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Tribune au Monde, loi recherche et vidéos

1. Nous disposons enfin d’une fenêtre de tir politique pour influer sur la loi de programmation pour la recherche, en ayant des chances non nulles de voir le texte final être modifié. Le Premier Ministre a en effet imposé au ministère, contre sa volonté, l’examen du projet de loi en procédure accélérée, de sorte à libérer l’agenda parlementaire d’un texte qu’il juge sans importance. L’examen en séance publique de la loi de programmation pour la recherche aura lieu au Sénat à partir du 27 octobre. Le projet de loi sera réécrit, voire vidé de sa substance. Il sera alors examiné en Commission Mixte Paritaire, composée de députés et de sénateurs, la semaine suivante. Si une mobilisation faite de coups d’éclats, à l’ANR, au Hcéres, au CoNRS, dans les universités, survient dans la seconde moitié d’octobre, l’Elysée et Matignon peuvent décider de ne pas perdre une semaine parlementaire de plus et accepter le texte de compromis. Il reste en effet excessivement peu de temps pour faire passer des lois politiquement valorisables auprès de l’électorat conservateur, avant la présidentielle.

2. Les premières vidéos de l’atelier de prospective co-organisé avec le séminaire Politique des Sciences sont en ligne.

Wendy Brown, professeure de sciences politiques à Berkeley et spécialiste du néolibéralisme, nous a donné lors de cette séance inaugurale un exposé limpide, éclairant et mobilisateur sur la situation comparée de l’Université en France et aux USA.

Romain Brette, directeur de recherche Inserm à l’Institut de la Vision, a analysé le lien entre dégradation de l’exigence scientifique, extension de la précarité matérielle et subjective et apparition de la figure du « Principal Investigator ». Il élabore un principe de refondation de la recherche sans division du travail savant.

Academic precarity and the single PI lab model

Pierre-Yves Modicom, Maître de conférences en linguistique à l’université Bordeaux-Montaigne, a présenté une estimation des besoins budgétaires de l’ESR fondée sur l’utilité sociale de l’Université et de la recherche. La présentation détaille le volet budgétaire de la tribune ci-dessous.

3. Tribune parue dans Le Monde daté du mardi 29 septembre 2020, à laquelle plusieurs membres actifs du collectif RogueESR ont contribué.

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Infos et programme des 25/26 septembre 2020

1. L’examen en séance publique de la loi de programmation pour la recherche, en cours à l’Assemblée nationale, aura lieu au Sénat à partir du 27 octobre, et non en janvier comme initialement prévu. Nous rappelons le questionnaire du CoNRS (moins de 3′), qui nous soumet la question de l’opportunité de sa démission.

2. L’assemblée des directions de laboratoire a fait paraitre la tribune suivante dans le journal le Monde : « Le projet de loi de programmation sur la recherche n’est pas à la hauteur des vrais enjeux d’avenir ».

3. Les trois demi-journées de ce travail de prospective, co-organisées avec le séminaire Politique des sciences, auront lieu à l’Institut Henri Poincaré, 11 Rue Pierre et Marie Curie, Paris 5ème (Amphithéâtre Hermite). Elles feront l’objet d’une captation vidéo et d’une retransmission en direct sur la chaîne Politique des sciences. Vous en trouverez le programme ci-dessous.

Les vidéos resteront consultables ensuite, en haute définition. Pour des raisons évidentes de protocole sanitaire, l’amphithéâtre ne sera occupé qu’au tiers de sa jauge ordinaire, soit 50 personnes. Merci de nous faire savoir par retour de mail à quelles demi-journées vous souhaitez assister.

4. Nous signalons l’ouverture d’une remarquable plateforme de production et de diffusion de connaissances sur l’Université et la recherche.

La CPESR (Twitter: @CPESR_), conférence des praticiens de l’enseignement supérieur et de la recherche, est une organisation d’universitaires, de chercheurs et de personnels Biatss destinée à produire une information pluraliste et indépendante sur l’enseignement supérieur et la recherche.

La CPESR propose elle aussi une consultation, plus complète que celle du CoNRS.


Programme des deux journées de réflexion prospective « Refonder l’Université et la Recherche »

25 septembre, après-midi

14h — Introduction — RogueESR
14h15-15h30 — Parole scientifique et parole experte : enjeux démocratiques

Barbara Stiegler
Emmanuelle Huver, Marc Debono, Didier de Robillard (en visio)

16h00-17h15  — Pratiques universitaires en temps de crise démocratique et environnementale

Finalités et les modalités de notre enseignement : Véronique Durand
Recherche et Workday for Future : Vincent Guillet
Sciences Citoyennes : Aude Lapprand
Labo1point5

17h15-18h — Un nouveau modèle de publication scientifique

Exposé introductif : Johan Rooryck puis discussion

18-18h45 — La division du travail scientifique

Exposé introductif : Romain Brette « Un autre laboratoire est possible » puis discussion

26 septembre, matin

9h — Introduction

Mot de soutien de Wendy Brown (en vidéo asynchrone)

Les conditions de l’autonomie étudiante

Exposé introductif : Hugo Harari-Kermadec (ACIDES) puis discussion

Quelles carrières dans l’enseignement et la recherche?

Exposé introductif : Philippe Stamenkovic puis discussion (visio)

26 septembre, après-midi

14h -16h — Restaurer la collégialité dans les instances

Julien Gossa et discussion avec la salle

Questions de financement

Exposé introductif : RogueESR ; intervention des Facs et Labos en Lutte

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Consultation : le CoNRS remet sa démission entre vos mains

Nous nous faisons l’écho du CoNRS qui souhaite connaitre notre opinion sur les volets de la loi de programmation pour la recherche (LPR) et nous soumettre la question de l’opportunité de sa démission, pour produire un électro-choc dans l’opinion. Le questionnaire nécessite moins de 3 minutes.

Les résultats de notre propre sondage ont été mis en ligne.

Le passage du texte à l’Assemblée Nationale se fait jusqu’ici sans travail parlementaire digne de ce nom, les seuls amendements adoptés étant ceux, anecdotiques, transmis aux parlementaires de la majorité. Les autres amendements, qu’ils soient de bon sens (e.g. réserver la présidence des établissements du supérieurs aux titulaires d’un doctorat ; amendement, porté par Patrick Hetzel) ou destructeurs (e.g. introduire par l’ANR le « crowdfunding » dans le financement de projets de recherche, porté par Cédric Villani et Sébastien Nadot), sont rejetés.

Les questions les plus importantes, que certains parlementaires ont bien voulu poser au nom de la communauté académique, n’ont reçu à ce jour aucune réponse :

  • le volet budgétaire de la loi de programmation est-il financé par le prélèvement dans les cotisations retraites des universitaires, des chercheurs et des personnels Biatss (article 18 de la loi sur les retraites) ?
  • quelle est l’évolution programmée du budget du ministère (MESRI) et de la MIRES, programme par programme, sur les dix prochaines années, compte tenu des deux lois, sur les retraites et sur la recherche ?
  • quelle est l’évolution programmée de la masse salariale d’une université porteuse d’une Idex, et non, et d’un grand organisme comme le CNRS sur les dix prochaines années, compte tenu des deux lois, sur les retraites et sur la recherche ?
  • quelle est l’évolution programmée du salaire brut de chaque corps, à l’issue de la “revalorisation” et de la baisse de cotisation patronale liée à l’article 18 de la loi sur les retraites?
  • comment évoluera le crédit d’impôt recherche dans les dix prochaines années ?

L’évolution du texte de loi ne peut avoir lieu qu’entre les deux chambres, l’examen au Sénat étant programmé en début d’année prochaine, après le vote du budget 2021 qui montrera la sincérité budgétaire du projet de loi. Il est temps, encore, d’obtenir les réponses à nos questions et d’obtenir la suppression du volet « RH » de cette loi « darwinienne ». Comme l’a écrit dans son avis le Conseil économique, social et environnemental :

« Peut-on soigner un système avec les outils qui l’ont rendu malade ? Le Cese n’est pas convaincu que les principales mesures […] soient de nature à inverser la tendance… »

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Résultats de la consultation sur l’état et l’avenir de l’ESR

Au sortir du confinement, nous vous avons proposé de répondre à une consultation en ligne sur l’état de l’enseignement supérieur et de la recherche et ses perspectives d’avenir. En moyenne, un peu plus de 2 500 personnes ont répondu à chaque question. Voici comme promis la synthèse des résultats. Le résumé ci-dessous en donne un bilan général et vous trouverez plus bas une fiche de synthèse contenant les éléments chiffrés les plus significatifs.

L’enjeu d’une telle consultation est de savoir où « nous » en sommes, c’est-à-dire « où en est le Nous » de la communauté scientifique. Tout, dans la dynamique amorcée il y a une quinzaine d’années, concourt à briser la collégialité et à faire diverger les intérêts. La rhétorique de la « co-construction », le système d’allocation des moyens, les dispositifs de précarisation subjective et objective, entretiennent notre atomisation. Le sondage en porte la trace : la défiance vis-à-vis des représentants élus, y compris des instances collégiales, est spectaculaire ; les intercesseurs traditionnels comme les sociétés savantes ne sont plus considérés par les répondants comme des acteurs ayant pris la mesure des problèmes majeurs auxquels nos métiers font face ; la majorité des répondants, eux-mêmes titulaires à 75%, reconnaissent aux titulaires une part de responsabilité dans le développement de la précarisation. Ces résultats sont le signe d’une prise de conscience individuelle qu’il s’agit maintenant d’articuler collectivement : nous constatons en nous-mêmes combien la mécanique de dépossession nous englue dans des positions professionnelles et éthiques divergentes et contradictoires, empêchant l’affirmation d’un dessein qui dépasserait les clivages entre corps de métier, statuts, entre disciplines et établissements. Redisons-le ici : cette fragmentation n’est pas un à-côté de ces réformes, mais elle en est le cœur. Reconnaître cette situation douloureuse fait donc partie du diagnostic à poser pour savoir quoi construire.

Il est d’autant plus intéressant de voir que plusieurs propositions recueillent des taux d’assentiment supérieurs à 90 voire à 95% et agglomèrent des groupes dont les réponses divergent sur d’autres sujets. Sans surprise, un tel rassemblement s’opère sur la question des recrutements sur des postes pérennes, sur celle des moyens budgétaires en général et sur le rejet de la LPPR. Notons que la concentration d’une éventuelle hausse des moyens financiers sur l’ANR, qui induirait un surcroît de précarisation, fait l’objet d’un rejet tout aussi massif que la LPPR elle-même. Le consensus est également écrasant pour affirmer que la précarisation n’est aucunement neutre du point de vue de la démarche scientifique collective et en obère la qualité, un constat diamétralement opposé au point de vue du ministère et de la direction du CNRS. Il en va de même pour affirmer la centralité de l’élection, le cas échéant panachée avec des modes de désignation autre que la nomination, dans la composition des instances supervisant les normes de probation savante.

Ces premières convergences sont autant de bornes sur lesquelles la dynamique d’atomisation vient buter : tout en étant conscients de la déconstruction effective de l’intérêt commun dans les réformes, nous réaffirmons notre volonté de rester une communauté solidaire dont les pratiques sont fondées sur l’égalité statutaire, sur le règlement démocratique du dissensus, sur l’exigence de rigueur, la patience et l’écoute. L’élaboration d’une méthode de répartition des moyens, non bureaucratique et scientifiquement fondée, prenant en compte les spécificités disciplinaires, en constitue l’illustration concrète. Nous voulons l’autonomie avec les conditions matérielles qu’elle présuppose. Mais dans le même temps, nous réfutons le sophisme qui voudrait que l’autonomie savante soit l’irresponsabilité, car c’est dans les mêmes proportions que les répondants déclarent vouloir repenser leurs pratiques pour tenir compte de la crise écologique et climatique, qui impose un nouveau fonctionnement savant, plus lent, plus raisonné, plus intègre, plus lucide sur lui-même — en un mot, plus en phase avec l’idéal qui n’aurait jamais dû cesser d’être celui de la science.

Cette convergence de principes fournira la trame des réflexions que nous vous invitons à lancer sur vos lieux de travail et dans vos villes à partir de cet automne. Les journées « Refonder l’université et la recherche » du 25-26 septembre le coup d’envoi de cette réagrégation théorique d’un « Nous ».

Le collectif RogueESR

Synthèse du sondage

Les répondants

2 500 personnes ont répondu au sondage ; 52% des répondants sont enseignants ou enseignants-chercheurs titulaires (dont trois présidents d’université ou d’établissement), et 24% sont chercheurs titulaires. 14% sont doctorants (contractuels, vacataires ou non-financés). Les personnels administratifs et techniques représentent 9% des répondants. Sur le plan disciplinaire, 42% des sondés exerçant une profession académique sont issus du domaines des Lettres, Langues et SHS, 19% des sciences biomédicales et 39% du groupe science, technologie, ingénierie et mathématiques. 44% se sont déclarés femme, 54% homme. 19% ont moins de 35 ans, 60% ont entre 36 et 55 ans, 21% ont 56 ans ou plus.

Situation sanitaire dans l’enseignement supérieur

Les premières questions du sondage demandaient une appréciation de la situation sanitaire du supérieur en période de déconfinement et en prévision de la rentrée. 70% des personnes interrogées ont fait part de leur pessimisme sur la rentrée, jugeant l’organisation d’une rentrée satisfaisante difficile voire impossible. La perspective du télétravail (« distanciel ») est jugée négativement par 57% des répondants, et seulement 13% expriment une opinion positive sur cette éventualité. 80% des répondants jugent que l’enseignement et l’évaluation à distance répondent à d’autres finalités que l’enseignement et l’évaluation « en présentiel ». Enfin, 85% jugent impossible ou difficile d’organiser une rentrée respectueuse des normes sanitaires requises sans recrutements supplémentaires, non-prévus par le ministère.

Bilan des politiques menées depuis 15 ans

Le bilan scientifique tiré de la vague de réformes amorcées il y a une quinzaine d’années dans toute l’OCDE confirme leur échec aux yeux des scientifiques : il ne sont qu’un tiers à considérer que la qualité des publications scientifiques a augmenté, dans le monde et en France (34% et 35%) ; une courte majorité absolue parle de stagnation voire de régression. Ce sentiment de stagnation et de régression est plus marqué concernant la France (54%) que concernant le reste du monde (50%).

Sans surprise, un grand consensus se dégage sur la question des moyens : neuf répondants sur dix jugent les moyens alloués à la recherche et à l’université insuffisants ou très insuffisants (89% pour la recherche, 91% pour l’université). Mais le consensus est tout aussi marqué sur la question du mode de management promu par les réformes, jugé négatif par 94% des répondants pour la recherche et 89% pour l’université. Dans ce contexte où 80% des répondants se déclarent suffisamment bien, voire très bien, informés sur le contenu de la Loi de Programmation Pluriannuelle pour la Recherche (LPPR), le volet managérial et statutaire de la LPPR est expressément rejeté à 81%.

Emploi et précarité

Trois questions visaient à estimer l’ampleur de la précarisation des professions scientifiques, par corps de métiers (enseignants et/ou chercheurs, personnels administratifs, personnels techniques). Au final, ces questions ont surtout permis de prendre la mesure de l’invisibilisation de cette question, avec à chaque fois plus de 30% des répondants se déclarant incapables d’estimer l’ampleur de la précarité sur leur lieu de travail – un constat qui souligne l’urgence de bilans sociaux sincères à tous les échelons, et d’une communication sur ce sujet. Cette invisibilisation de la précarité n’empêche pas 64% des répondants d’affirmer que les cursus universitaires ne seraient pas viables sans les enseignants précaires ; ils sont 70% à penser que des tâches vitales au fonctionnement de l’ESR reposent sur des personnels non-titulaires ; 85% des répondants pensent que la précarité d’une partie des personnels affecte la production scientifique de l’ensemble ; et 40% déclarent avoir vu des recherches dans leur unité affectées par le turn-over des précaires. En conséquence, ils sont plus de 90% à rejeter les termes avancés par le ministère dans ses négociations avec certains intercesseurs syndicaux et avec les sociétés savantes (augmentation du budget de l’ANR en échange d’un soutien au volet RH de la LPPR). Enfin, seuls 6% des répondants jugent que le ministère a été à la hauteur des difficultés rencontrées par les précaires durant le confinement.

Concernant la prise en compte de ces difficultés par les représentants de la communauté, si les deux tiers des répondants pensent que les syndicats ont suffisamment pris la mesure du problème, un tiers seulement considère qu’il en va de même des sociétés savantes, et moins d’un quart des répondants considère que les instances élues des universités et organismes ont perçu l’importance de ce sujet.

Concernant la responsabilité de cette situation, 96% des répondants attribuent une responsabilité forte à écrasante au ministère, mais également 75% aux directions des universités et organismes de recherche et aux agences de pilotage. A l’inverse, 85% jugent que les précaires n’ont aucune responsabilité ou une responsabilité minime dans leur situation, tandis qu’ils ne sont que 9% à dédouaner de la même les personnels titulaires du sort fait aux précaires (rappelons que 76% des répondants sont eux-mêmes titulaires).

Bureaucratie ou démocratie

Le sondage confirme l’état très inquiétant de la démocratie universitaire et scientifique : 83% des sondés se jugent insuffisamment associés aux décisions budgétaires de leur établissement d’exercice, et 60% ne sont pas associés du tout. 60% des sondés sont insuffisamment associés aux décisions pédagogiques à l’université, et 67% aux décisions scientifiques.

Si le principe même de l’existence d’une instance d’évaluation comme le Hcéres est critiqué par la moitié des répondants, contre un quart qui le juge positif, son mode de composition actuel, sans élection, ne satisfait que 2,4% des répondants. Les deux tiers des participants (65%) défendent soit l’élection intégrale, soit le panachage entre élection et tirage au sort.

Nous avons également demandé aux répondants d’estimer le nombre d’évaluations qu’ils devaient rendre chaque année pour ces instances, ce qui a fait apparaître un gouffre entre les 2,4% de répondants rendant 10 évaluations ou plus, avec un pic à 60, et le reste de la communauté, à commencer par les 55% de répondants pour qui la réponse est aucune.

Plus de 90% des répondants attribuent au ministère une responsabilité forte à écrasante dans cette situation, à parité avec les directions des universités et des organismes de recherche, tandis qu’ils ne sont “que” 86% à mettre en cause les agences et le Hcéres. A noter également que 37% des répondants considèrent que les personnels scientifiques titulaires occupant des fonction de pilotage ont une responsabilité dans cette évolution.

Répartition des moyens

L’estimation des coûts de production d’un article scientifique, hors salaires, témoigne de la possibilité de répartir rationnellement les moyens de sorte que tous les chercheurs puissent travailler, en évitant la chronophagie, la bureaucratie et le conformisme inhérents aux appels à projets. Ainsi, les répondants reconnaissent une gradation des besoins depuis les lettres et sciences humaines (quelques milliers d’€) jusqu’aux sciences du vivant (centaine de milliers d’€), selon une croissance qui suit la part de travail d’expérimentation nécessitant du matériel coûteux. Le nombre de signataires moyens suit la même progression entre disciplines. La variabilité des réponses témoigne de ce qu’une distribution strictement déterminée par le champ disciplinaire demeure, possiblement, légèrement sous-optimale. Cependant, elle constitue une première approximation qui permettrait de répartir efficacement l’essentiel des moyens.

Publications

Le diagnostic sévère porté sur l’évolution qualitative des publications trouve son corollaire dans le fait que la moitié des répondants (50%) avoue publier épisodiquement ou régulièrement des travaux inaboutis. 14% déclarent aussi l’avoir fait « une fois ». Plus des deux tiers (68%) disent ne pas avoir le temps de suivre l’état de la recherche dans leur domaine.

Concernant le financement des publications, près des deux tiers des répondants (64%) n’ont jamais fait payer de frais à leur institution pour publier un article dans une revue. Concernant les revues en Open Access, ils sont 53% à n’avoir jamais payé pour être publié, sur 85% de répondants ayant déjà publié en Open Access. Ce modèle de prédation reste donc largement extérieur aux pratiques scientifiques en France. Il est d’ailleurs jugé négativement par 89% des répondants.

A contrario, 57% des répondants se sont déjà procuré des publications sur des sites de piratage et 63% souhaiteraient que les associations savantes reprennent le contrôle des publications, quitte à en supporter les coûts (ils ne sont que 6% à s’y opposer).

Les métiers scientifiques et la crise écologique

La dernière série de questions visait à sonder la communauté scientifique sur la prise en compte de la crise écologique dans la formulation des priorités d’une politique scientifique.

Il en ressort que 84% des répondants pensent que la crise écologique et climatique doit entraîner une modifications des pratiques scientifiques ; 76% pensent que les pratiques actuelles induisent des déplacements trop nombreux et 81% estiment que la réduction de l’empreinte carbone des activités scientifiques doit devenir une priorité dans l’établissement des politiques universitaires et de recherche.

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Rencontres des 25-26 septembre à l’IHP : refonder l’Université et la Recherche

Initié le 20 mars dernier au début du confinement, l’appel « Refonder l’Université et la Recherche pour retrouver prise sur le monde et nos vies », signé par 7401 personnes, appelait à des assises de la refondation universitaire 6 mois après. Nous avons finalement retenu la date des 25-26 septembre, sans savoir à l’époque qu’elle coïnciderait avec l’examen par l’Assemblée Nationale de la loi de programmation pour la recherche, à laquelle il s’agit d’opposer un contre-horizon à défendre et à promouvoir dans les mois et les années à venir.

Nous avons reçu de nombreuses propositions d’interventions de votre part, que nous avons retenues et regroupées de façon à organiser des panels de discussion à même d’aider notre communauté à avancer dans une redéfinition des finalités de nos métiers ainsi que des moyens, des pratiques et des institutions que cette refondation requiert. Vous trouverez-ci-dessous le programme auquel nous sommes arrivés.

Les trois demi-journées de ce travail de prospective, co-organisées avec le séminaire Politique des sciences, auront lieu à l’Institut Henri Poincaré, 11 Rue Pierre et Marie Curie, Paris 5ème (Amphithéâtre Hermite). Elles feront l’objet d’une captation vidéo et d’une retransmission en direct. Les vidéos resteront consultables ensuite, en haute définition. Pour des raisons évidentes de protocole sanitaire, l’amphithéâtre ne sera occupé qu’au tiers de sa jauge ordinaire, soit 50 personnes. Merci de nous faire savoir par retour de mail à quelles demi-journées vous souhaitez assister.

Nous vous souhaitons bon courage pour cette rentrée particulièrement difficile et éprouvante. Notre soutien va notamment à la génération la plus précaire, que les projets gouvernementaux s’apprêtent à sacrifier.


Programme des deux journées de réflexion prospective « Refonder l’Université et la Recherche »

25 septembre, après-midi

14h — Introduction — RogueESR
14h15-15h30 — Parole scientifique et parole experte : enjeux démocratiques

Barbara Stiegler
Emmanuelle Huver, Marc Debono, Didier de Robillard (en visio)

16h00-17h15  — Pratiques universitaires en temps de crise démocratique et environnementale

Finalités et les modalités de notre enseignement : Véronique Durand
Recherche et Workday for Future : Vincent Guillet
Sciences Citoyennes : Aude Lapprand
Labo1point5

17h15-18h — Un nouveau modèle de publication scientifique

Exposé introductif : Johan Rooryck puis discussion

18-18h45 — La division du travail scientifique

Exposé introductif : Romain Brette « Un autre laboratoire est possible » puis discussion

26 septembre, matin

9h — Introduction

Mot de soutien de Wendy Brown (en vidéo asynchrone)

Les conditions de l’autonomie étudiante

Exposé introductif : Hugo Harari-Kermadec (ACIDES) puis discussion

Quelles carrières dans l’enseignement et la recherche?

Exposé introductif : Philippe Stamenkovic puis discussion (visio)

26 septembre, après-midi

14h -16h — Restaurer la collégialité dans les instances

Julien Gossa et discussion avec la salle

Questions de financement

Exposé introductif : RogueESR ; intervention des Facs et Labos en Lutte

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Hcéres : le principe d’indépendance bafoué

La présidence du Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur français (Hcéres) est vacante depuis le 30 octobre 2019. Un premier appel à candidatures avait été annulé sur avis du collège de déontologie de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, du fait de l’opacité du processus et des critères d’évaluation et de sélection des candidatures et du fait des conflits d’intérêts notoires de l’un des candidats, Thierry Coulhon,  conseiller auprès du président de la République.

Lors du second appel, le ministère a reçu 160 candidatures en plus de celle de Camille Noûs, soutenue par RogueESR. Il est surprenant que tant de candidatures aient pu être examinées en si peu de temps, sans rapporteurs scientifiquement compétents pour lire les travaux et évaluer leur qualité. Il est très surprenant que Thierry Coulhon se présente à nouveau à cette fonction, malgré l’avis du collège de déontologie de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. Il est encore plus surprenant que la commission d’audition soit présidée par Claire Landais, secrétaire générale du gouvernement. Le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur français est une Autorité administrative indépendante, c’est-à-dire une institution qui agit au nom de l’État et dispose d’un réel pouvoir, sans pour autant relever de l’autorité du gouvernement. L’idéal régulateur de la recherche et de l’Université est fondé sur l’autonomie du monde savant vis-à-vis de tous les pouvoirs — politique, religieux et économique. Les libertés académiques sont ainsi garanties par le préambule de la constitution. Conformément à ce principe, le Hcéres est supposé définir « les mesures propres à garantir la qualité, la transparence et la publicité des procédures d’évaluation ». Aussi, un organisme comme le Hcéres ne peut se concevoir comme un instrument de pilotage politique. Sous la direction de Jacques Toubon, le Défenseur des droits a montré ce que devait être la liberté de  fonctionnement d’une Autorité administrative indépendante. Il devrait en être de même pour la présidence du Hcéres, qui aurait dû être choisie par une instance scientifique indépendante, composée de membres extérieurs. Au contraire, le comité d’audition (Jean-François Bach, Christine Clerici, Suzanne Fortier et Alain Schuhl) comporte deux membres dont les institutions seront évaluées par le Hcéres et qui sont donc en conflit d’intérêt notoire.

Quatre candidats seront auditionnés le 28 juillet : Jean-Luc Autran, Véronique Chanut, Thierry Coulhon et Catherine Dargemont. Jean-Luc Autran a été signataire de la tribune parue le 20 janvier 2020 dans le journal Le Monde, qui rappelait les conditions minimales de l’autonomie de la recherche. Il aura la lourde tâche de défendre les principes fondateurs de la recherche et de l’Université, mis à mal depuis bientôt deux décennies.

L’audition par la représentation nationale de la personne choisie, qui précède sa prise de fonction, devrait avoir lieu à l’automne. Nous faisons un appel aux collègues juristes pour fournir une aide dans la rédaction d’une question prioritaire de constitutionnalité et attaquer le décret de nomination devant le Conseil d’Etat pour irrégularité de procédure, au cas où la personne nommée ne soit pas conforme au principe d’indépendance du Hcéres et, surtout, de la science et de l’Université.


NB : Le projet de loi de programmation de la recherche modifie le fonctionnement du Hcéres en son article 10. Il ne s’attaque pas au principe d’indépendance dont on redoute qu’il soit bafoué. Il réaffirme en revanche le fait que l’évaluation par le Hcéres, avec possiblement un retour des « notes », conditionnera fortement la répartition moyens entre les institutions.

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Rencontres des 25-26 septembre & nouvelle candidature Hcéres

Le principal objet de ce billet est la nouvelle candidature à la direction du Hcéres, décidée par sondage il y a deux semaines.

Mais, comme annoncé précédemment, voici tout d’abord quelques précisions sur l’organisation des rencontres de septembre (Instituer un autre système d’Université et de recherche : horizon et conditions de possibilité) : elles prendront la forme de deux journées complètes de discussions et de séminaire Politique des Sciences et auront lieu les 25 et 26 septembre 2020. Une grande salle est réservée dans le 5e arrondissement parisien. Les résumés sont à envoyer avant le 20 juillet.

Concernant notre nouvelle candidature à l’Hcéres, comme indiqué dans l’appel à candidature publié au Journal Officiel, les collègues qui souhaitent se porter candidats doivent dès à présent, avec une date limite de réception le mercredi 15 juillet, envoyer au ministère leur profession de foi datée et signée, accompagnée d’un CV. Puisque le ministère a argué du caractère collectif de la candidature de janvier pour nous disqualifier, il est souhaitable de ne pas lui offrir de prétexte, en personnalisant nos professions de foi. Nous présenterons donc cette fois une profession de foi « individuelle » (elle dit « je », et pas « nous »). Si vous avez quelques minutes à y consacrer, n’hésitez pas à l’étoffer, à la retoucher, à la personnaliser : puisque nous disons que la polyphonie fait la science, revendiquons-la.

Il importe que nous allions au bout de la démarche visant à nous ressaisir, en tant que que communauté savante, des normes et des procédures d’évaluation et de probation scientifique, pour renouer avec les principes d’autonomie et de responsabilité qui fondent la recherche.

 

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L’Université, l’expert et la chloroquine

1. Penser la pandémie (partie 4) : L’Université, l’expert et la chloroquine

La quatrième et dernière vidéo co-produite avec le séminaire Politique des sciences sur l’épidémie du coronavirus porte sur les rapports entre la science et l’expertise. Nous examinons, en partant de l’affaire de la chloroquine, comment la pandémie a révélé et amplifié les dysfonctionnements de l’Université et de la recherche.

N’hésitez pas à partager cette vidéo ! Elle comprend cinq sections que l’on peut voir de manière indépendante, et dont vous trouverez les liens en bas de page. Nous vous invitons également à visionner et partager les trois premières parties de cette série Penser la pandémie dans nos précédents billets.

2. Appel à la refondation

Vous observerez que la vidéo se conclut par l’appel à réinstituer collectivement un système d’Université et de recherche conforme aux besoins de notre société et à même  de juguler les trois crises qui nous frappent : une crise démocratique, une crise climatique et environnementale et une crise sociale aggravant les inégalités. Nous sommes 7401 à avoir signé cet appel avant le début de la crise sanitaire qui a mis en lumière l’acuité de ce texte. Vous pouvez le signer ici.

3. Appel à contributions

Cet appel prévoit une première rencontre en septembre, pour laquelle nous lançons un appel à contributions (orale, écrite ou vidéo) que vous trouverez ci-dessous. La rencontre aura lieu à Paris un vendredi-samedi de la seconde moitié de septembre. Nous vous communiquerons la date exacte dès que nous aurons finalisé la réservation d’une salle.

Instituer un autre système d’Université et de recherche : horizon et conditions de possibilité.

Septembre 2020

La dérégulation des normes scientifiques, la suspension graduelle des libertés académiques et des pratiques collégiales et la bureaucratisation des institutions d’Université et de recherche ont été théorisées avant d’être mises en œuvre, notamment dans les rapports Aghion-Cohen de 2004 et Attali-Macron de 2008. Les réformes qui s’en sont ensuivies ont donné lieu à des analyses critiques de bloc et de détail, ainsi qu’à d’importants mouvements de défense de ce qui subsiste de moyens pérennes, de garanties statutaires et de démocratie universitaire. Pourtant, nous manquons encore d’un travail conséquent de création politique sur le système idéal que nous aspirons collectivement à instituer, travail qui porterait à la fois sur la définition de ce système et sur ses conditions de possibilités.

Le point de rupture humain, social et scientifique que nous avons atteint nous oblige aujourd’hui à mener ce travail collectif. À la vision politique cohérente et articulée qui innerve les réformes depuis 15 ans, nous devons opposer notre propre vision de long terme, construite collectivement. Personne n’éprouve de nostalgie pour le mandarinat qui prévalait avant la bureaucratie managériale et qui s’y est fondu sans difficulté. C’est donc vers un nouveau modèle d’enseignement supérieur et de recherche qu’il faut porter nos efforts : il s’agit d’affirmer le pouvoir de transformation de l’utopie concrète que nous associons à l’idée d’Université.

Les précédentes opérations promues par RogueESR visaient à rappeler les principes qui doivent régir ce nouveau modèle : autonomie, collégialité, liberté, exigence, temps long, responsabilité démocratique, sociale et écologique. La rencontre organisée en septembre se propose d’initier le travail de création politique, de manière ouverte, autour de quelques thèmes. Nous attendons vos propositions de contribution sur ces sujets pour le 20 juillet, par mail (contactrogueesr.fr). Nous excluons par avance les discussions sur les réformes en cours, qui s’organisent d’ores et déjà dans d’autres cadres de coordination. Il en va de même pour les approches purement critiques du système actuel. Il s’agit de penser le rôle de l’Université et de la recherche et d’imaginer leur institution dans la société dont nous rêvons.

Normes, finalités et utilité sociale de la recherche et de l’Université
  • À quoi servent l’Université et la recherche ? Doit-on / peut-on penser la fonction  de l’université et de la recherche en termes de valeur sociale, démocratique, écologique ? Comment penser la diversité universitaire ?
  • Savoir, recherche et démocratie : Comment concilier démocratie, responsabilité  et autonomie du monde savant ? Quel droit de regard sur les thèmes de recherche ? Quelles fonctions pour les Humanités et les sciences sociales au sein du système de la recherche ? Quelle place pour la critique et l’auto-institution au sein de l’Université ?
  • Vérité, contradiction, publicité : Quel système de publication et de véridiction scientifique ? Comment promouvoir de nouvelles pratiques qui remplacent l’obsession du quantitatif par l’exigence, l’originalité, l’intégrité, etc. ? Quelle définition de l’auctorialité savante ? Comment dire le vrai aujourd’hui ? Comment éviter à la fois le scientisme et l’imposture, en recréant un espace public de confrontation, de pensée et de critique réciproque ?
Les moyens pour les fins
  • Comment répartir les moyens ? Quelle répartition entre disciplines ? Comment abonder financièrement les domaines où les idées nouvelles arrivent, sans pour autant retomber dans les mécanismes de réputation ? Quelles structures de coordination aux différentes échelles ?
  • Les universitaires que nous voulons (être) : des employés sans employeurs ? (Comment) peut-on dissocier salariat et autorité hiérarchique dans le monde scientifique ? Quels statuts pour garantir l’indépendance, la sécurité matérielle et l’accès au temps long tout en respectant le principe de responsabilité collective des savants ? Quelle division du travail dans l’ESR ?
Former qui, quand, où, pour quoi faire, comment, avec qui ?
  • Quelle vie étudiante ? Quelle indépendance sociale et financière et quel statut pour les étudiants ? Quelle démocratie étudiante ? Quelle citoyenneté à l’intérieur de l’université ?
  • Quelle répartition géographique et quelle variété des établissements ? Comment garantir un accès universel au supérieur sans reproduire la discrimination entre établissements d’excellence et collèges de proximité ?
  • Sciences, techniques, ingénierie : Quelle typologie des formations pour quels enjeux ? Comment sortir de la tripartition cursus courts / Grandes Ecoles / Université ? Quelles ingénieries pour, le cas échéant, réindustrialiser et comment, dans un contexte de réchauffement climatique ?
  • Quel enseignement par la recherche ?  Comment maintenir et transmettre un savoir vivant inscrit dans l’idée d’un progrès de la connaissance, et adossé à la dimension collective de la recherche ? Comment convaincre des étudiants qui ne se destinent pas à la recherche que cette dernière est ce qui fonde le droit à parler des enseignants-chercheurs ?

Nous vous remercions par avance de vos contributions.

Nous reviendrons vers vous prochainement pour analyser les résultats du sondage sur l’Université et la recherche et vous informer des modalités de candidature à la présidence du Hcéres.


La vidéo comprend cinq sections indépendantes :

Section 1 : Refonder l’université

Section 2 : L’affaire de l’hydroxychloroquine

Section 3 : La dérégulation des publications

Section 4 : Le règne de l’expert

Section 5 : Réinstituer l’Université et la recherche

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Hcéres : première victoire et nouvel appel à candidatures

En janvier dernier, nous avons posé nos candidatures à la présidence du Hcéres sur la base d’une profession de foi commune, parue dans Le Monde.

Nous avons rappelé que la science suppose l’autonomie des savants, chercheurs et universitaires, seuls à même de décider collectivement des normes et des procédures d’évaluation des travaux scientifiques et des institutions. Nous anticipions que le ministère rejetterait nos candidatures, sans même les examiner. La stratégie consistait à empêcher, par la dépréciation publique, une procédure opaque, percluse de conflits d’intérêts notoires. Pour ce faire, nous avons collectivement rappelé les normes d’intégrité et d’indépendance qu’exige le principe d’autonomie de la recherche scientifique.

Nous pouvons en apprécier aujourd’hui les effets. Le conseiller ESR du Président de la République, M. Coulhon, qui avait procédé lui-même à l’audition à l’Elysée des autres candidats, n’a pas été nommé. Le ministère s’est vu contraint de saisir son comité de déontologie, lequel n’a pu que constater l’ampleur du problème et demander l’arrêt immédiat de la procédure et le lancement d’un nouvel appel à candidatures. Cette première victoire, pour ténue qu’elle soit, valide la capacité de la communauté académique à reprendre le contrôle de ses propres normes.

Le ministère a annoncé la publication prochaine d’un nouvel appel à candidatures, moins opaque. Il ne s’agit pas de nous en satisfaire, mais de l’utiliser pour tenter à nouveau de faire bouger les lignes : en effet, c’est le concept même de l’évaluation managériale qui s’oppose à l’ambition que nous portons, celle d’une science inscrite dans le temps long et au service de l’intérêt général, avec toutes les garanties matérielles et statutaires que cela implique. Il convient donc de saisir cette nouvelle occasion de reprendre possession de notre métier, et de refaire science collectivement.

Le constat n’a pas changé: le processus de réformes engagé depuis quinze ans, et qui se poursuit avec le projet de LPPR, est un échec y compris à l’aune des critères de ses promoteurs, et à plus forte raison à l’aune des nôtres. Le Hcéres est un levier dont nous souhaitions nous saisir pour porter une plus haute ambition que celle des réformateurs: l’ambition du temps long, de l’autonomie, de la liberté, de l’intégrité et de l’exigence, c’est-à-dire aussi l’ambition de la démocratie savante et de l’intérêt général.

Nous allons devoir répondre au nouvel appel d’offre, en faisant en sorte que nos candidatures ne puissent pas être écartées par la commission sur une base arbitraire. L’objectif restera identique : nous donner les moyens de restituer à l’ensemble du corps savant le contrôle de son activité au travers de normes et de procédures dont il doit lui-même décider.

Dans le même temps, en appui au mouvement de réappropriation ravivé par le retour du projet de LPPR, nous vous enverrons dans les jours à venir un appel à contribution pour les Assises de la refondation qui se tiendront en septembre, suite à l’appel du 20 mars 2020, que vous pouvez encore signer.

Nous avons également souhaité recueillir par sondage votre opinion concernant l’opportunité ou non d’une candidature symbolique de Camille Noûs à la présidence du Hcéres en plus de toutes nos candidatures : cette candidature serait certes instantanément recalée, mais elle poserait à nouveau l’incompatibilité de principe entre une institution bureaucratique comme l’Hcéres et les valeurs cardinales d’une science intègre et autonome.

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Que devient Camille Noûs ?

Cela fait maintenant trois mois que nous vous avons transmis la proposition d’une signature collective appelée à devenir une contribution significative de la communauté de recherche à nos travaux pour en faire une marque d’intégrité scientifique. Vous avez choisi le nom de « Camille Noûs » pour incarner cette initiative, et « Cogitamus » comme nom du laboratoire de rattachement de Camille, unité de recherche à laquelle nous pouvons toutes et tous revendiquer une affiliation secondaire si nous souscrivons aux principes avancés en mars.

« Camille Noûs » du Laboratoire Cogitamus est donc pensé(e) comme un consortium scientifique créé pour affirmer le caractère collaboratif et ouvert de la création et de la diffusion des savoirs, sous le contrôle de la communauté académique.

Il nous semble important de revenir vers vous pour présenter un bilan chiffré, sur la base des données que nous avons pu collecter. Trois mois après son lancement, la signature de Camille Noûs a été jointe à une cinquantaine d’articles, dont dix ont d’ores et déjà été publiés, majoritairement en SHS, mais aussi en sciences naturelles, chez plusieurs éditeurs français et internationaux. Deux appels à communication nous ont été signalés comme étant lancés par Camille Noûs. Simultanément, son nom a aussi été associé à plusieurs textes en défense de l’institution scientifique.

Cette initiative a également donné lieu à des réflexions et discussions autour de la notion d’intégrité scientifique. Vous trouverez ici, au format FAQ, une réponse basée sur les questions et arguments échangés avec plusieurs d’entre vous via l’adresse de contact camille.nouscogitamus.fr.

En outre, nous voudrions vous rappeler deux autres initiatives prises par des membres du collectif RogueESR :

  • la série de vidéos « Penser la pandémie », produites en collaboration avec des membres du séminaire Politique des Sciences de l’EHESS, dont le 3ème épisode est ici :
  • un questionnaire visant à faire un point sur notre état d’esprit face aux enjeux actuels de l’ESR après les épreuves de ces derniers mois.

Enfin, il nous semble important de signaler à celles et ceux d’entre vous qui n’auraient pas reçu cette information que le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche entend présenter le projet de loi de programmation pluriannuelle pour la recherche (LPPR) aux instances paritaires à partir du 12 juin pour un passage en conseil des ministres le 8 juillet.

Prenez soin de vous et de vos proches.