. Nous pouvons mettre en contact avec le groupe de travail, les collègues constitutionnalistes qui souhaitent y apporter leur contribution.

Aux côtés d’autres collectifs, RogueESR appelle à la manifestation du mardi 24 novembre, journée de grève et de mobilisation nationale dans le prolongement de l’opération « Écrans noirs ». Pour la suite, il importe de prendre le temps de construire collectivement une stratégie de transformation globale des institutions d’enseignement supérieur et de recherche (ESR), et de concevoir des tactiques à déployer à court terme. Cela suppose de réfléchir à des leviers dont les effets garantissent une prise politique, en évitant ceux qui pourraient être pernicieux, saperaient nos collectifs de travail, voire scinderaient les alliances nouées dans notre communauté ces derniers mois ou accéléreraient la différenciation entre les établissements.

Désormais, le cœur de la bataille est l’autonomie effective de la recherche, garantie par des statuts pérennes, par des moyens récurrents, et par la réaffirmation des libertés académiques. Or, même si nous ne disposons pas des leviers institutionnels nécessaires pour faire advenir ici et maintenant l’Université et la recherche que nous voulons, nous pouvons collectivement réfléchir aux premiers jalons pour y parvenir. Si l’objectif est d’initier un mouvement de réappropriation de nos métiers, nous devons penser le système que nous voulons instituer en commençant par nous poser quelques questions précises.

Peut-on destituer le Hcéres en décidant partout d’ignorer son existence, purement et simplement ? Peut-on mettre en œuvre des visites des laboratoires par les pairs en poursuivant des objectifs conformes aux principes de la science : intégrité, exigence, disputatio, originalité des travaux, bienveillance ? Peut-on imposer collectivement que les évaluations se fassent sur la base de la lecture des travaux ? Peut-on réduire le recours au travail précaire en valorisant le principe de division minimale du travail savant ? Peut-on remplacer l’évaluation managériale par une gratification par les pairs, fondée sur la disputatio ? Comment évaluer en retour les nouveaux managers de l’Université et de la recherche, avec une notation chiffrée, objectivée, fondée sur des critères multiples en évolution permanente, afin de leur permettre d’améliorer leurs propres performances dans l’accompagnement de la science, selon des critères collectivement décidés par la communauté académique ? Comment sortir du modèle unique du principal investigator (PI) que chérissent les appels à projet, et encourager les chercheurs à mener eux-mêmes leur recherche au quotidien ? Comment refonder des structures capables d’amener universitaires et chercheurs à retrouver le sens de leur métier ? Les chances d’initier une réinstitution de l’Université et de la recherche dépendent de la réponse que nous apporterons collectivement à ces questions dans les semaines à venir.

Malgré le marasme ambiant, des signes encourageants surgissent. La pétition demandant la suspension de l’examen de la loi a dépassé les 30 000 signataires.

Pour la première fois depuis des mois, nous avons obtenu une couverture médiatique importante, depuis la une du Monde[1] jusqu’à Ouest France. La mobilisation des collègues de droit, l’unanimité des protestations venant de toutes les disciplines et de tous les bords témoignent de la constitution graduelle d’un « Nous » réunifiant les universitaires et les chercheurs actifs, statutaires et précaires, en face d’un « Eux » constitué par les nouveaux managers de l’Université et de la Recherche, qui ont porté le projet de loi jusqu’à produire des amendements sénatoriaux délétères. Ainsi, les textes écrits par les collègues de Qualité de la Science Française[2] marquent un tournant dans la désignation explicite de celles et ceux qu’il nous faut affronter. Cette partition entre Nous et « Eux » est allée jusqu’à diviser les Républicains, dont les députés ont voté contre la LPR, après les discours argumentés, aux accents gaulliens, de M. Patrick Hetzel. Ce faisant, les députés LR ont déjugé les sénateurs de leur propre parti. Ceux-ci, menés par M. Bruno Rétailleau, un transfuge de la droite religieuse radicalisée, incarnée par son mentor M. Philippe de Villiers, avaient en effet négocié avec les présidences de l’UDICE[3] et servi leurs intérêts par le truchement des amendements portés notamment par Mme Laure Darcos. Soulignons enfin que notre collègue Cédric Villani, qui a servi de caution à la LPR pendant un an, a in fine voté contre le texte. Que d’énergie dissipée et, surtout, que de gâchis pour accoucher de ce texte de loi mortifère pour l’ESR.

Conseils pour la manifestation du 24 novembre

Précautions : Imprimez et remplissez l’attestation dérogatoire.

Les organisateurs ont obtenu un récépissé de la préfecture. En cas d’insistance lors d’un contrôle, montrez aussi n’importe quel appel à la manifestation de la part d’un syndicat ou d’un collectif. Merci à ceux qui possèdent des masques FFP2 non-médicaux d’en apporter en réserve, pour assurer une protection optimale. Évitez les masques de coton simple et en particulier ceux au travers desquels on voit le jour. Privilégiez des masques jointifs aux arêtes du nez, en intissé (e.g. masque chirurgical avec pince-nez). Il nous faudra respecter des distances métriques entre nous et privilégier les endroits bien ventilés permettant la dispersion rapide des émissions en aérosol.


[1] Les articles du Monde :

[2] Les articles des collègues de Qualité de la Science Française :

[3] L’UDICE est une émanation de la CURIF, association proche de LREM qui a proposé le nom de Mme Vidal pour occuper les fonctions ministérielles. L’UDICE rassemble les présidences d’Aix-Marseille Université, de Sorbonne Université, de l’Université Claude Bernard Lyon 1, de l’Université Côte d’Azur, de l’Université de Bordeaux, de l’Université de Paris, de l’Université de Strasbourg, de l’Université Grenoble Alpes, de l’Université Paris Saclay, de l’Université Paris Sciences et Lettres. L’UDICE a coécrit une large part de la LPR.

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Pourquoi allons-nous manifester ce mardi, à 15h ?

Pourquoi allons-nous manifester ce mardi, à 15h ?

Il faudrait d’abord examiner les raisons pour lesquelles beaucoup d’entre nous ne vont plus manifester pour l’Université et la recherche depuis dix ans : l’inefficacité de ce mode d’action pour obtenir des transformations effectives du système — mais que dire, alors, des tribunes et des pétitions ? —, une désaffection vis-à-vis des mouvements corporatistes qui ont conduit à l’émergence du Hcéres ou de l’ANR, et donc au développement de la précarisation de nos métiers, voire vis-à-vis des organisations syndicales. À ces raisons s’ajoutera demain la nécessité de ne pas contribuer à des chaînes de propagation épidémiques.

Pourtant, cette manifestation est une nécessité impérieuse. Nous amorçons une phase de travail de création politique destiné à établir collectivement un contre-horizon pour l’Université et la recherche ; cela change la donne du tout au tout. Nous irons manifester pour défendre l’idée d’une science responsable devant la société, et autonome vis-à-vis de tous les pouvoirs — religieux, politique et économique. Nous irons défendre les conditions effectives de cette autonomie : des moyens récurrents, des postes pérennes et la pleine jouissance des libertés académiques. Mme Vidal a réussi cet exploit qu’aucun de ses prédécesseurs n’avait atteint : fédérer l’immense majorité des universitaires et des chercheurs actifs, toutes disciplines confondues, toutes sensibilités politiques confondues, ne laissant à ses côtés que la poignée de managers d’Université de l’Udice — émanation de la CURIF qui a coproduit le projet de loi et les amendements sénatoriaux que Mme Vidal n’a même pas eu le courage d’endosser. Nous pensons en particulier à l’amendement instaurant les Califes à la place de la qualif.

Ce « Nous » dont nous rêvions hier sera incarné demain devant la Sorbonne, et nous pouvons prédire que nous en éprouverons une grande joie.

Notre présence à cette manifestation est portée par l’exigence de soutenir le jeune génération en passe d’être sacrifiée. Nous le leur devons. De fait, le projet de loi ne comporte ni rupture budgétaire, ni programmation d’emplois statutaires. À nos enfants, à la société tout entière, nous nous devons de défendre une recherche intègre et un enseignement exigeant, au service de tous.

Nous irons enfin pour nous tenir debout, pour recouvrer notre dignité, après avoir essuyé des mois de mépris. Nous nous le devons, en conscience. Demain, aller manifester ne sera pas une solution de facilité : cela nous demandera le courage d’éprouver les libertés publiques dans une situation tendue. Que l’organisation soit assurée par les collègues juristes doit pouvoir nous tranquilliser sur ce point. Les libertés n’existent que si l’on s’en sert.

Conseils pratiques

Précautions sanitaires

Merci à ceux qui possèdent des masques FFP2 non-médicaux d’en apporter en réserve, pour assurer une protection optimale. Évitez les masques de coton simple et en particulier ceux au travers desquels on voit le jour. Privilégiez des masques jointifs aux arêtes du nez, en intissé (e.g. masque chirurgical avec pince-nez). Il nous faudra respecter des distances métriques entre nous et privilégier les endroits bien ventilés permettant la dispersion rapide des émissions en aérosol.

« Dress code »

Un élément vestimentaire rouge symbolisant le code de l’éducation, des feuilles noires A4 symbolisant les écrans noirs. Le cas échéant, blouses de chimie, toges, ou tout élément visuel de cet ordre.

Précautions légales

« Tout rassemblement, réunion ou activité sur la voie publique ou dans un lieu ouvert au public, qui n’est pas interdit par le présent décret, est organisé dans des conditions de nature à permettre le respect des dispositions de l’article 1er. »

« Les organisateurs des manifestations sur la voie publique mentionnées à l’article L. 211-1 du code de la sécurité intérieure adressent au préfet de département sur le territoire duquel la manifestation doit avoir lieu (…) une déclaration contenant les mentions prévues à l’article L. 211-2 du même code, en y précisant, en outre, les mesures qu’ils mettent en œuvre afin de garantir le respect des dispositions de l’article 1er du présent décret. »

  • Les organisateurs ont obtenu un récépissé de la préfecture. En cas d’insistance lors d’un contrôle, montrez n’importe quel appel à la manifestation de la part de votre syndicat ou de votre collectif préféré ou demander à faire vérifier le dépôt de la manifestation en préfecture.
Manifestations en ligne
  • Omniprésence sur les réseaux sociaux sous des formes ludiques, originales et joyeuses, avec les hashtags : #EcransNoirs #StopLPR #LPR
    Un nouveau jeu collectif comme #ESREnPeinture permettant l’envahissement numérique serait optimal.
  • Inscrire un slogan sur le site de manifestation virtuelle.
  • Ecrire aux parlementaires, par mail ou sur les réseaux sociaux. Vous trouverez un fichier contenant les coordonnées des Députés en haut à droite de ce site.

Ultime effort

Nous avons presque atteint les 30 000 signatures. Faisons s’envoler cette pétition dans la dernière ligne droite.